Le périple nordique d'Adrienne Clarkson a coûté cinq millions

Ottawa — L'opposition a accusé hier le gouvernement libéral d'avoir caché le véritable coût du voyage nordique de la gouverneure générale, Adrienne Clarkson, l'automne dernier: au lieu du million de dollars évoqué à l'époque, la facture du périple a plutôt dépassé les cinq millions.

«Ils nous avaient dit que ça serait un voyage de un million et nous étions déjà outrés», a lancé le député conservateur John Williams à sa sortie des Communes. «Maintenant, nous découvrons que cela a coûté 5,3 millions de dollars. Les standards éthiques de ce gouvernement sont si bas qu'on ne pourrait même pas les trouver au fond d'un puits!»

Le député a soutenu qu'Ottawa connaissait depuis longtemps le budget du voyage mais qu'il l'a délibérément passé sous silence.

«Des projets de cette nature ne se concrétisent pas du jour au lendemain», a rappelé M. Williams.

«C'est une question de culture dans l'ensemble de l'appareil gouvernemental fédéral, a déploré Pierre Paquette, député du Bloc québécois. C'est "bar open", et puis après, le contribuable paie.»

«Franchement, je pense que les gens en ont assez», a renchéri le député néo-démocrate Pat Martin en faisant allusion à un autre scandale qui a dominé l'actualité à Ottawa cette semaine: celui des commandites.

Le porte-parole de la gouverneure générale, Randy Mylyk, a expliqué que le chiffre de un million de dollars avait été avancé par les médias tout en reconnaissant que le bureau de Mme Clarkson n'avait pas cru bon d'y apporter une correction publiquement.

Pourtant, les fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères et de Rideau Hall préparaient depuis des mois un budget d'au moins 4,5 millions pour ce voyage qui a mené Adrienne Clarkson et 59 invités de marque en Russie, en Islande et en Finlande. Pas moins de 22 employés de la représentante de Sa Majesté l'ont accompagnée dans son périple.

«Les grandes prévisions budgétaires prévoyaient environ 1,5 million par pays visité, a reconnu M. Mylyk. [...] Les prévisions tenaient effectivement compte du fait que le montant global du voyage dans les trois pays serait nettement supérieur au million de dollars évoqué à l'époque.»

S'ajoute aux 4,5 millions un montant de 300 000 $ pour l'utilisation du jet Challenger du gouvernement, qui a servi au transport de Mme Clarkson et de sa suite. Le coût véritable du voyage, assumé par le ministère des Affaires étrangères, a donc dépassé de 500 000 $ les prévisions internes.

Le député Paquette a dit ne pas comprendre pourquoi la gouverneure générale ne pouvait pas financer ses voyages à même son propre budget de fonctionnement, passé de 11 à 20 millions au cours des cinq dernières années.

«Ce qui est surprenant, c'est que Mme Clarkson ne fasse pas plus attention dans un contexte où le gouvernement lui-même a dit qu'il dépensait trop, a-t-il déclaré. Le budget est davantage là comme une fleur à la boutonnière que comme une balise importante à respecter.»

De façon plus large, M. Paquette a estimé qu'il était peut-être temps pour les fédéralistes de remettre en cause l'utilité du poste de gouverneur général.

«C'est sûr que certaines personnes pourraient prétendre qu'elles ne voient pas le bien-fondé de ces visites d'État, a répliqué M. Mylyk. Mais ça, c'est un autre débat.»

Le cabinet du premier ministre Paul Martin n'a pas voulu dire si le prochain voyage nordique de Mme Clarkson, prévu pour l'automne prochain, ira de l'avant ou non.

«C'est clair que la gestion des deniers publics, c'est quelque chose de très important, et je pense qu'à ce niveau-là, c'est bien évident que le ministère des Affaires étrangères doit examiner des opérations de ce type-là en fonction des objectifs pour voir si les budgets concordent avec les objectifs qu'ils se sont donnés», a affirmé le directeur des communications de M. Martin, Mario Laguë.