Belinda Stronach et Stephen Harper font campagne à Québec - L'effet Stronach au Québec

Qui aurait cru que le Québec, sans avoir ni député conservateur ni membership important, se trouverait au coeur de la course à la direction du nouveau Parti conservateur? Et pourtant, comme toutes les circonscriptions ont le même poids dans cette course, les candidats Stronach, Harper et Clement font la cour aux «Bleus» du Québec.

Les candidats à la direction du Parti conservateur du Canada se lancent dans une opération-charme au Québec, où pourrait bien se jouer l'issue de la course... même si le parti n'y compte aucun député et seulement une part négligeable de ses membres.

Belinda Stronach et Stephen Harper se sont tous deux rendus à Québec hier afin de faire la promotion de leur candidature. «Le Québec est très important dans cette campagne. Je suis très heureuse de l'appui que j'ai au Québec», a lancé Belinda Stronach, à la sortie d'un déjeuner-conférence qui s'est tenu dans un hôtel de Québec. Plusieurs conservateurs importants de la région figuraient parmi les quarante invités, dont Marcel R. Tremblay, ancien député conservateur sous Mulroney. «Elle crée un engouement», a lancé M. Tremblay.

Un «effet Stronach» balaie le Québec et ragaillardit les «Bleus», assurent avec enthousiasme les conservateurs présents. «Ce qui est vraiment le plus surprenant, c'est que le téléphone sonne au Parti conservateur, ce qui n'existait plus. Les gens reviennent au parti grâce à elle. On ne se fera pas de cachette, depuis 1993, ça ne marchait pas. Ça fait du bien de voir ce rafraîchissement-là dans le parti», a affirmé Luc Ouellet, président de la campagne de Mme Stronach dans l'est du Québec.

Belinda Stronach a reçu l'appui de 42 des 75 présidents d'association de circonscriptions du nouveau Parti conservateur au Québec et celui d'anciens députés conservateurs, dont Jean-Pierre Blackburn, Michel Côté, Jacques Vien et Gabriel Fontaine. Le sénateur Pierre-Claude Nolin travaille également à la campagne de Mme Stronach au Québec. Bref, la femme d'affaires millionnaire bénéficie du soutien de «l'équipe Mulroney», a-t-on précisé au Devoir. Les sondages internes lui donnent 46 % des intentions de vote au Québec, contre 23 % pour Stephen Harper et 18 % pour Tony Clement.

Belinda Stronach visitait Québec pour la deuxième fois au cours des deux dernières semaines. Elle s'est également rendue à Montmagny, à Saint-Nicolas et à Trois-Rivières, après avoir foulé le sol de Saguenay jeudi. Elle sera à Drummondville aujourd'hui. La candidate est cependant loin de maîtriser la langue française. «Je sais qu'il est très important pour le chef d'un parti national de parler avec les francophones du pays dans leur langue. Et comme chef de parti, je promets de perfectionner mon français», a-t-elle dit. Son engagement suffit à rassurer ses organisateurs, qui ne s'inquiètent pas plus de son inexpérience politique.

«C'est nécessaire pour les candidats de s'organiser au Québec. C'est ce que je fais», a affirmé pour sa part Stephen Harper, qui, lui, s'exprime bien dans la langue de Molière.

L'ancien chef de l'Alliance canadienne a fait une tournée des médias de Québec et a pris part au traditionnel carnaval. Il a aussi rencontré le maire Jean-Paul L'Allier à l'hôtel de ville. Le face à face entre les deux hommes a porté sur le 400e anniversaire de Québec et le financement des municipalités.

Stephen Harper considère que le scandale des commandites qui secoue le gouvernement Martin permettra au nouveau Parti conservateur de marquer des points au Québec. «Les Québécois ont besoin d'une alternative pour gouverner le pays. Il y a un parti d'opposition au Québec, le Bloc québécois, mais c'est un parti qui ne peut espérer remplacer ce gouvernement», a-t-il dit.

Stephen Harper fait tout en son pouvoir pour faire la promotion de sa candidature au Québec, où ses assises sont peu solides. Le 11 février, il a expédié à tous ses supporters un courriel, dont Le Devoir a obtenu copie, leur demandant de recruter des membres au Québec. «Comme vous le savez, pour remporter la course au leadership, j'ai besoin d'un soutien national, écrit-il. Nous ciblons le Québec. Vous pouvez m'aider dès aujourd'hui en recrutant des amis et des proches au Québec.» M. Harper explique ensuite la marche à suivre: imprimer le formulaire d'adhésion, appeler ses «amis du Québec» pour obtenir l'information requise (le numéro de carte de crédit y compris, mais la signature n'est pas nécessaire), télécopier le formulaire au bureau du parti. «Avec votre aide, nous allons gagner un soutien solide, essentiel pour gagner cette importante course au leadership», conclut Stephen Harper.

Le troisième candidat dans la course à la direction du PCC, Tony Clement, ancien ministre ontarien, s'est rendu à Montréal et compte bien faire un saut à Québec sous peu.

Si les candidats accordent une si grande importance au Québec, c'est en raison du mode de scrutin. Les 308 circonscriptions fédérales — en vertu de la nouvelle carte électorale — valent chacune 100 points, peu importe le nombre de membres conservateurs. En clair, une circonscription québécoise qui compte 200 membres a le même poids qu'une circonscription de l'Ouest où le membership est 15 fois plus important.

Comme le Québec comprend 75 circonscriptions fédérales, il représente 7500 des 30 800 points en jeu. Dans chaque circonscription, un candidat recevra une partie des 100 points en fonction du pourcentage des voix qu'il aura obtenu. Le vote aura lieu dans chaque circonscription le 20 mars. Une compilation nationale sera réalisée pour déterminer le gagnant. C'est l'ancien chef conservateur Peter MacKay qui a exigé ce mode de scrutin pour qu'il consente à la fusion entre son parti et l'Alliance canadienne. Stephen Harper n'a eu d'autre choix que d'accepter. M. MacKay savait pertinemment que les alliancistes sont plutôt concentrés dans l'Ouest, ce qui permettrait aux conservateurs du défunt PC — surtout au Québec, en Ontario et dans les Maritimes — d'avoir «une bonne chance de choisir le chef», a-t-on dit au Devoir.

Chaque candidat tente de promouvoir, à son avantage, la campagne de recrutement du nouveau Parti conservateur. Le PCC souhaite rassembler entre 25 000 et 30 000 membres au Québec. L'Alliance canadienne et le Parti progressiste-conservateur comptaient environ 7000 membres lors de la fusion, en décembre.