Discours d’adieu fraternel

Le président américain Barack Obama à son arrivée au Parlement mercredi, en compagnie de Justin Trudeau et de Sophie Grégoire.
Photo: Pablo Martinez Monsivais Associated Press Le président américain Barack Obama à son arrivée au Parlement mercredi, en compagnie de Justin Trudeau et de Sophie Grégoire.

Ils n’auront pas gouverné ensemble très longtemps, mais Barack Obama et Justin Trudeau ont exposé leur « bromance » à grands traits en cette deuxième et dernière visite officielle du président américain à Ottawa. Accolades, compliments, Barack Obama semblait lui aussi atteint de la Trudeaumanie, profitant de son discours au Parlement pour féliciter sans relâche son ami « Justin »… et vanter du même coup les politiques que veut renier chez lui Donald Trump.

Les deux dirigeants semblaient presque manquer de mots pour se rendre hommage mercredi. Le premier ministre Trudeau a souhaité la bienvenue au président Obama, en fin d’après-midi, devant une Chambre des communes qui faisait salle comble et qui a servi une longue ovation au dirigeant américain. « Maintenant, enfin, cette Chambre peut voir de près une “bromance”. Merci d’avoir rendu cela possible. Quoique je pense que “dudeplomacy” soit plus exact. Mais je vais m’en remettre », a lancé d’entrée de jeu à la blague Justin Trudeau, avant de souligner les politiques et les valeurs qui unissent le Canada et les États-Unis. Ouverture, diversité, inclusion, liberté. « Les livres d’histoire relateront l’héritage politique, mais moi, je me souviendrai de ce dont j’espère qu’on se souviendra tous : les leçons que tu nous as apprises, non pas par décret, mais en prêchant par l’exemple », a fait valoir le premier ministre canadien à son allié et ami américain.

Photo: Justin Tang La Presse canadienne Moment de complicité entre Justin Trudeau, Sophie Grégorie et Barack Obama

Les éloges ont été réciproques. « Mon mandat au pouvoir tire à sa fin, mais je sais que le Canada et le monde profiteront de ton leadership pour des années à venir », a argué à son tour Barack Obama au sujet du premier ministre Trudeau. Une louange que les conservateurs ne semblaient pas ravis de devoir applaudir. Et plus le discours de 47 minutes se poursuivait, plus certains députés conservateurs semblaient en avoir marre d’applaudir le rival qui leur a soutiré le gouvernement il y a moins d’un an.

Car les hommages ont été nombreux, Barack Obama saluant le « remarquable premier ministre » et son « extraordinaire épouse ». Et le président démocrate a, sans surprise, loué une série de politiques que défend le gouvernement libéral et que l’ancien gouvernement conservateur encensait parfois moins.

Mais le président n’était pas en reste. Chaudement applaudi par les députés, sénateurs, premiers ministres provinciaux — dont Philippe Couillard — et autres invités réunis aux Communes, Barack Obama a en outre été accueilli en vedette dans les rues d’Ottawa, où les curieux s’étaient massés en bord de route pour apercevoir son convoi derrière l’imposant dispositif de sécurité déployé. D’autres ont suivi son discours sur les écrans géants disposés sur la colline parlementaire pour les festivités de la fête du Canada vendredi.

L’Alberta, bon élève environnemental

Le président américain a tout de même parlé politique, en faisant notamment un vibrant plaidoyer pour la lutte contre les changements climatiques. Un problème bien présent, qui n’est pas qu’un enjeu moral ou économique et que la planète ne peut plus ignorer. « L’Alberta, le pays du pétrole au Canada, travaille fort pour réduire ses émissions [de gaz à effet de serre] tout en faisant la promotion de la croissance économique, a noté M. Obama devant la première ministre albertaine Rachel Notley. Alors, si le Canada peut le faire, et que les États-Unis peuvent le faire, le monde entier peut exploiter la croissance économique et protéger notre planète. On peut le faire. On doit le faire. »

Quelques flèches à Trump

Photo: Pablo Martinez Monsivais Associated Press Le président américain Barck Obama à son arrivée au Parlement mercredi, en compagnie de Justin Trudeau et Sophie Grégoire.

Le président sortant a aussi profité de l’occasion pour s’adresser à ses propres concitoyens, en saluant le multiculturalisme canadien et l’accueil de réfugiés syriens au pays tout en les appelant à ne pas céder au discours d’intolérance du candidat républicain Donald Trump. Prêchant l’égalité des femmes — qui doivent recevoir le même salaire que leurs collègues masculins, a-t-il dit —, défendant les minorités sexuelles, religieuses et culturelles, Barack Obama a fait valoir que ce qui unissait le Canada et les États-Unis, c’était aussi « les valeurs profondes » des deux pays. Le sentiment que « peu importe qui nous sommes, d’où nous venons, notre nom de famille, la foi que nous pratiquons, ici, nous pouvons faire de notre vie ce que l’on veut ». Canadiens et Américains ont tous un jour été des étrangers, a-t-il rappelé, en citant l’exemple d’une jeune Afghane qui a fui son pays et qui se retrouve aujourd’hui… ministre au Parlement canadien, Maryam Monsef.

« Les Américains et les Canadiens vont continuer d’accueillir des réfugiés. Et nous allons le faire en nous assurant que nous le faisons tout en conservant notre sécurité. On peut et on doit faire les deux », a fait valoir le président Obama, alors que le rival de sa protégée Hillary Clinton veut de son côté fermer les frontières américaines aux nouveaux arrivants. « Nous devons nous opposer à la diffamation et à la haine adressées contre ceux qui ont une apparence ou une foi différente. C’est notre obligation. C’est ce nous sommes. C’est ce qui fait que l’Amérique est extraordinaire. C’est ce qui fait que le Canada est extraordinaire. »

Sus au protectionnisme

Donald Trump souhaite en outre fermer les portes des États-Unis au commerce extérieur, en s’opposant au Partenariat transpacifique (PTP) et en dénonçant pas plus tard que mardi l’ALENA. « Limiter le commerce, ou céder au protectionnisme dans cette économie du XXIe siècle, ne fonctionne pas », a rétorqué Barack Obama, en faisant l’apologie justement du PTP, que le Parlement canadien n’a pas encore ratifié. Cette fois-ci, c’était au tour des néodémocrates de ne pas applaudir.

Le président Obama se sera permis une seule note discordante, en appelant « tous les membres de l’OTAN, y compris le Canada, à contribuer pleinement à notre sécurité collective ». Ni M. Trudeau ni M. Obama n’ont évoqué le dossier du bois d’oeuvre qui doit être réglé d’ici octobre.

Barack Obama était le septième président américain à s’adresser à une session conjointe du Parlement — réunissant députés et sénateurs, qui étaient revenus des vacances estivales mercredi pour l’occasion. Bill Clinton était jusque-là le dernier dirigeant américain à avoir prononcé un discours au Parlement, en 1995, à quelques mois du référendum québécois.


Explorez notre ligne du temps ci-dessous pour découvrir quels dirigeants étrangers se sont exprimés au Parlement canadien. 

12 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 30 juin 2016 07 h 36

    Enrichissons notre vocabulaire

    Poseur:
    Personne fate et artificielle.

  • Patrick Daganaud - Abonné 30 juin 2016 08 h 14

    SUGGESTION : VICE-ROI

    Je suggère à Trudeau et Grégoire de se nommer vice-roi et vice-reine du Canada.

    Cela concordera avec leur vision de la gouvernance du Canada.


    Mais ça presse pour que Barack Obama ait encore le temps de saluer le « remarquable premier ministre vice-roi » et son « extraordinaire et royale épouse ».

    Le père se prenait pour le roi : son fils est donc un prince...

    Quelles sornettes!

  • Patrick Daganaud - Abonné 30 juin 2016 08 h 26

    Déduction sur complicités photogéniques, révérences et irrévérences

    Pensée de Trudeau sur la photo : « Si je me dépêche, je vais le rattraper! »

    Et : « Mon costume est moins froissé que le tien! »

    Celle de Grégoire : « Avez-vous vu Obama? »

    Et : « Il faut que j'arrête de m'habiller chez Sears. »

    L'homme au papillon blanc : « Y a rien à faire icitte. je vais me tourner les pouces une secousse, avant de partir...»

  • Louise Melançon - Abonnée 30 juin 2016 10 h 15

    "Bromance"

    Quelqu'un peut-il m'expliquer la signification de ce mot? et d'où vient-il?
    De même, l'expression utilisée par les jou8rnalistes, hier, au sujet de "les trois amigos"????

    • Christian Montmarquette - Abonné 30 juin 2016 11 h 32

      " On qualifie de bromance une amitié forte entre deux hommes, similaire à une relation amoureuse mais sans composante sexuelle."

    • Jean-Marc Cormier - Abonné 30 juin 2016 14 h 17

      Mot valise constitué de "brother" (frère) et romance. Ça donne bromance (fraternité romantique)...

    • Raymond Labelle - Abonné 1 juillet 2016 01 h 47

      L'exemple souvent donné est celui de la relation entre Sherlock Holmes et John Watson.

  • Gilles Théberge - Abonné 30 juin 2016 10 h 15

    Bromance...? Dudeplomacy...?

    Qu'est-ce que cela signifie ?

    • Jean-Marc Cormier - Abonné 30 juin 2016 14 h 22

      Mot valise fabriqué avec "dude" (man: au sens type, mec, ami) et diplomatie. Soit, approximativement, amicale diplomatie.