Trudeau n’est pas prêt à appliquer la logique Brexit au Québec

Ce qui est bon pour les Anglais sera-t-il bon pour les Québécois ? Le premier ministre Justin Trudeau tempère les ardeurs des souverainistes qui se délectent de ce que le désir des Britanniques de quitter l’Union européenne ait été reconnu avec un taux d’appui d’à peine 51,9 %. Une transposition d’un tel résultat au contexte canadien n’est pas automatique, a-t-il laissé entendre.

« C’est très difficile de transférer des leçons référendaires d’une juridiction à une autre », a déclaré M. Trudeau mardi, à l’occasion d’une conférence de presse en compagnie du président mexicain Enrique Peña Nieto. « Nous respectons l’ensemble des règles du jeu que la Grande-Bretagne a mises [en place] pour ce référendum. De tisser des liens ou des parallèles avec une situation au Canada, je pense que ce n’est pas particulièrement utile. »

C’est important de démontrer que le partenariat, la collaboration peuvent et vont avoir un impact extrêmement positif dans la vie des citoyens

 

Clarté référendaire

Le taux d’appui qui serait nécessaire pour que le Canada négocie la sécession du Québec à la suite d’une consultation pose problème depuis le référendum de 1995. Le mouvement souverainiste soutient que c’est la règle de la majorité absolue (50 % plus une voix) qui doit s’appliquer. Le gouvernement libéral de Jean Chrétien, qui n’était pas d’accord, a fait adopter en 2000 une loi dite « sur la clarté » qui exige une « majorité claire » à une « question claire ». Mais cette « majorité claire » n’a jamais été quantifiée : tout au plus la loi dit-elle que pour en juger, la Chambre des communes devrait prendre en considération le taux d’appui, le taux de participation au référendum et « tous autres facteurs ou circonstances qu’elle estime pertinents ».

En 2013, alors qu’il n’était pas encore chef libéral, Justin Trudeau avait déclaré devant des étudiants de l’Université McGill que « pour changer la Constitution canadienne et l’état de notre pays de façon aussi profonde, on devrait au moins exiger le même seuil que celui qui est nécessaire pour changer la constitution du parti néodémocrate, qui est des deux tiers ». M. Trudeau avait après coup nuancé sa pensée en entrevue avec La Presse : « Le niveau d’acceptation est une décision politique qui doit être prise en temps et lieu », avait-il dit, avant d’ajouter : « Mais ce serait bien plus que 50 plus 1. »

Lors du débat des chefs à l’automne 2015, le chef du NPD Thomas Mulcair avait talonné M. Trudeau pour qu’il révèle quel serait « [s]on chiffre ». M. Trudeau avait fini par répondre « neuf » en référence au nombre de juges de la Cour suprême ayant rendu l’avis à l’origine du concept de clarté référendaire.

Les liens par le commerce

 

Alors que le Brexit est sur toutes les lèvres, M. Trudeau a par ailleurs profité de la présence de son hôte mexicain pour vanter les vertus du libre-échange et de l’ouverture sur le monde.

« On voit à travers le monde beaucoup de protectionnisme, beaucoup d’isolement et des gens motivés de se retourner vers l’intérieur plutôt que de s’ouvrir envers les autres », a-t-il dit. L’annulation des visas imposés aux Mexicains et l’ouverture du marché mexicain au boeuf canadien envoient des messages positifs, croit-il.

« À un moment où beaucoup de gens cherchent à avoir peur des autres, à se retourner vers l’intérieur, c’est important de démontrer que le partenariat, la collaboration peuvent et vont avoir un impact extrêmement positif dans la vie des citoyens. » Le président mexicain a abondé dans le même sens. « Nous sommes fermement convaincus de l’importance de l’intégration régionale par le libre commerce. »

 

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