Réunion de famille autour d'un sage

Les grandes familles politiques et intellectuelles du Québec s'étaient donné rendez-vous hier pour honorer la mémoire de Claude Ryan et lui dire un dernier adieu. La basilique Notre-Dame était remplie d'amis, de proches et de personnalités publiques, venus pour assister à un service funèbre empreint de sobriété et d'émotion.

Déjà, vers 10h, soit une heure avant le début de la cérémonie, un grand murmure envahissait la magnifique basilique Notre-Dame, dans le Vieux-Montréal. Des dizaines de proches, d'anciens collaborateurs, d'amis et même d'adversaires idéologiques échangeaient sur la vie de Claude Ryan. Une majorité de têtes grises, mais aussi beaucoup de jeunes. Tous soulignaient évidemment la «rigueur intellectuelle» du défunt et «l'homme de conscience» qu'a été M. Ryan, mais surtout «le rieur» et «le sage», deux qualités qui vont de pair.

Si l'austérité caractérisait l'image de Claude Ryan, les témoins de sa vie s'accordaient à dire qu'il était «franchement drôle» en privé. Ceux qui l'ont croisé plus souvent qu'à leur tour soulignaient que M. Ryan avait toujours du temps pour écouter les autres. Hier, c'était à lui que les centaines de personnes réunies voulaient consacrer du temps.

À l'extérieur, les personnalités publiques et les limousines se succédaient. La classe politique, peu importe la famille idéologique, était présente en grand nombre. Martin Cauchon, Denis Coderre, Pierre Pettigrew et Liza Frulla, ministres ou ex-ministre fédéraux, s'étaient déplacés. «Claude Ryan a apporté un côté intellectuel à la politique, estimait Liza Frulla. Il faut quand même se rappeler qu'il était le grand intellectuel du Québec, le directeur du Devoir, qu'il avait fait le saut en politique pour devenir chef d'un parti, ce qui n'est pas fréquent.»

Plusieurs premiers ministres ou anciens dirigeants étaient également présents. Paul Martin, premier ministre du Canada, a souligné «qu'on parle de Claude Ryan le journaliste, le politicien, mais pour les générations à venir, je pense que c'est surtout sa vision des libertés individuelles» qu'il faudra retenir. Paul Martin a reconnu que M. Ryan l'avait «beaucoup, beaucoup influencé», qu'il lui avait demandé conseil à l'occasion et «qu'il aimerait bien pouvoir le faire encore aujourd'hui».

Daniel Johnson, qui a reconduit Claude Ryan au portefeuille des Affaires municipales lorsqu'il était premier ministre du Québec, se souvient «d'un politicien qui allait toujours tout droit». «Il était un gage d'intégrité et de cohérence dans l'action, a-t-il dit juste avant la cérémonie. Il est un exemple remarquable.»

Le premier ministre Jean Charest et son épouse étaient présents, tout comme le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Bernard Lord. Ce dernier, qui n'a jamais été proche de Claude Ryan, était présent pour témoigner son appui à la famille, avec laquelle il entretient certains contacts. «C'est un homme avec beaucoup de classe et animé de solides convictions, a-t-il dit. Je me souviens, quand j'étais jeune garçon en 1980 et que je regardais le référendum, je l'ai vu se battre pour ses idées, et c'est ce dont je veux me rappeler de lui.»

Lucien Bouchard, Jacques Parizeau et Bernard Landry ont également assisté à la cérémonie, qui a duré près de deux heures. «Je l'ai côtoyé à l'Assemblée nationale, mais aussi pour des dialogues et des débats d'idées, a raconté Bernard Landry. Nous nous sommes fréquentés jusqu'à la fin de sa vie. J'avais beaucoup de respect pour sa rigueur intellectuelle et sa capacité à dialoguer. Évidemment, je voulais le convaincre de certaines idées qui n'étaient pas les siennes, dont une en particulier, mais je n'ai pas réussi! Mais lui n'a jamais tenté de me convaincre, il devait penser que c'était une cause désespérée!»

Même s'il ne l'a rencontré qu'à quelques reprises, Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois, retient de Claude Ryan «l'homme qui a contribué à bâtir la conscience du Québec». «C'était un esprit libre, a-t-il dit. Il était suffisamment critique pour dire les choses sans qu'on sente l'affiliation politique derrière les paroles.»