Barack Obama revient faire ses adieux

Justin Trudeau et Barack Obama, ci-dessus à Washington en mars, devraient discuter, entre autres sujets, de bois d’œuvre.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Justin Trudeau et Barack Obama, ci-dessus à Washington en mars, devraient discuter, entre autres sujets, de bois d’œuvre.

Barack Obama avait fait d’Ottawa la destination de son premier voyage à l’étranger il y a sept ans. Il sera de retour cette semaine, à quelques mois de la fin de son règne à la présidence américaine. L’occasion de s’adresser au Parlement et aux Canadiens, mais aussi de faire passer quelques messages à ses propres concitoyens en marge de la campagne présidentielle. Et de préparer le terrain pour celle qu’il espère être sa successeure.

Le président Obama rejoindra mercredi ses homologues canadien et mexicain, Justin Trudeau et Enrique Peña Nieto, à l’occasion du sommet des « trois amigos » qui se tiendra à Ottawa. Mais de l’avis d’experts en politique américaine, il est peu probable que le président sortant convienne de grandes ententes contraignantes alors qu’il s’apprête à céder les rênes de la Maison-Blanche. « Là, il ne se passe rien entre maintenant et le mois de janvier [moment de l’assermentation du prochain président] », résume Raymond Chrétien, ancien ambassadeur canadien aujourd’hui au cabinet d’avocats Fasken Martineau.

Le sommet pourrait néanmoins donner suite à une entente continentale sur l’environnement et les énergies propres. Le climat sera l’enjeu principal du sommet, dit-on en coulisses à Ottawa. Et Justin Trudeau avait promis de travailler à une entente en la matière. Barack Obama pourrait se permettre d’agir en la matière, même s’il approche de la fin de son second mandat.
 

   


Coup de pouce à Clinton

Barack Obama pourra aussi profiter de la tribune qui lui est offerte, lors d’un discours au Parlement, pour saluer quelques initiatives du gouvernement canadien tout en lançant quelques flèches au candidat républicain, Donald Trump.

Maintenant qu’il a officiellement pris parti pour son ancienne secrétaire d’État, Hillary Clinton, dans la course présidentielle, « chaque sortie du président Obama va être interprétée du côté américain en fonction des enjeux de la campagne présidentielle », note Pierre Martin, directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines de l’Université de Montréal. Le président pourrait par exemple saluer les engagements du gouvernement Trudeau en matière de lutte contre les changements climatiques, sa signature de l’accord de Paris sur le climat, ou l’accueil de plus de 25 000 réfugiés syriens. « Ce sont des dossiers où Barack Obama va probablement envoyer des fleurs à son auditoire canadien, tout en faisant passer une forme de message à son propre auditoire national », où Donald Trump a des positions diamétralement opposées à celles de MM. Obama et Trudeau, explique Pierre Martin.

Raymond Chrétien est du même avis, et estime que la question climatique sera certainement un « pilier » du discours du président au Parlement. « Il a trouvé en notre nouveau premier ministre un partenaire beaucoup plus disposé à faire des choses en commun sur l’environnement. »

Autre position controversée du candidat républicain : sa « politique de fermeture » à l’endroit du Mexique, note le politologue Pierre Martin. Le sommet des leaders nord-américain sera donc l’occasion pour Barack Obama de « mettre l’accent sur les aspects plus positifs des rapports plus ouverts avec ses voisins ». « L’attention aux États-Unis sera beaucoup sur la relation avec le Mexique, plus qu’avec le Canada, pendant cette visite. »

Le bois d’oeuvre à régler

Bien que Justin Trudeau et son homologue américain aient prévu une rencontre bilatérale, en plus du sommet des « trois amigos », MM. Chrétien et Martin estiment tous deux que le président sortant a quelque peu les mains liées et qu’il ne pourra pas entreprendre de grands virages politiques à quelques mois de son départ.

Les deux hommes discuteront malgré tout de sécurité, de terrorisme, d’environnement et de commerce (notamment de l’avenir du fameux Partenariat transpacifique, un accord de libre-échange multilatéral espéré par les Américains et toujours à l’étude à Ottawa). Mais chose certaine, le bois d’oeuvre sera « le principal dossier à régler », car Ottawa et Washington doivent s’entendre d’ici octobre. Raymond Chrétien se montre optimiste, car « les deux gouvernements travaillent fort pour trouver une solution ». S’ils y parviennent, ce sera toutefois à la dernière minute selon cet ancien ambassadeur à Washington. « Le bois d’oeuvre, quand il y a une entente, ça se termine toujours à minuit moins cinq. »

La relation diplomatique entre Justin Trudeau et Barack Obama sera brève, le premier étant arrivé au pouvoir alors que le second s’apprête à le quitter.

Bilan

Le bilan bilatéral entre les deux pays se sera donc surtout réalisé sous la gouverne de Stephen Harper. Ottawa et Washington se sont querellés — publiquement, parfois — sur le sort de l’oléoduc Keystone XL, que M. Harper voulait voir transporter le pétrole albertain vers le Texas. Mais MM. Obama et Harper ont en revanche conclu une entente importante sur la frontière : une harmonisation entre les deux pays pour favoriser la circulation des biens et des personnes, en augmentant le partage de renseignements.

« Il y a quand même eu de beaux exemples de coopération ; coopération à la frontière et belle coopération dans les dossiers internationaux chauds », note Raymond Chrétien en citant les missions militaires en Afghanistan et en Libye.

Le président américain n’aura donc avec le gouvernement Trudeau qu’une relation de transition. « Ce qui va être dans l’intérêt de Barack Obama, c’est vraiment d’établir des bases pour ce que son éventuel successeur pourrait, selon lui, continuer de construire avec le Canada », indique Pierre Martin.

Entre le Mexique et le Canada, la question des visas imposés par le précédent gouvernement conservateur en 2009 sera assurément soulevée. Justin Trudeau s’est engagé à les révoquer, ces visas ayant causé un important irritant dans la relation entre le Canada et le Mexique.

Des visites et des discours

Les discours de chefs d’État étrangers au Parlement ont généralement été mielleux. L’occasion de remercier le Canada de son engagement en Afghanistan, pour Hamid Karzai en 2006, de son appui contre la Russie, pour le président ukrainien Petro Porochenko en 2014, ou encore de son soutien dans la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, pour Nelson Mandela en 1998. Le Parlement canadien a accueilli son lot de présidents et de premiers ministres au fil des ans (55 discours depuis 1939). Certains visiteurs se sont cependant permis de subtils rappels à l’ordre à l’endroit de l’ex-premier ministre Stephen Harper. Le président français, François Hollande, avait dit s’attendre, en 2014, en vue de la Conférence de Paris sur le climat, à ce que le Canada soit « pleinement engagé » dans la lutte contre les changements climatiques. Le président mexicain Felipe Calderon avait de son côté salué en 2010 le Canada comme étant l’un des leaders mondiaux en matière de protection de l’environnement. Mais en point de presse, il avait ajouté que la planète ne pouvait « pas attendre les positions prises par les pays développés » pour imposer des cibles de gaz à effet de serre comme le faisait à l’époque le gouvernement conservateur. L’ex-président américain Bill Clinton s’était quant à lui retrouvé au pays quelques mois avant le référendum de 1995. Vantant son excellente relation avec un « Canada fort et uni », il avait du même coup pris soin d’ajouter que « l’avenir politique est, bien sûr, entre vos mains ».