L’otage Robert Hall assassiné aux Philippines

Robert Hall, à gauche, avec John Ridsdel, assassiné fin avril, dans une vidéo du groupe Abou Sayyaf
Photo: Associated Press Robert Hall, à gauche, avec John Ridsdel, assassiné fin avril, dans une vidéo du groupe Abou Sayyaf

Le premier ministre Justin Trudeau a déploré l’assassinat d’un otage canadien détenu aux Philippines, lundi. Mais le mystère règne quant aux efforts qu’aurait déployés le Canada pour tirer Robert Hall des mains de ses kidnappeurs extrémistes. Et les partis d’opposition espèrent que le fédéral leur rendra rapidement des comptes.

« Je suis profondément attristé et indigné d’annoncer que nous avons des raisons de croire que Robert Hall, un citoyen canadien détenu en otage aux Philippines depuis le 21 septembre 2015, a été tué par ses ravisseurs », a fait savoir M. Trudeau lors d’un bref point de presse au Parlement lundi matin. « Le Canada tient le groupe terroriste qui a pris M. Hall en otage entièrement responsable de ce meurtre insensé commis de sang-froid », a insisté le premier ministre, sans répondre aux questions des journalistes.

M. Hall avait été enlevé aux Philippines avec un autre Canadien, John Ridsdel, assassiné le premier à la fin avril après que le Canada eut refusé de payer la rançon réclamée par le groupe terroriste Abou Sayyaf. « Le Canada ne peut absolument pas se permettre de verser des rançons à des terroristes et faire ainsi du drapeau canadien, et des plus de trois millions de Canadiens à l’étranger qui le portent avec fierté, des cibles », a réitéré M. Trudeau lundi.

Des rumeurs circulaient cependant selon lesquelles la famille de M. Hall aurait de son côté fait parvenir de l’argent aux ravisseurs. La famille aurait offert une rançon de 1,4 million $CAN, selon Abdusakur Tan, vice-gouverneur de la province Sulu où M. Hall et d’autres otages semblent être tenus en captivité. « Mais en date d’hier, ils [Abou Sayyaf] demandaient toujours 600 millions [de pesos des Philippines, l’équivalent de 16,6 millions $CAN] ou rien du tout », a confié Abdusakur Tan au Globe and Mail à Pékin. Robert Hall a été kidnappé en même temps que John Ridsdel, Maritess Flor — une Philippine qui serait en couple avec M. Hall —, et Kjartan Sekkingstad — un Norvégien qui serait également résident permanent du Canada selon le Globe and Mail.

Le ministère des Affaires étrangères n’a pas voulu commenter les rumeurs de rançon, ni préciser si M. Sekkingstad est résident permanent, prétextant un souci de « sécurité ». « Puisque d’autres personnes sont encore tenues en otage par le groupe Abou Sayyaf, le gouvernement du Canada ne peut ni commenter la situation ni divulguer des renseignements qui pourraient compromettre les efforts actuellement déployés en vue de leur libération ou nuire à la sécurité des otages », s’est-on borné à répliquer au Devoir lundi.

Manque de transparence

Conservateurs, néodémocrates et bloquistes ont tour à tour approuvé le refus du gouvernement de payer des ravisseurs étrangers.

Mais le conservateur québécois Pierre Paul-Hus aimerait maintenant savoir si le fédéral « en a fait assez ». « C’est ce qu’on ne sait pas actuellement ». Le Canada aurait pu à son avis par exemple aider aux négociations ou carrément intervenir sur le terrain pour récupérer ses otages. Au moins deux membres des forces spéciales canadiennes auraient été envoyés aux Philippines pour prêter main-forte aux autorités locales sur le plan logistique, sans être actifs sur le terrain, selon laCBC.

Le chef bloquiste par intérim, Rhéal Fortin, a accusé le gouvernement d’être « assez nébuleux ». Le fédéral doit selon lui détailler les démarches entreprises et les raisons pour lesquelles elles n’ont pas abouti « qu’on puisse analyser la situation et faire mieux la prochaine fois — s’il devait y avoir une prochaine fois ».

Thomas Mulcair s’est montré plus patient. Il faudra « un jour » connaître le fond de l’histoire, mais pour l’instant le chef du NPD s’en est tenu à offrir ses condoléances à la famille de M. Hall.

Le groupe Abou Sayyaf cherche à créer un État islamique aux Philippines et finance ses activités depuis des années à coup d’enlèvements contre rançons. Créé dans les années 1990 et financé par Oussama ben Laden et al-Qaïda, le groupe islamiste regrouperait quelques centaines de combattants.