Ottawa veut «redonner la parole» aux chercheurs

Selon le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, il faut «trouver de nouvelles façons de soutenir la relève» et ainsi «encourager plus de jeunes à embrasser la carrière de chercheur».
Photo: Alex Raths / Getty Images Selon le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, il faut «trouver de nouvelles façons de soutenir la relève» et ainsi «encourager plus de jeunes à embrasser la carrière de chercheur».

Certains aspects du financement fédéral de la recherche scientifique menée dans les universités canadiennes sont décriés depuis plusieurs années par les chercheurs. Dans le but de rectifier la situation, la ministre des Sciences du Canada, Kirsty Duncan, lançait hier une évaluation des programmes fédéraux qui soutiennent la recherche au pays. Cette évaluation « indépendante » sera menée par un comité d’experts qui a pour mandat de consulter la communauté scientifique et de formuler des recommandations à la ministre d’ici la fin de l’année 2016.

De nombreuses universités se sont réjouies du financement qu’elles ont reçu de la Fondation canadienne à l’innovation (FCI) pour acquérir de nouveaux équipements de pointe ou pour accroître leurs infrastructures. Toutefois, elles déplorent le fait que les frais de fonctionnement et de maintenance de ces équipements ne soient pas couverts adéquatement ou du moins que leur financement ne soit pas assuré de manière suffisamment stable et prolongée. De plus, plusieurs membres de la communauté scientifique préféreraient que les agences de financement accordent leur soutien à un plus grand nombre de chercheurs au lieu de concentrer, voire d’accroître leur aide à un nombre plus restreint de ceux-ci.

Tous les chercheurs et tous les Canadiens sont invités à faire part des lacunes et des défis à relever pour améliorer le financement de la recherche au pays

 

« Nous voulons nous assurer que nos programmes répondent adéquatement aux besoins de tous nos scientifiques, autant ceux en sciences naturelles et génie, en santé, qu’en sciences sociales », a déclaré au Devoir la ministre Duncan. « Pendant dix ans, nos scientifiques ont été ignorés, et leur voix n’a pas été entendue, notre gouvernement veut leur redonner la parole. »

Diagnostic de la situation

« Durant les dix dernières années, le Canada est passé du troisième au huitième rang mondial en matière d’éducation supérieure, de recherche et de développement, a également rappelé la ministre. Certains de nos scientifiques obtiennent leur premier financement à l’âge de 41 ou 43 ans. Cela est inacceptable ! L’examen [qui est lancé aujourd’hui] permettra de faire un diagnostic de la situation et nous indiquera ce que nous devrions faire pour mieux soutenir nos chercheurs. »

L’examen portera sur le soutien fédéral à la science, plus spécifiquement sur celui fourni par les trois agences de financement que sont les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), le Conseil de recherches en sciences naturelles et génie du Canada (CRSNG) et le Conseil de la recherche en sciences humaines (CRSH), ainsi que par des organismes auxiliaires, comme la Fondation canadienne à l’innovation et Génome Canada.

Comité d’experts

Pour mener à bien cet examen, la ministre a rassemblé un comité d’experts qui sera présidé par le Dr David Naylor, chercheur en médecine et ancien recteur de l’Université de Toronto. Ce comité inclura Rémi Quirion, le scientifique en chef du Québec, Robert Birgeneau, ancien chancelier de l’Université de Californie à Berkeley, Martha Crago, vice-rectrice à la recherche de l’Université Dalhousie, Claudia Malacrida, vice-rectrice associée à la recherche de l’Université de Lethbridge en Alberta, Arthur McDonald, ancien directeur de l’Observatoire de neutrinos de Sudbury et lauréat du prix Nobel de physique en 2015, Martha Piper, rectrice par intérim de l’Université de la Colombie-Britannique, Anne Wilson, professeur de psychologie à l’Université Wilfrid Laurier et Mike Lazaridis, cofondateur de Quantum Valley Investments.

« Nous avons essayé de former un comité ayant une bonne représentativité régionale, qui respecte les langues officielles et qui saura entendre les besoins des jeunes chercheurs », a précisé Mme Duncan. Ce comité indépendant aura six mois pour consulter la communauté scientifique, pour effectuer une évaluation comparative des modes de financement à travers le monde, pour « analyser les pratiques exemplaires internationales », pour formuler des recommandations à la ministre et pour déposer son rapport final d’ici la fin de l’année.

Les membres du comité consulteront des chercheurs ayant atteint différents stades de carrière, soit des étudiants-chercheurs, de jeunes chercheurs et des chercheurs seniors. Ils rencontreront certains représentants de ces différentes populations de chercheurs à travers le Canada. Le comité procédera aussi à une consultation en ligne auprès des chercheurs et de la société civile. « Tous les chercheurs et tous les Canadiens sont invités à faire part des lacunes et des défis à relever pour améliorer le financement de la recherche au pays », a souligné la ministre.

Un des membres du comité, le scientifique en chef Rémi Quirion trouve cette initiative intéressante. « Nous tenterons de trouver comment faire pour que les chercheurs canadiens se positionnent à l’international et pour que les équipes canadiennes fassent partie de grands réseaux internationaux, voire se démarquent et assument le leadership de certains de ces réseaux. Il faut également trouver de nouvelles façons de soutenir la relève, d’intégrer nos jeunes chercheurs plus tôt dans le système, car ainsi nous encouragerons peut-être plus de jeunes à embrasser la carrière de chercheur », a-t-il affirmé au Devoir.

Rémi Quirion espère que cet examen conduira à un meilleur financement fédéral de la recherche fondamentale qui a été négligée ces dernières années. Il donne en exemple les recherches sur la technologie CRISPR-Cas9 qui a été découverte en grande partie par le chercheur québécois Sylvain Moineau, de l’Université Laval, et qui est utilisée pour effectuer l’édition du génome. « Nous n’avons pas reconnu la valeur de cette découverte et soutenu suffisamment cette expertise canadienne, alors que les États-Unis et l’Allemagne ont investi beaucoup et, conséquemment, sont devenus les leaders dans ce secteur. Il faudrait mieux reconnaître les forces de la recherche fondamentale, même si on ne sait pas toujours si elle aboutira à des découvertes cruciales », a-t-il expliqué.

Chose certaine, la ministre Duncan est déterminée à mettre sur pied « l’écosystème qui sera le plus approprié pour soutenir nos chercheurs et à offrir les programmes de financement qui soient les plus pertinents et adaptés à notre monde en évolution ».

2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 14 juin 2016 08 h 00

    Vraiment ?

    "Nous avons essayé de former un comité ayant une bonne représentativité régionale, qui respecte les langues officielles". Vraiment ? Avec un seul francophone, et Québécois, sur dix membres alors que le Québec compte pour 22% de la population canadienne et une part plus que respectable de sa force scientifique ?

  • Nicole Delisle - Abonné 14 juin 2016 08 h 23

    Enfin, la recherche scientifique reprend ses titres de noblesse! Les conservateurs avec leur vision "bornée" de la recherche ont fait perdre de précieuses années au Canada
    et l'ont relégué dans les rangs inférieurs. Enfin, nous revenons dans le monde moderne! Encourageons nos scientifiques et donnons-leur la chance de faire valoir
    leurs talents!