Ottawa affiche un surplus de 5,2 milliards

Après avoir passé les derniers mois à se plaindre de ses finances serrées, le gouvernement fédéral a fait état hier d'un surplus de 5,2 milliards de dollars pour les neuf premiers mois de l'année financière en cours. Et s'il n'en tient qu'au ministre des Finances, Ralph Goodale, une bonne portion de cette somme devrait aller au remboursement de la dette.

«Je m'attendrais à un paiement sur la dette cette année, tout à fait», a-t-il dit hier à l'issue d'une consultation prébudgétaire avec des économistes du secteur privé. «Je dois aussi gérer des enjeux stratégiques de manière à m'assurer que nous atteignions un solide équilibre, non seulement budgétaire mais aussi social et économique», a-t-il toutefois ajouté quelques minutes plus tard.

Ce surplus, qui peut encore changer tant à la hausse qu'à la baisse d'ici le 31 mars, est inférieur à celui enregistré pour la même période l'an dernier (7,1 milliards). Il est toutefois supérieur aux prévisions faites dans le dernier budget et dépasse largement celles faites par M. Goodale en décembre et janvier.

Ce sont d'ailleurs ces dernières prévisions qui ont incité le gouvernement Martin à annoncer dès son entrée en fonction un gel de la taille de la fonction publique et une révision des dépenses et des programmes fédéraux. À la veille de la conférence des premiers ministres, il y a moins de deux semaines, il évoquait un surplus de seulement 2,3 milliards, un montant tout juste suffisant à garantir le versement de deux milliards aux provinces.

Le dernier budget, lui, parlait d'un surplus de quatre milliards, soit l'équivalent du milliard de dollars en mesure de prudence et des trois milliards de réserve pour éventualités, une somme qui sert habituellement au remboursement de la dette.

C'est la hausse des revenus de l'impôt des entreprises et la baisse de 4,8 % des frais de la dette publique qui ont permis de faire mieux. Les sociétés ont payé trois fois plus d'impôt en décembre 2003 qu'en décembre 2002 alors que l'impôt des particuliers a à peine augmenté. En ce qui a trait à la dette fédérale, elle atteignait 505,4 milliards au 31 décembre 2003, en baisse par rapport à l'année précédente.

M. Goodale aimerait continuer à la réduire et plusieurs économistes du secteur privé le souhaitent. La plupart lui ont aussi recommandé de rétablir la réserve pour éventualités et la mesure de prudence dès le prochain budget (attendu en mars, a précisé le ministre). M. Goodale n'a pas caché son désir d'agir de la sorte.

Déficit zéro

Il a toutefois dû défendre son attachement au déficit zéro après que Jeff Rubin, de la CIBC, s'est inquiété de voir le gouvernement canadien ériger en dogme l'idée d'un budget excédentaire. «J'espère que nous ne nous ligotons pas dans une camisole de force idéologique où nous croyons être obligés d'afficher des surplus, peu importe l'effet» sur l'économie, a indiqué l'économiste. M. Rubin a rappelé que la politique fiscale doit aussi rester un outil pour répondre à des changements rapides et imprévus.

«Je ne me vois pas dans une quelconque camisole de force idéologique», a répliqué le ministre. Jugeant la position de M. Rubin hypothétique, il a insisté: «Mon objectif est d'équilibrer le budget ou de faire mieux.»

Clément Gignac, de la Financière National, a prévenu le ministre contre la tentation, à la veille des élections, d'adopter des stimulants fiscaux. À son avis, l'économie n'en a pas besoin. De l'avis de M. Gignac, M. Goodale devrait plutôt se concentrer sur «des mesures à moyen terme pour améliorer la productivité et faire face au défi démographique». Il pense aussi que le fédéral devrait «adopter une cible de réduction de la dette par rapport au PIB

de 25 %».

Les économistes étaient à Ottawa pour partager leurs prévisions de croissance en vue de la préparation du budget. Pour l'année 2004, leurs prévisions de croissance oscillent entre 2,5 et 3 % environ et, pour l'année 2005, entre 3 et 3,5 %. Tout dépend cependant de la fermeté de la reprise américaine et mondiale et de la valeur du dollar canadien. Leurs chiffres rejoignent ceux de la Banque du Canada qui, en janvier, revoyait à la baisse ses prévisions de croissance pour 2004 et 2005, les ramenant respectivement à 2,75 % et 3,75 %.