Le PCC clôt le chapitre Harper

Stephen Harper est sorti du silence pour son discours d’adieu, jeudi, à l’ouverture du congrès.
Photo: Darryl Dick La Presse canadienne Stephen Harper est sorti du silence pour son discours d’adieu, jeudi, à l’ouverture du congrès.

Le Parti conservateur a tourné la page sur la dernière décennie, à son congrès cette fin de semaine, en remerciant une dernière fois Stephen Harper et en entamant un virage progressiste fort attendu par les militants. Mais ces derniers étaient également aussitôt prêts à entamer le prochain chapitre de leur formation. Si les débats officiels portaient sur les changements politiques du Parti conservateur du Canada (PCC), en coulisses, tous se demandaient qui pourrait donc bien être leur prochain chef.

Bien qu’il y ait déjà trois candidats déclarés dans la course à la succession de Stephen Harper — les députés Maxime Bernier, Michael Chong et Kellie Leitch —, les militants et parlementaires conservateurs admettent tous qu’ils attendent de voir qui d’autre les rejoindra dans l’arène.

Une position qui concilie la position des conservateurs sociaux et des libertariens, c’en est une qui statue que l’État n’a rien à voir avec la définition du mariage

 

L’ancien ministre Jason Kenney briguera-t-il la direction fédérale, ou rentrera-t-il chez lui en Alberta pour tenter d’y fusionner la droite afin de combattre le NPD de Rachel Notley ? Peter MacKay fera-t-il un retour en politique, malgré l’enthousiasme plutôt tiède de son épouse avec qui il a deux jeunes enfants ? Ces deux vedettes du Parti conservateur tâtent encore le terrain. Tous deux ont parcouru les couloirs du congrès, interceptés par des militants envieux de les rencontrer. Jason Kenney compte prendre une décision « d’ici la fin de l’été ». Peter MacKay est moins pressé, refusant de se « contraindre à un échéancier ». Mais il consent que « le décompte est commencé maintenant, on a entamé la course ».

D’autres, comme Tony Clement et Lisa Raitt, n’ont pas caché qu’ils songeaient sérieusement à tenter de briguer la direction de leur parti. Mais l’enthousiasme face à leur possible candidature demeure tiède, dans les rangs conservateurs. Les deux ex-ministres ontariens ont tenu une réception en marge du congrès, vendredi soir, tout comme Michael Chong et Maxime Bernier — dont la soirée était l’une des plus courues.

Candidat mystère

Les conservateurs n’ont cependant pas exclu de voir un candidat de l’extérieur causer la surprise. Un homme comme l’ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick Bernard Lord. Son nom circule régulièrement dans les rangs conservateurs. Encore cette fois-ci, quelques parlementaires, mais aussi des organisateurs de terrain, espèrent le voir se lancer dans la course. M. Lord n’était toutefois pas présent au congrès de Vancouver. Le coloré homme d’affaires Kevin O’Leary y a fait une courte apparition vendredi. Peu de conservateurs pensent toutefois le voir se porter réellement candidat.

Tous ont encore le temps d’y penser. Les mises en candidature se terminent en février prochain et le prochain chef sera choisi fin mai 2017.

Mais déjà, Stephen Harper a sommé ses troupes, dans son discours jeudi soir, de s’unir derrière le ou la prochaine chef en vue du scrutin de 2019. Un appel à l’unité repris par la chef intérimaire, Rona Ambrose, cette fin de semaine.

Virage progressiste

Une partie des débats du congrès faisaient craindre des divisions au sein de la famille conservatrice. Les militants ont tranché un vieux débat au parti, en changeant la politique conservatrice sur le mariage des conjoints de même sexe. Finie la définition inscrite au programme du parti voulant que le mariage est « l’union d’un homme et d’une femme ». Stephen Harper avait mené le parti plus à droite, au fil des dernières années, et c’est maintenant un simple « retour du balancier », ont confié des conservateurs.

La discussion a néanmoins été parmi les plus animées, bien que l’adoption de la résolution ait suscité des cris de joie dans la salle. Si les partisans de la résolution, comme la députée albertaine Michelle Rempel, ont martelé qu’il « est grand temps » que le parti adopte le changement, d’autres, comme le député manitobain Ted Falk, ont parlé d’une « attaque à nos valeurs et à nos principes ».

Des conservateurs sociaux s’opposent à cette reconnaissance par la bande du mariage gai. Le député saskatchewanais Brad Trost a prévenu qu’elle allait « pousser les gens à quitter notre parti ».

Tour à tour, les députés et ex-élus croisés à la sortie du vote ont cependant refusé de s’inquiéter, faisant valoir que le Parti conservateur est une « grande tente » qui rassemble une variété de Canadiens qui ne seront jamais « d’accord avec 100 % » des politiques du parti.

Le changement de samedi témoigne de la « maturité » du parti, selon Peter MacKay. Inutile d’avoir un énoncé politique au « langage obsolète », a renchéri Jason Kenney, pourtant l’un des visages de cette frange de conservateurs sociaux. « C’est une question de liberté et de respect, de dire aux Canadiens qu’ils peuvent aimer qui ils souhaitent », a quant à lui argué Maxime Bernier au micro de la plénière. L’ancien chef réformiste Preston Manning était du même avis. « Une position qui concilie la position des conservateurs sociaux et des libertariens, c’en est une qui statue que l’État n’a rien à voir avec la définition du mariage. »
 

Décriminalisation de la marijuana

Autre virage progressiste : le Parti conservateur appuie désormais l’émission de simples contraventions pour la possession simple de faibles quantités de marijuana. Certains délégués voulaient même aller plus loin, l’un d’entre eux venu d’Ottawa ayant carrément proposé la légalisation de la marijuana, annoncée pour l’an prochain par les libéraux. Car la décriminalisation ne privera pas le crime organisé des revenus tirés de la vente de la marijuana, alors que la légalisation le ferait, a fait valoir cet ancien employé politique du gouvernement conservateur Dan Mader.

Les conservateurs ont aussi statué que la possession d’armes à feu fait « parti du patrimoine canadien », il a défendu le droit de conscience des médecins de refuser de pratiquer l’aide à mourir ou l’avortement et a invité le gouvernement à « soutenir et à encourager » le projet Énergie Est. Le plaidoyer de la députée manitobaine Candice Bergen sur ce dernier sujet samedi a été l’une des interventions les plus applaudies.