Un premier pas vers la reconnaissance du mariage gai

La proposition concernant le mariage gai a été adoptée en première ronde à 279 voix, contre 143 opposants.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne La proposition concernant le mariage gai a été adoptée en première ronde à 279 voix, contre 143 opposants.

Plusieurs conservateurs voulaient profiter de leur congrès cette semaine pour clore une fois pour toutes des débats sociaux comme la reconnaissance du mariage gai. Et ils pourraient bien y parvenir, puisqu’une proposition en ce sens a franchi une première étape vendredi. Mais ce virage progressiste salué par certains a été vivement dénoncé par d’autres, qui craignent qu’il n’aliène toute la frange sociale-conservatrice du parti.

Le débat sur une résolution proposant de retirer de l’énoncé politique du Parti conservateur la « loi définissant le mariage comme étant l’union d’un homme et d’une femme » était fort attendu vendredi. Des opposants faisaient le pied de grue à l’entrée pour distribuer aux délégués des pamphlets les prévenant qu’un tel changement va « vider le parti » des 41 % de sa base électorale qui s’identifient comme des sociaux-conservateurs et qui croient au « mariage traditionnel ».

« C’est très diviseur. Cela va pousser les gens à quitter notre parti », s’est inquiété à son tour un de ces députés aux convictions sociales-conservatrices, Brad Trost, qui s’est présenté au micro pour s’opposer à la proposition. Son plaidoyer a été applaudi, mais tout autant chahuté par des délégués lui demandant où donc iraient ces conservateurs déçus. « Ils peuvent rester chez eux plutôt que d’aller voter », a fait valoir plus tard M. Trost au Devoir. « Je ne dis pas que les gens qui sont des sociaux-conservateurs comme moi vont se ruer vers la sortie immédiatement. Vous n’appartenez pas à un parti politique parce que vous êtes d’accord à 100 % avec tout », a-t-il concédé.

Mais il a mis en doute le bien-fondé d’un virage progressiste du mouvement conservateur qui « ne fonctionne pas nécessairement ». Les progressistes-conservateurs sont marginalisés en Alberta, et ceux de l’Ontario ont perdu « sept des neuf dernières élections », a noté M. Trost. Qui plus est, si le Canada compte un système électoral proportionnel dans quatre ans, reconnaître le mariage de même sexe « représenterait un défi pour le parti », pour qui ces votes seraient d’autant plus importants parce que répartis au pays.

« Il était temps »

Le camp adverse était toutefois mieux organisé que celui des sociaux-conservateurs, a admis M. Trost. Lorsque le débat a débuté, des délégués ont envahi la salle par dizaines, certains étant même confinés dans le cadre de porte faute de place. Tous étaient là pour appuyer la résolution.

La députée albertaine Michelle Rempel a martelé au micro, à son tour, que le Parti conservateur était « le parti de l’égalité et la liberté. Il est à peu près temps qu’on adopte cette résolution ! » a-t-elle scandé, chaudement applaudie. Quelques minutes plus tard, la proposition était adoptée en première ronde à 279 voix, contre 143 opposants. Tous les députés québécois aperçus dans la salle ont voté oui — Steven Blaney, Gérard Deltell, Pierre Paul-Hus —, de même que le sénateur Claude Carignan. Les candidats à la chefferie Maxime Bernier et Kellie Leitch s’étaient quant à eux mis en file pour appuyer la motion au micro. Une décision qui leur aura coûté l’appui de Brad Trost, qui n’endossera personne qui souhaite changer la définition du mariage dans le programme conservateur, a-t-il prévenu.

L’appui conservateur au mariage de même sexe sera maintenant débattu en plénière, samedi. Les dix résolutions ayant récolté le plus d’appuis se sont qualifiées. En plénière, une résolution doit ensuite être adoptée par 50 % + 1 des militants, et au moins la moitié des délégués de six provinces.

Les conservateurs ont cependant gardé le cap sur l’aide médicale à mourir, en rejetant une proposition pour cesser de s’opposer à toute loi légalisant la pratique et déclarant plutôt qu’il s’agit désormais d’un « droit inaliénable et privé ». Ils ont en outre appuyé le droit de conscience des médecins de refuser de pratiquer l’aide à mourir ou l’avortement. « Nous croyons que les médecins doivent prodiguer des soins, pas tuer », a argué un militant, accueilli par de forts applaudissements, en présentant la résolution.

Clémence pour la marijuana

Autre virage progressiste — qui ne sera cependant pas débattu en plénière, car il n’a pas été parmi les plus populaires —, une proposition de la circonscription de Steven Blaney, Bellechasse–Les Etchemins–Lévis, proposant d’imposer de simples contraventions pour possession simple de marijuana a été entérinée par les délégués. Une résolution défendue par l’ex-ministre et ancien chef de police Julian Fantino, qui a rapporté que les forces policières lui en avaient fait la demande à maintes reprises. Le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait jonglé avec cette même idée en 2014. Il n’est cependant jamais allé de l’avant. C’était « faute de temps », selon M. Blaney. Mais aussi parce que le cabinet était inquiet du message que cela enverrait à sa base électorale, selon un autre conservateur influent.

Les conservateurs débattront également samedi du droit de se procurer une arme à feu comme faisant « partie du patrimoine canadien ». Une résolution endossée à forte majorité, seuls six délégués s’y étant opposés.


Le poids du Québec préservé

La grande majorité des changements proposés à la Constitution conservatrice ont été rejetés en atelier. L’une d’elles au grand soulagement des délégués québécois, qui s’étaient mobilisés au congrès de Vancouver pour empêcher leurs collègues de minimiser leur poids au sein du parti. Un principe d’égalité prévaut au Parti conservateur depuis des années : chaque circonscription a le même poids (100 points) dans le choix d’un chef, peu importe qu’il compte des dizaines, des centaines ou des milliers de membres. Les Québécois y tiennent, eux qui ne comptent souvent tout au plus quelques centaines de membres dans leur circonscription. La résolution pour passer au système « un membre, un vote » a été rejetée à très grande majorité, l’empêchant d’être débattue samedi en plénière. Les Québécois s’étaient assurés d’être présents pour le vote et étaient tous ravis à leur sortie, certains se tapant dans la main tout sourire.


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