Les militants libéraux demandent l’identification des OGM

Le saumon en cause a été conçu par AquaBounty Technologies pour favoriser une croissance rapide lors des premiers stades de la vie du poisson. Sur notre photo, les deux saumons ont le même âge.
Photo: AquaBounty Technologies La Presse canadienne Le saumon en cause a été conçu par AquaBounty Technologies pour favoriser une croissance rapide lors des premiers stades de la vie du poisson. Sur notre photo, les deux saumons ont le même âge.

Le nouveau saumon génétiquement modifié qui fera son apparition dans les épiceries canadiennes d’ici deux ans sera-t-il identifié comme tel ? Ottawa refuse de s’y engager. Mais les militants québécois du Parti libéral du Canada le demandent.

Jeudi, alors que tous les regards convergeant vers la colline parlementaire n’en avaient que pour la bousculade de Justin Trudeau, Santé Canada a annoncé l’approbation pour consommation humaine d’un saumon génétiquement modifié, le saumon AquAdvantage. Il s’agit du premier animal génétiquement modifié autorisé au Canada. Ce saumon atlantique a été bonifié d’un gène de croissance de saumon quinnat, ce qui réduit de moitié son temps de maturation.

Les deux ministres fédéraux ayant fait cette annonce ont indiqué que l’aliment ne se retrouverait pas en magasin avant un an et demi à deux ans. Mais ils ont refusé de promettre aux consommateurs qu’il serait identifié clairement comme étant modifié génétiquement. Tout au plus le ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Lawrence MacAulay, a-t-il demandé au comité parlementaire du même nom de mener une étude sur les animaux génétiquement modifiés « pour s’assurer que notre cadre réglementaire est au diapason de la science ».

« Il reviendra au comité de décider » s’il faut poser une étiquette ou non, a indiqué M. MacAulay. Sa collègue à la Santé, Jane Philpott, a cependant ajouté que « Santé Canada exige un étiquetage des produits lorsqu’il y a des risques associés, comme les allergènes ». Or, la ministre venait de dire que Santé Canada avait approuvé le saumon parce qu’il « est considéré comme sécuritaire pour la consommation ».

Le débat risque de devenir plus politique, car les militants libéraux eux-mêmes demandent l’étiquetage des organismes génétiquement modifiés (OGM). En effet, le Parti libéral du Canada (PLC) tiendra son congrès politique bisannuel à Winnipeg la semaine prochaine. L’aile québécoise du PLC y défendra une résolution demandant l’étiquetage obligatoire des aliments et OGM au motif qu’il « n’existe que peu d’études indépendantes des effets à long terme et des risques cumulatifs associés à la consommation et l’utilisation d’OGM ».

Le président du PLC-Q, Pierre Choquette, explique que la présentation d’une telle résolution dans le contexte relève de la pure coïncidence. « Ça fait déjà quelque temps que cette idée fait partie des discussions. » Le fait que cette résolution soit présentée par le PLC-Q et non seulement par une association de circonscription signifie que l’establishment de l’aile québécoise lui a donné priorité.

Le NPD demande lui aussi qu’Ottawa rende obligatoire l’identification des aliments génétiquement modifiés. Outre ce saumon AquAdvantage (qui n’est autorisé nulle part ailleurs qu’au Canada et aux États-Unis), 13 espèces de plantes GM sont permises au Canada, dont seulement six y sont cultivées : le maïs destiné à la consommation animale, le soya, le canola, une sorte de luzerne, une pomme (qui ne brunit pas et dont la commercialisation devrait commencer cette année) et la betterave sucrière.

Étiquetage obligatoire

À compter du 1er juillet prochain, le Vermont deviendra le premier État américain à exiger que les aliments contenant des OGM le mentionnent sur leur emballage. Le Maine et le Connecticut emboîteront le pas. En mars, le géant de la transformation alimentaire General Mills a indiqué que pour des raisons de logistique, il étiquettera tous ses emballages et non seulement ceux destinés au Vermont.

Le ministre québécois de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, Pierre Paradis, désire arrimer la réglementation québécoise à celle du Vermont. Il entend pousser cette idée lors de la rencontre annuelle de ses homologues fédéral et provinciaux cet été.

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