Brosseau se dit victime d’attaques personnelles

Ruth Ellen Brosseau
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Ruth Ellen Brosseau

Ottawa — Ruth Ellen Brosseau dit être confrontée à des attaques personnelles depuis qu’elle a reçu un coup de coude du premier ministre Justin Trudeau à la Chambre des communes. Certains lui disent qu’elle devrait avoir « honte d’être une femme », alors que d’autres lui reprochent de ne pas être féministe.

En entrevue avec La Presse canadienne, vendredi, la députée néodémocrate a affirmé que son bureau avait recueilli de nombreux appels de gens de partout au pays, dont plusieurs suggèrent qu’elle « crie au loup ».

« Mon bureau a reçu une quantité innombrable d’appels […] disant que c’est ma faute, je devrais avoir honte, je devrais démissionner, je devrais m’excuser, c’est ma faute », a confié Mme Brosseau, visiblement ébranlée, lors d’une conversation à son bureau d’Ottawa.

Mme Brosseau, qui mettait fin aux bagarres en tant que serveuse de bar avant d’être députée de la circonscription de Berthier–Maskinongé au Québec, ne s’attendait pas à faire face à une pareille situation en devenant membre du Parlement.

« Je suis une femme forte, je sais comment me tenir debout et gérer des situations difficiles, a-t-elle dit. J’étais choquée, j’étais dépassée. »

Des images de la télévision des Communes montrent Justin Trudeau, tentant de tirer le whip conservateur Gord Brown à travers un groupe de députés, dont Ruth Ellen Brosseau, qui épiloguaient entre eux dans l’espoir de retarder un vote sur la loi C-14 de l’aide à mourir.

Dans son geste, le premier ministre a heurté la députée que l’on peut voir réagir avec inconfort alors que Justin Trudeau la dépasse et que cette dernière se retrouve poussée sur son bureau. Les néodémocrates ont rapporté avoir entendu le premier ministre murmuré « ôtez-vous de mon chemin » en blasphémant.

Mme Brosseau, dont les larmes sont venues plusieurs fois aux yeux au cours de l’entrevue, s’est souvenue de sa réaction après l’événement. « Je n’allais pas courir après le premier ministre, a-t-elle dit. Je tremblais […] ce qui est arrivé était complètement inapproprié. »

La députée néodémocrate dit avoir accepté les multiples excuses offertes par Justin Trudeau aux Communes, dont celles qu’il a formulées immédiatement après l’incident et le jour suivant, mais elle a souligné que le premier ministre ne l’avait pas contactée directement.

Jeudi, le premier ministre s’est excusé devant la Chambre des communes, soutenant qu’il « assumait l’entière responsabilité » de ce qui s’était produit.

La jeune politicienne dit que l’attention dont elle fait l’objet depuis mercredi est pire qu’en 2011, lorsqu’elle avait été ridiculisée publiquement pour avoir été en voyage à Las Vegas, en pleine campagne électorale, alors qu’elle était candidate.

« J’ai eu beaucoup d’attention des médias en 2011 et après cela, j’ai toujours voulu simplement travailler et travailler fort », a-t-elle soutenu.

Elle a également déclaré qu’il était difficile d’avoir à justifier ce qu’elle a vécu, ajoutant qu’elle se sentait attaquée de tous les côtés, alors qu’elle insiste n’avoir rien fait de mal. « Si j’étais un homme et je recevais un coup dans les testicules, est-ce que nous aurions la même conversation ? Je ne sais pas », a lancé Ruth Ellen Brosseau.

« Et les gens demandent : “ A-t-elle été frappée fort à la poitrine ? ” Est-ce que je dois justifier la force du coup que j’ai reçu à la poitrine ? Cela n’a pas d’importance », a-t-elle ajouté.

Un comité sera maintenant chargé d’étudier la conduite du chef du gouvernement. Mme Brosseau n’a pas identifié de sanctions qui seraient appropriées. Elle a conclu qu’il serait juste « important pour l’avenir de s’assurer qu’un tel incident ne se reproduise plus ».

3 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 21 mai 2016 12 h 18

    Suggestion de réparation


    L'attroupement néodémocrate était infantile et Mulcair s'en amusait.

    La volonté de ne pas laisser passer le député conservateur (qui, de son côté, tel un automate, s'obstinait à emprunter ce chemin alors que, nonobstant le décorum, le corridor de gauche lui aurait facilité la tâche) était futile et grotesque.

    C'est cela le déclencheur, n'en déplaise à l'Immaculée Conception (je ne parle pas de Ruth Ellen Brosseau, mais de la conceptualisation mentale tronquée des faits).

    Le déclencheur ne justifie néanmoins pas la riposte. La réaction de Trudeau, impulsive et belliqueuse, n'est pas à son honneur.

    Il s'est excusé deux fois. Je suggère qu'il le fasse une troisième fois, par un écrit adressé à Ruth Ellen Brosseau, écrit que cette dernière pourra envoyer aux personnes qui, stupidement, la harcellent depuis cette affaire.
    Dans cet écrit, il suffirait à Justin de déclarer que les représailles gratuites à l'égard de la députée Brosseau sont injustifiées et qu'il ne les endosse pas.

    Ce serait une réparation honorable qui mettrait un terme à cet épisode où les insignifiances des uns ont provoqué celles des autres.

    Personne, la députée Brosseau y comprise, n'a eu de jugeote.

    Le parlement tout entier a été indigne.
    Honte à tous, qui nous représentez!

  • Yvon Bureau - Abonné 21 mai 2016 15 h 59

    Que les cendres retombent

    sur ce feu de boucane indigne pour tous.

    Prenez les devants, madame la députée. Invitez le PM à prendre le thé de la réconciliation. Caméra incluse. Selfie permis.

    Et que l'on revienne aux projets de loi, spécialement le PL C-14, et que les finissants de la vie puissent au plus tôt terminer leur vie en paix, en dignité, en sécurité, en sérénité, en confort juridique, respectés jusqu'à leur fin.

  • Bernard McCann - Abonné 21 mai 2016 17 h 55

    Continuez madame Brosseau

    Il faut continuer à faire le travail madame Brosseau. Vous êtes l'une de nos meilleures représentantes. Ne vous laissez pas abattre par des insignifiances plus grandes encore que celles qui ont menées aux tristes évènements de la semaine dernière.