Le rapport de la vérificatrice générale du Canada - Le patrimoine est en danger

La vérificatrice générale juge que le gouvernement fédéral conserve mal ses bâtiments et ses archives et les met en danger. Elle pense que «le régime de protection actuel a atteint ses limites». Elle recommande à Ottawa de s'engager «dans une réflexion d'ensemble sur les orientations et les moyens de protection à prendre», notamment pour responsabiliser tous les acteurs fédéraux impliqués dans cette démarche patrimoniale.

«Notre vérification a révélé que le patrimoine bâti, archivistique et de l'édition qui se trouve sous l'égide du gouvernement fédéral est exposé à de sérieux risques de pertes en raison notamment de faiblesses dans les mécanismes de gestion, de lacunes des divers régimes de protection, d'une diminution des ressources affectées à la protection et de capacités de protection restreintes des édifices abritant les collections», conclut le chapitre six du Rapport de la vérificatrice générale du Canada consacré à «la protection du patrimoine culturel au gouvernement fédéral».

Le «patrimoine culturel tangible» sous l'égide du fédéral comprend notamment 891 lieux historiques nationaux, 269 édifices fédéraux classés et 1088 autres reconnus d'intérêt patrimonial, mais aussi plus de

110 000 mètres linéaires de documents textuels gouvernementaux, 44 000 autres documents privés, 343 000 oeuvres d'art et autant d'heures de documents audiovisuels, plus de 21 millions d'images photographiques, trois millions de méga-octets de documents électroniques, etc.

Ce vaste domaine a souffert des restrictions budgétaires de la dernière décennie, selon le rapport. Les dépenses fédérales de quelque 508 millions consacrées au patrimoine culturel en 2000-01 correspondent en fait à une baisse de 17 % des budgets en dollars constants de 1990-91.

L'enquête révèle notamment que de nombreux lieux historiques nationaux administrés par l'Agence Parcs Canada montrent des signes de détérioration qui nécessiteront des interventions de protection d'ici deux à cinq ans. Sans quoi, avertit la vérificatrice, certains éléments de ce patrimoine seront définitivement perdus ou risquent d'être fermés au public.

Le rapport établit que les ministères ont accordé peu d'attention à la gestion de l'information au cours des dernières années. Il affirme que les collections de la Bibliothèque nationale du Canada sont localisées dans des édifices qui ne répondent pas aux normes reconnues de conservation (température, humidité, espace, etc.). La bibliothèque estime même avoir besoin de 17 000 mètres carrés d'espace supplémentaire d'ici une dizaine d'années. Elle en utilise déjà 23 000 mètres carrés.

La vérificatrice formule également des reproches sévères à l'endroit du ministère du Patrimoine canadien et des organismes du patrimoine parce qu'ils ne fournissent pas au Parlement une information complète et globale en matière de protection du patrimoine culturel. «En règle générale, nous constatons une absence de renseignements sur l'ampleur et les implications à long terme des problèmes de protection et sur ce que cela signifie pour les Canadiens», écrit la vérificatrice.