Les libéraux veulent mettre le Parlement au pas

Dominic LeBlanc, le leader du gouvernement aux Communes, est le parrain de la motion qui pourrait être déposée à compter de jeudi.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Dominic LeBlanc, le leader du gouvernement aux Communes, est le parrain de la motion qui pourrait être déposée à compter de jeudi.

Pire qu’une dictature. Un déni de la démocratie parlementaire. Un abus de sa majorité. Le gouvernement de Justin Trudeau a été accusé de tous les maux par l’opposition, qui ne digère pas de voir les libéraux s’apprêter à s’octroyer un plein contrôle des Communes.

Le gouvernement a pris de court les partis d’opposition en préparant, sans préavis, une motion qui lui permettrait de décider à lui seul de l’horaire des travaux parlementaires d’ici cet été. L’heure à laquelle se termineraient les débats en soirée ou en pleine nuit, la date d’ajournement cet été, et même la possibilité de présenter des motions dilatoires seraient exclusivement réservées aux députés libéraux. Le tout, sans préavis ni débat. Terminés, aussi, les votes-surprises comme celui qu’a failli perdre le gouvernement Trudeau lundi matin, malgré sa majorité. La mesure libérale interdirait les votes imprévus en matinée ou en soirée, qui seraient automatiquement reportés à la période des questions subséquente.

« Plutôt qu’un gouvernement et une opposition, il veut juste un gouvernement et un public. Comment le premier ministre peut-il justifier ce manque de respect envers le Parlement », a scandé d’entrée de jeu la chef par intérim du Parti conservateur, Rona Ambrose, à l’ouverture de la période des questions mercredi.

Comment le premier ministre peut-il justifier ce manque de respect envers le Parlement?

 

Le premier d’une série de reproches qu’a rejetés Justin Trudeau. « Au contraire, nous avons un énorme respect pour le Parlement. C’est pour ça que l’on propose de prolonger les heures de débat pour permettre aux députés d’apporter leurs interventions responsables, songées sur une variété de sujets », a plaidé le premier ministre en s’attirant les cris des députés de l’opposition.

« Même les conservateurs dans leurs pires moments n’ont jamais tenté de miner la démocratie comme le font les libéraux aujourd’hui », a renchéri le chef du NPD, Thomas Mulcair, sans même vexer les députés conservateurs tout aussi furieux que lui. Car la plateforme libérale, ont rappelé les élus de l’opposition, promettait de ne pas user de « subterfuges législatifs pour [se] soustraire à l’examen du Parlement ».

Éviter l’impasse

Or, le noeud du problème pour les libéraux, c’est cet épineux projet de loi C-14 sur l’aide médicale à mourir, que souhaite faire adopter le gouvernement d’ici le 6 juin, selon l’échéancier fixé par la Cour suprême. Les libéraux et les partis d’opposition se renvoient la balle, depuis quelques jours, en tentant de convenir d’un horaire de débats qui permette à chacun de s’exprimer tout en assurant — exige le gouvernement — une progression rapide de C-14 dans le processus législatif.

« Nous n’avons aucune confiance que l’opposition nous permettra d’amener nos projets de loi à un vote », a déploré Dominic LeBlanc, le leader du gouvernement aux Communes et parrain de la motion qui pourrait être déposée à compter de jeudi, s’il décide d’aller de l’avant.

Armé de sa majorité, le gouvernement est assuré de pouvoir promulguer tous ses projets de loi. L’opposition pourrait cependant en retarder l’étude, à coups de diverses procédures parlementaires. Ce que veulent éviter les libéraux.

« Antidémocratique »

L’opposition perçoit l’intention libérale comme un geste « antidémocratique », de l’avis du leader conservateur en Chambre, Andrew Scheer, ou comme une « camisole de force » imposée au Parlement, selon le leader néodémocrate, Peter Julian. Tous deux ont fait valoir qu’une telle motion n’ait jamais été déposée dans l’histoire du Parlement.

« On veut nous bâillonner de tous bords, tous côtés. Nous attacher les pieds et les mains. Assoyez-vous, écoutez-nous, on va décider. C’est terrible ! » a dénoncé lui aussi le chef bloquiste, Rhéal Fortin.

M. Julian s’est plaint au président de la Chambre des communes, Geoff Regan, de voir ses privilèges de parlementaires brimés par une telle manoeuvre qui forcerait les députés à être aux aguets, prêts à débattre de tout projet de loi, à toute heure du jour ou de la nuit. « Ce n’est pas vivable », a-t-il déploré dans le foyer des Communes, avant d’accuser le gouvernement en Chambre d’amener « le pouvoir d’une dictature au coeur de notre démocratie ».

Si les libéraux déposent leur motion, un vote de la majorité suffirait pour la faire adopter. Les mesures se termineraient lors de la levée des travaux pour la pause estivale.

5 commentaires
  • Robert Bernier - Abonné 19 mai 2016 05 h 41

    Étonné ...

    Je suis étonné de ne lire nulle part dans vos pages -et ç'aurait été la place dans cet article- le récit de l'incident au cours duquel notre ami Trudeau a failli déclencher une bagarre à la Chambre des Communes hier, justement parce qu'il semblait trouver que l'opposition ne s'appliquait pas suffisamment à "apporter leurs interventions responsables, songées sur une variété de sujets".

    Veut-on protéger notre bellâtre boxeur?

    Robert Bernier
    Mirabel

  • Marc Leclair - Inscrit 19 mai 2016 09 h 39

    Je l'ai toujours dit, Libéraux et Conservateurs, même agenda. Comme dirait l'autre, "Ça prend pas la tête à Papineau pour comprendre ça".

  • François Beaulne - Abonné 19 mai 2016 10 h 06

    Pas étonné

    On a vécu pendant les dix dernières années la dictature conservatrice du Bureau du Premier Ministre, sous Harper. Voilà qu'on s'apprête à vivre les quatre prochaines sous la dictature du 'selfie' et de l'intolérance de la Chambre des Communes sous les libéraux de Trudeau. Et dire que ces gens veulent maintenant nous imposer unilatéralement par leur majorité parlementaire une nouvelle forme de scrutin qui les avantagerait.
    Vivement les gouvernements minoritaires où la voix et l'opinion de chacun puissent être entendues dans les règles démocratiques les plus élémentaires. On repassera pour une nouvelle façon de gouverner!

  • Réal Bergeron - Abonné 19 mai 2016 11 h 15

    Tel père, tel fils?

    Rappelons-nous le geste spontané et brutal de PET -coup de pied bien senti- en réaction à une question embarrassante de Pierre Brassard, alias Raymond Beaudoin, personnage-vedette d'une émission satirique. Même intolérance du fils devant la critique et l'opposition, l'arrogance en moins. Les vieux réflexes des libéraux, centralisateurs et autoritaires, refont-ils surface?

  • Gilles Théberge - Abonné 19 mai 2016 12 h 01

    D'après moi

    La lune de miel s'achève...