Finies les publicités rouges ou bleues

Les messages publicitaires du fédéral ne devront pas présenter un slogan ou une image identifiant une formation politique, ni la couleur associée au parti au pouvoir, et la publicité ne pourra pas mettre en vedette — par la voix ou l’image — un ministre, un député ou un sénateur.
Photo: La Presse canadienne Les messages publicitaires du fédéral ne devront pas présenter un slogan ou une image identifiant une formation politique, ni la couleur associée au parti au pouvoir, et la publicité ne pourra pas mettre en vedette — par la voix ou l’image — un ministre, un député ou un sénateur.

Des publicités rouge-libéral n’envahiront pas nos écrans. Finies les affiches du gouvernement arborant le logo d’un parti politique. Et exit les annonces de ministres vantant leurs mesures avant même qu’elles ne soient en vigueur. Du moins, si l’on se fie aux nouvelles règles du gouvernement Trudeau régissant les publicités du fédéral.

S’il était déjà interdit de créer des publicités partisanes aux frais des contribuables, nulle part n’était-il défini dans les politiques gouvernementales ce que contiennent lesdites publicités partisanes. La réponse est venue jeudi : les messages publicitaires du fédéral ne devront pas présenter un slogan ou une image identifiant une formation politique, ni la couleur associée au parti au pouvoir, et la publicité ne pourra pas mettre en vedette — par la voix ou l’image — un ministre, un député ou un sénateur. Le fédéral ne pourra pas non plus annoncer des mesures avant qu’elles n’aient été approuvées par le Parlement.

Toute publicité qui aura coûté plus de 500 000 $ à produire et à diffuser sera soumise pour approbation aux Normes canadiennes de la publicité (NSC), un organisme indépendant à but non lucratif qui épluche déjà les publicités sur les aliments et les boissons alcoolisées ou celles destinées aux enfants.

Le seuil d’un demi-million n’est-il pas élevé ? Des publicités diffusées sur Internet, bien moins onéreuses que celles diffusées par les réseaux de télévision, ne risquent-elles pas de se faufiler sans être contrôlées ? Au fil des dernières années, 90 % des publicités du fédéral ont coûté plus de 500 000 $, a rétorqué le président du Conseil du Trésor, Scott Brison, en annonçant les changements déjà en vigueur. Et toutes les publicités, peu importe leur prix, devront se soumettre aux nouvelles normes. Si l’une d’elles y déroge, les citoyens pourront déposer une plainte aux NSC, qui feront enquête, a insisté le ministre.

« Le précédent gouvernement, selon nous, a dépassé les bornes, de façon répétée, en matière de publicités et de communications en abusant des intérêts des contribuables et des valeurs démocratiques », a reproché M. Brison.

Les campagnes publicitaires du gouvernement conservateur de Stephen Harper avaient été vivement critiquées. Des campagnes comme celle vantant son Plan d’action économique de 2009, au coût de 52,3 millions. Ou encore celle mettant en vedette l’ancien ministre Pierre Poilievre, qui louangeait la bonification des prestations pour la garde d’enfants… avant que cette bonification ne soit adoptée au Parlement.

Les conservateurs avaient aussi adopté l’appellation « gouvernement Harper ». Interdite, désormais. Il faudra parler du « gouvernement du Canada ». Le budget publicitaire du fédéral avait atteint 83,3 millions en 2010-2011, avant d’être ramené à 68,7 millions l’an dernier.

La chef intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose, a dit s’attendre à ce que les libéraux « suivent toutes les mêmes règles que nous avons suivies ».

Vérificateur général

 

Le néodémocrate Alexandre Boulerice a reproché au gouvernement de ne pas avoir confié la supervision de ses publicités à un commissaire au bureau du vérificateur général — poste qu’avaient promis de créer les libéraux dans leur plateforme électorale. Une critique partagée par le chef bloquiste Rhéal Fortin, qui s’est dit « sceptique », du coup, que l’annonce libérale change grand-chose.

Le vérificateur général évaluera néanmoins les changements des libéraux. Ses conclusions, de même que les consultations menées en comité parlementaire, alimenteront la réflexion du gouvernement, qui légiférera ensuite afin de s’assurer qu’un futur gouvernement ne vienne pas annuler les ajustements. Les publicités gouvernementales sont aussi désormais interdites pendant les 90 jours précédant le jour d’un scrutin à date fixe, plutôt que seulement pendant la campagne électorale.

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