L’Arctique, un territoire névralgique pourtant méconnu

Henri Dorion, Frédéric Lasserre, Suzanne Lalonde et Bernard Voyer participaient au débat.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Henri Dorion, Frédéric Lasserre, Suzanne Lalonde et Bernard Voyer participaient au débat.

Avec le réchauffement climatique, certains craignent l’avènement de nouveaux conflits dans l’Arctique entre le Canada et des pays comme la Chine et les États-Unis. Mais le débat organisé par Le Devoir sur ce sujet mercredi a plutôt fait ressortir notre méconnaissance du territoire lui-même.

Tôt dans le débat, l’explorateur Bernard Voyer a lancé qu’il n’y avait pas « peuple nordique plus ignorant de ce territoire que nous sommes ». Si le réchauffement climatique nous permettait de réveiller « cette conscience de l’Arctique », ce serait déjà quelque chose, a-t-il dit.

Juste avant, le géographe Henri Dorion avait déploré notre « insouciance vis-à-vis du territoire ». « Le Québec est le territoire le plus indéfini des Amériques », a-t-il ajouté en donnant l’exemple de la baie d’Ungava, qui relève du Québec… à l’exception de ses îles. Le Québec, a-t-il déploré, ne s’est pas assez battu pour garder le contrôle du Nord, notamment au Labrador. « L’État n’agit pas, il attend les problèmes », a-t-il insisté plus tard.

La question posée par Le Devoir était clairement géopolitique : « Arctique et Nord : le flou des frontières prépare-t-il des conflits explosifs ? ». Comme l’a souligné l’animateur, l’éditorialiste Antoine Robitaille, le Canada considère que le passage du Nord-Ouest fait partie de ses eaux intérieures. Ce que contestent des superpuissances comme les États-Unis et la Chine.

À ce propos, le géographe Frédéric Lasserre (Université Laval) a souligné que pour l’heure, il n’y avait pas de vives tensions dans le Nord. « Parmi toutes les frontières en litige, beaucoup ont été réglés, a-t-il dit. Pour l’instant, aucune dispute n’a pris une tournure conflictuelle. »

Sans le contredire, sa collègue juriste Suzanne Lalonde (Université de Montréal) a quand même souligné que « les règles du jeu n’étaient pas claires » dans la Convention sur le droit de la mer. Elle s’est demandé tout haut ce qu’il adviendrait en cas de déversement pétrolier dans le Nord ou si un navire de croisière se trouve en détresse. Le tout pour insister sur le fait que le Canada, malgré ses prétentions, est peu équipé pour intervenir.

Peu équipés pour le dégel

Bernard Voyer abondait dans le même sens. « Il faut être capable de le vivre, le passage du Nord-Ouest. Imaginons un grand bateau qui tombe en panne. Que répond-on ? Le Canada n’a aucun brise-glace quatre saisons. »

Au-delà de la géopolitique, les invités ont souligné qu’il ne fallait surtout pas oublier le peuple inuit. « Il y a des gens qui vivent là-bas », a insisté Bernard Voyer en signalant que les Inuits ne connaissaient pas de frontières. La professeure Lalonde a ajouté à cet égard que les Inuits appuyaient les revendications territoriales du Canada puisque à leurs yeux, c’était la meilleure façon de protéger le territoire.

Le débat sur l’Arctique était le dernier de la série Le Devoir de débattre cette saison. Ceux qui l’ont manqué pourront le visionner sur les ondes du Canal Savoir.

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 12 mai 2016 08 h 20

    Le nord et son passage

    Peut etre ne faudrait-il pas trop en parler, la quantité de pays qui n'attendent que ca est important, je pense que je n'ai pas besoin de vous dire que beaucoup n'attendent que l'occasion, combien pensez-vous que va rapporter le passage nordique et tous les développements qu'ils va susciter, est ce que vous pensez que nous sommes vraiment un joueur crédible, nous n'avons meme pas notre pays a nous, mais ca, il ne faut pas le dire, meme si pour certaines grosses genouilles, ca soit tres important, je ne connaitrai sans doute pas, car je serai mort avant
    P.S il y a des pays qui sont deja en train de construire des navires adaptés, voila ce que sera sans doute la véritable route du pétrole