Des blindés utilisés contre des dissidents n’alarment pas Dion

Le gouvernement Trudeau a encore dû défendre mercredi le contrat de vente de véhicules blindés conclu avec l’Arabie saoudite après la diffusion de vidéos montrant que le régime utilise vraisemblablement ce type d’équipement pour réprimer des dissidents. Mais Ottawa ne s’en formalise pas puisque les véhicules en cause ne sont pas canadiens.

Les images obtenues et analysées par le Globe and Mail datent de 2012 et de 2015. Elles montrent que des véhicules semblables à ceux que le Canada vendra à l’Arabie saoudite ont été utilisés dans des affrontements avec la minorité chiite dans l’est du pays.

« Notre équipe d’experts regarde toujours ce genre d’information et les scrute à la loupe, a réagi en matinée le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion. Si jamais ça devait être un équipement canadien [qui est utilisé contre les civils], on réagirait. Mais comme l’article le dit lui-même, pour le moment ce ne sont pas des équipements canadiens. »

« Sottise »

Rien pour rassurer l’opposition néodémocrate. Selon Thomas Mulcair, « Stéphane Dion est beaucoup trop intelligent pour croire ce genre de sottise, que ça dépend de l’endroit où ça a été fabriqué ». Le chef du NPD estime que « les vidéos ne laissent [planer] aucun doute : l’Arabie saoudite utilise ce genre d’équipement pour écraser des civils ». Il a rappelé que M. Dion a « dit qu’il bloquerait les permis d’exportation si jamais l’équipement devait être utilisé à mauvais escient contre les droits de la personne ».

Si jamais ça devait être un équipement canadien [qui est utilisé contre les civils], on réagirait

 

Le premier ministre Trudeau a répliqué en réitérant qu’il ne renierait pas la signature du précédent gouvernement dans ce dossier.

Les vidéos ont été transmises au Globe and Mail par l’organisme European-Saudi Organization for Human Rights. Elles s’ajoutent aux images d’un documentaire diffusé en avril par PBS et qui montrait que des véhicules blindés de fabrication française ont été utilisés par le régime dans des circonstances semblables en 2011.

Vif débat

Les révélations de mercredi ont relancé le débat sur la décision du gouvernement Trudeau d’honorer le controversé contrat de 15 milliards.

En vertu d’une loi canadienne de 1947, un fabricant de matériel militaire doit obtenir l’aval du gouvernement fédéral avant d’exporter ses produits vers les pays où les droits de la personne font l’objet de violations graves et répétées de la part du gouvernement, à moins « qu’il puisse être démontré qu’il n’existe aucun risque raisonnable que les marchandises puissent être utilisées contre la population civile ».

Le gouvernement a évalué que l’Arabie remplissait cette condition. Mais plusieurs organismes jugent précisément le contraire, vu le bilan du pays en matière de respect des droits de la personne. Ottawa fait d’ailleurs l’objet d’une poursuite en Cour fédérale visant à invalider le contrat.

Pour la porte-parole de la branche francophone d’Amnistie internationale au Canada, Anne Sainte-Marie, le gouvernement fait preuve d’une « hypocrisie totale » dans ce dossier. « On n’a pas besoin de preuves qu’il y a du sang sur nos véhicules pour conclure qu’il y a un risque raisonnable qu’ils soient utilisés pour commettre des violations », dit-elle.

Question secondaire

Mais selon l’ancien ambassadeur Ferry De Kerckhove, professeur à l’Université d’Ottawa, le bilan saoudien en matière des droits de l’Homme n’est qu’un des éléments à mettre dans la balance pour juger de la pertinence de ce contrat. « C’est un mythe de croire qu’on peut assortir la vente de matériel à des conditions d’usage. On le vend, ou on ne le vend pas. Sur ce point, les justifications de Stéphane Dion ne tiennent pas la route. »

Mais M. De Kerckhove pense que dans ce dossier précis, les intérêts géostratégiques et économiques du Canada pèsent plus lourd que la seule question des droits de la personne, sur « laquelle nous n’avons de toute façon pas vraiment le contrôle ». Il évoque entre autres l’importance du rôle que joue l’Arabie saoudite pour la stabilité de la région et la lutte contre le terrorisme, de même que sa relation « de connivence » avec Israël.

C’est la compagnie ontarienne General Dynamics Land Systems qui doit fabriquer les blindés, dont la plupart seront équipés d’un système de tourelle-canon.

22 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 12 mai 2016 04 h 37

    Jamais je n'ai pensé que l'intelligence...

    ...de monsieur Dion irait aussi «bas» que cela avec un tel vide: «Ces blindés ne sont pas canadiens» Quelle pauvreté argumentaire !
    Combien vrai que l'argent n'a pas d'odeurs ! Même pas celle du possible sang à venir !
    Le regard de dignité que je portais à l'endroit du ministre s'est de beaucoup assombri. Foi de blindés !
    Sans prétention,
    Gaston Bourdages

    • Benoit Toupin - Abonné 12 mai 2016 16 h 46

      Celui qui donnait de leçon de clarté est pri dans sa propre toile de demi-mensonge...

  • Paskall Léveske - Abonné 12 mai 2016 05 h 17

    En clair...

    On ne touche pas à un contrat 'blindé'...du moins pas pour l'instant.

  • Jean-Marc Cormier - Abonné 12 mai 2016 06 h 43

    Il a dit que... mais pas quand!

    "M. Dion a « dit qu’il bloquerait les permis d’exportation si jamais l’équipement devait être utilisé à mauvais escient contre les droits de la personne »."

    Et je suis certain qu'il est prêt à le faire. Mais "après" que les chars en question auront été livrés aux amis saoudiens.

  • Raymond Lutz - Inscrit 12 mai 2016 08 h 12

    Des blindés contre des dissidents?

    Avec des canons à eau? Avec des canons sonores qui font vomir? Comme la police de Montréal, la GRC et la SQ finalement...

    Effectivement, il n'y rien d'alarmant.

    • Patrick Daganaud - Abonné 12 mai 2016 18 h 41

      Remarque grotesque, Monsieur Lutz.

      « C’est la compagnie ontarienne General Dynamics Land Systems qui doit fabriquer les blindés...
      dont la plupart seront équipés d’un système de tourelle-canon. »

      Il s'agit de canons-mitrailleurs.
      Ils seront montés sur nos blindés en Belgique, ce qui permet au Canada de prétendre qu'il vend des véhicules utilitaires et non d'attaque.
      Personne ne s'Y trompe.

      Si vous voulez voir si cela a l'air de « canons à eau ou de canons sonores qui font vomir », allez vérifier à « général dynamics blindé canon mitrailleur ».

      Puis, par acquis de conscience, allez-vous planter devant, en Arable saoudite, déguisé en arabe opposant au régime saoudien.

      Vous verrez : cela va vous scier en deux!

  • Jean-Marc Simard - Abonné 12 mai 2016 08 h 16

    L'argumentaire de Dion ne tient pas la route...

    Depuis quand un vendeur peut-il dire à l'acheteur comment utiliser son véhicule ? Si je m'achète une auto, je ferai bien ce que je veux avec...Le vendeur n'a aucun droit de regard, puisqu'une fois payé, le véhicule m'appartient...Le fédéral vend des véhicules de guerre à l'Arabie Saoudite, mais ne veut pas que ce véhicule serve à faire la guerre ou respecte les droits de l'homme...Pensez-vous réellement que le Gouvernement saoudien va se laisser dicter les conditions d'utilisation des véhicules blindés canadiens par le gouvernement Trudeau ? Pourquoi au juste l'Arabie Saoudite veut acheter des véhicules de guerre ? Pour faire la parade ? Voyons donc !!! Stéphane Dion démontre une naÏveté ou un aveuglement sans borne...Ce pays sunnite est déjà en guerre contre les Chiites et l'E.I. et contre les membres dissidents de son régime tyrannique...Les preuves sont déjà faites...Alors le seul intérêt du Canada dans cette vente est économique, et pour ce faire il est prêt à passer outre ses prioncipes humanitaires liés aux droits de l'homme...POINT...L'argumentaire de Dion et Cie ne tient pas la route...Qu'il trouve autre chose...