Le Bloc compte sur la course au PQ pour dynamiser la sienne

L’ancien chef bloquiste Gilles Duceppe
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L’ancien chef bloquiste Gilles Duceppe

Les bloquistes, qui se préparent à se choisir eux aussi un nouveau chef, ne craignent pas que la course à la direction du Parti québécois leur fasse ombrage. Au contraire, le Bloc québécois estime que la campagne du parti grand frère servira de mise en bouche à sa propre course à la chefferie.

Ni les bloquistes ni les péquistes n’ont encore fixé les dates des courses à la direction de leur formation, mais selon l’avis de plusieurs, le Parti québécois risque de se choisir un chef le premier. Notamment parce que l’élection provinciale arrivera avant la fédérale, à l’automne 2018 pour la première, comparativement à l’automne 2019 pour la seconde.

L’ancien chef bloquiste Gilles Duceppe — qui croit que les péquistes devraient se choisir un nouveau chef d’ici les Fêtes — n’anticipe pas d’inconvénients à la tenue de deux courses chez les indépendantistes. « Si la campagne va bien au PQ, ça peut au contraire donner de l’enthousiasme à la course suivante au Bloc », a fait valoir M. Duceppe en entretien avec Le Devoir mardi.

Son successeur, Rhéal Fortin, partage son analyse. « Les indépendantistes souverainistes du Québec risquent de s’impliquer au PQ comme au Bloc québécois. C’est clair, on va vers la même clientèle, il ne faut pas se le cacher », a consenti le chef intérimaire. Mais deux campagnes à la direction, menées en tandem, peuvent aussi créer cette « synergie » des forces souverainistes que proposait justement Pierre Karl Péladeau il y a dix jours.

Du sang neuf

Qui plus est, cette mobilisation indépendantiste pourrait créer une conjoncture favorable au Bloc québécois, selon le député Xavier Barsalou-Duval, qui songe à briguer la chefferie de son parti. « Les courses peuvent aussi amener une dynamique ou des débats, qui peuvent amener de nouveaux militants qui s’impliquent, de nouveaux candidats qui se révèlent au public. » Un espoir partagé par son collègue et ancien chef Mario Beaulieu, qui a constaté lors de sa propre campagne que les courses à la chefferie permettent de « décupler le nombre de membres ». « Il y a souvent beaucoup de nouveau monde qui s’implique, qui embarque. […] Plus il y a de l’action, plus il y a de membres, plus il y a de l’argent qui rentre », a résumé M. Beaulieu.

Ce n’est pas la première fois, depuis la création du Bloc québécois, que les deux formations souverainistes tiendront une course à la chefferie à quelques mois d’intervalle.

À la suite du référendum de 1995, Lucien Bouchard a quitté la formation qu’il avait aidé à fonder à Ottawa pour succéder à Jacques Parizeau — sans opposition — à la tête du PQ et du gouvernement du Québec. Le Bloc a tenu une course à sa succession, mais au PQ, aucune campagne n’a été nécessaire. Gilles Duceppe a ensuite dirigé les bloquistes pendant 14 ans, après une courte chefferie de Michel Gauthier, jusqu’à 2011, quand Pauline Marois menait le PQ.

Mais les deux partis se sont retrouvés sans chef permanent pendant quelques mois, entre avril et juin 2014, à la suite du départ de Mme Marois et avant l’élection de Mario Beaulieu. La course péquiste a débuté en octobre 2014, soit quatre mois après la fin de la course bloquiste.

Casse-tête de chefferies

Les bloquistes ont prévu se choisir un chef en 2017. « On est moins pressés que le PQ », observe le doyen bloquiste Louis Plamondon. Le Bloc pourrait donc s’adapter à la course péquiste. Pour l’instant, il est cependant trop tôt pour prédire les dates des deux courses, observe-t-on à l’unisson au Bloc québécois.

Or, s’ajoutent à ce calendrier politique les courses au Parti conservateur — au printemps 2017 — et au Nouveau Parti démocratique — à une date encore indéterminée. Le Québec tiendra en outre des élections municipales à l’automne 2017, et des élections provinciales à l’automne 2018. Suivra le scrutin fédéral à l’automne 2019.

« Il commence à y avoir du trafic », note M. Plamondon. Mais lui aussi est d’avis qu’une course au PQ, suivie d’une lune de miel pour un nouveau chef, peut « dynamiser » les forces sur le terrain.

Seul inconvénient, deux courses entraînent deux dépenses supplémentaires. Il faudra courtiser davantage les mêmes militants. Mais cela ne compromet pas pour autant les courses à la chefferie ou les élections subséquentes, insiste M. Plamondon. Il suffira de soutirer une « contribution spéciale » aux souverainistes. Et le Bloc québécois pourrait récolter sa part des fonds, car Québec limite les dons à 100 $ et n’offre pas le même crédit d’impôt de 75 % que le fédéral. Le Bloc, contrairement au PQ, ne traîne pas de dette électorale.

1 commentaire
  • Michel Blondin - Abonné 4 mai 2016 10 h 13

    Une situation originale pour une révolution en douceur.

    Il faut réfléchir à la possibilité qu'un seul chef soit à la tête, à la fois, du PQ et du Bloc. D'ailleurs, n'est-ce pas ce qui arrivera si les deux partis se réunissent et réussissent à séparer le Québec du Canada. De ce dipôle, en résulteront un seul parti uni, un seul chef, un seul agenda. Le tout, réuni pour le 194e pays.

    Alors, la convergence (des pôles), il me semble qu’elle peut être bonne, là aussi.

    En effet, Mario Beaulieu, le président du Bloc Québécois du palier fédéral est déjà en place. Il ne faut que remplacer le chef du Bloc Québécois.
    Le nouveau chef du PQ, possiblement élu automatiquement chef du Bloc, pourrait briguer les suffrages à Québec et à Ottawa. Possible? Sûrement souhaitable. Un front commun peu commun.
    Les souverainistes sont obligés de faire le grand écart ou, dis autrement, « la split ».
    Le véritable pouvoir est à Ottawa avec ce système fédéraliste. L’essentiel se dessine et se décide là. Mais le véritable pouvoir à se donner, que l’on n’a pas, celui de rendre le statut de cette province égale au statut du gouvernement fédéral comme pays est à l’Assemblé nationale du Québec. D’un bord comme de l’autre, ce ne sont pas les obstacles d’arrimage qui manqueront dans toutes les hypothèses mêmes traditionnelles.
    Le chef du PQ, le futur représentant de cette terre de chez nous et de nos institutions piétinées, deviendrait le chef du demi parti au palier supérieur du gouvernement fédéral et chef du demi parti au palier inférieur de la province.
    Le tout dans un seul et unique but de défendre les intérêts sur les deux paliers de la séparation du Québec de ce système canadien-anglais le plus en douceur possible.
    Quoi qu’on en dise, quoi qu’on en pense, il serait souhaitable que les deux partis soient unis avant. Tout probable pendant, ils le seront, à coup sûr, après. Un acte d'union quoi.