Le Parlement et sa parité de façade

Bien sûr qu’il y a ce premier ministre qui se dit féministe ; un cabinet paritaire pour la première fois de l’histoire ; une chef de l’opposition ; une ministre de la Justice et d’autres collègues aux responsabilités importantes. Mais cette égalité hommes-femmes au Parlement est plutôt une façade derrière laquelle se cache une réalité pas si rose, relevait cette semaine le magazine The Walrus.

Six mois après les élections d’octobre, la journaliste Laura Payton déballe quelques chiffres qui rappellent le chemin restant à parcourir pour avoir un Parlement paritaire. Les partis politiques sont passés maîtres dans l’art de donner l’impression qu’il y a beaucoup d’élues (notamment en leur assignant des sièges bien en évidence pour la période de questions), mais il n’en demeure pas moins qu’à peine un député sur quatre est une femme en 2016 au Parlement fédéral. Pour un pays démocratique aussi éduqué, c’est faible, dit Payton.

Elle rappelle que la moitié de celles qui étaient candidates libérales lors des élections d’octobre ont été élues. Mais puisqu’elles ne comptaient que pour le tiers de tous les candidats, cela laisse le caucus libéral avec 50 femmes… et 134 hommes. La moyenne est un peu mieux au NPD (145 candidates sur 338, et 18 députées sur 44). Elle est pire chez les conservateurs (17 élues sur un caucus de 99 députés).

Que faire pour améliorer la situation ? Payton revient sur un projet de loi déposé par un député néodémocrate qui est aussi un universitaire spécialiste de la question paritaire en politique, Kennedy Stewart. Celui-ci propose un mécanisme qui pénaliserait financièrement les partis qui n’ont pas présenté au moins 45 % de candidates lors d’une élection — cela, en retenant un pourcentage des remboursements que l’État accorde aux partis pour leurs dépenses électorales.

En appliquant la méthode de calcul de Stewart, le NPD aurait été pénalisé d’environ 100 000 $ en 2015, et les conservateurs de près de 1,2 million. En Irlande, une formule semblable a permis de faire élire 40 % plus de femmes.

Sauf qu’au-delà de ça, note Payton, il faudra trouver des moyens d’attirer les femmes en politique. Les organisateurs le disent : il faut demander à quatre ou cinq femmes avant qu’une accepte de se porter candidate. Le NPD et les libéraux ont commencé à exiger des efforts précis à leurs associations de circonscription pour s’assurer qu’elles font le maximum afin de trouver des candidates (et des gens des minorités visibles), mais ça demeure peu probant.

Parmi les éléments qui peuvent décourager les femmes de se lancer, Payton cite le fait que la politique implique de longs mois de campagne bénévole, dans un contexte où les femmes gagnent souvent moins que les hommes et consacrent plus de temps à leurs enfants. Au final, le projet de Stewart pourrait aider à obtenir une meilleure représentation, croit-elle, mais bien d’autres éléments devront aussi être pris de front.

Sur le même thème, mentionnons une chronique que le Globe and Mail a inaugurée au début de l’année : Women in Politics. La réputée journaliste Jane Taber y dresse le parcours politique d’élues provinciales et fédérales, en mettant l’accent sur les défis particuliers que rencontrent les femmes dans un monde qui demeure encore très masculin.

Andrea Horwath, Rebekka Blaikie, Rachael Harder, Christy Clark et Patty Hajdu ont notamment fait l’objet de textes dans les dernières semaines. En ajoutant la lettre ouverte de la députée conservatrice Michelle Rempel publiée il y a dix jours pour dénoncer le sexisme dont elle est victime aux Communes, on obtient un tableau éclairant d’un enjeu qui demeure fondamental — malgré ce cabinet paritaire.

Harper parle

On le croyait disparu de la carte, mais non : Stephen Harper a parlé cette semaine. Ou enfin son avocat, Robert Staley, l’a fait pour lui — et afin de défendre son intégrité après l’affaire Duffy. En éditorial, le National Post se montre pleinement d’accord avec les explications de Staley et affirme que l’ex-premier ministre ne méritait pas d’être ainsi sali par cette histoire (ni par le jugement Vaillancourt).

Le fond de l’argumentaire veut que Stephen Harper ait pleinement collaboré à une enquête dont il savait qu’elle allait lui nuire. Il ne pouvait tirer aucun avantage à ce que des accusations soient portées contre Mike Duffy, et tout scénario évoquant un complot à cet égard tient de la science-fiction, suggère-t-on.

Stephen Harper croyait que les gestes de Mike Duffy n’étaient pas criminels, mais qu’ils n’étaient pas acceptables pour autant. C’est son insistance à faire en sorte que le sénateur rembourse les contribuables qui lui a nui au final, parce qu’elle a mené à ce fameux chèque de 90 000 $ de Nigel Wright, dit le Post. Il aurait dû larguer Duffy dès le début de cette histoire plutôt que de s’embarquer dans une saga qui a beaucoup nui aux conservateurs, relève le journal. Mais ce que Stephen Harper a fait relevait d’un geste d’intégrité, pense-t-on.

Un sondage dévoilé vendredi montre par ailleurs que Rona Ambrose et Kevin O’Leary sont les deux plus populaires prétendants à la succession de Harper. Ce qui tombe mal, dit le chroniqueur David Akin (Canoe) : les deux risquent fort de ne pas être sur les rangs.

Akin note que deux anciens ministres de Stephen Harper (Jason Kenney et Tony Clement) n’inspirent pas les électeurs conservateurs. C’est la première leçon de ce sondage. La deuxième, c’est que les sympathisants du parti ont visiblement envie d’air frais et d’un certain brassage de cartes.

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