Trudeau appelle ses alliés à cesser de payer des rançons

Le premier ministre Justin Trudeau a fermement rappelé, mardi lors d’un point de presse à Kananaskis, entouré par son cabinet, en Alberta, que le Canada ne verse jamais de rançon à des terroristes, que ce soit directement ou indirectement.
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau a fermement rappelé, mardi lors d’un point de presse à Kananaskis, entouré par son cabinet, en Alberta, que le Canada ne verse jamais de rançon à des terroristes, que ce soit directement ou indirectement.

Justin Trudeau veut rappeler ses alliés à leurs obligations, à la suite de l’assassinat d’un otage canadien aux Philippines. Le Canada ne paie pas et ne paiera pas de rançons aux terroristes qui kidnappent ses ressortissants, a réitéré le premier ministre, qui a du même coup prévenu qu’il sommerait ses homologues de faire de même.

Au lendemain de l’annonce du meurtre du Canadien John Ridsdel aux mains du groupe terroriste Abu Sayaf, qui l’avait kidnappé aux Philippines en septembre dernier, le débat sur le paiement de rançons à de telles organisations a repris de plus belle. Justin Trudeau a voulu clarifier d’entrée de jeu la position canadienne : le Canada ne paie pas, « directement ou indirectement ». Parce que l’enlèvement de ressortissants représente une « source de financement importante pour les groupes terroristes, qui leur permet de continuer de perpétrer des actes meurtriers ». Et parce que si Ottawa payait ces rançons, la vie de tous les Canadiens qui vivent, habitent ou voyagent à l’étranger s’en trouverait menacée, a fait valoir le premier ministre mardi en point de presse à Kananaskis en Alberta.

Consensus international

Ce refus de négocier avec des entités terroristes doit cependant faire l’objet d’un consensus international, lequel doit être respecté, soutient Ottawa. Justin Trudeau s’est entretenu avec le premier ministre britannique David Cameron, à la suite de l’assassinat de M. Ridsdel, et les deux hommes ont convenu de « s’assurer de soulever la question avec nos amis et alliés autour du monde », a rapporté le premier ministre canadien.

Officiellement, aucun pays occidental n’admet payer de rançons. Plusieurs résolutions ont été adoptées, aux Nations unies comme au sein du G8, appelant les États membres à « empêcher les terroristes de profiter directement ou indirectement de rançons ou de concessions politiques »,stipulait l’une d’elles à l’ONU en 2014. Tous les membres ont signé.

Le gouvernement ne verse pas ses propres ressources. Il fait tout le reste. Il aide à établir la communication, travaille avec les gouvernements locaux où ont lieu les enlèvements.

 

Or, selon le Guardian, seuls les États-Unis et la Grande-Bretagne s’y tiendraient vraiment. Le Canada martèle qu’il ne paie pas lui non plus, mais plusieurs ont rapporté que la libération des diplomates canadiens Robert Fowler et Louis Guay en 2009 se serait faite en échange d’un million de dollars. En Europe, la France, l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne auraient trouvé des façons détournées de verser des millions à des groupes terroristes, toujours selon le Guardian. Des échanges monétaires qui se font par le biais de compagnies ou de fonds d’aide humanitaire dissimulés.

La Délégation de l’Union européenne à Ottawa n’a pas réagi à l’appel du premier ministre Trudeau. Un porte-parole a simplement indiqué que l’UE est « impliquée dans les discussions qui ont lieu à ce sujet » lorsque la question terroriste est abordée. Mais la décision reste celle des États membres, a-t-on résumé.

Une fortune pour les terroristes

L’ancien ministre libéral des Affaires étrangères, Lloyd Axworthy, a expliqué à la CBC que les gouvernements ne peuvent négocier la libération d’otages. « Si vous vous lancez dans ce genre de négociations, ça ne finit jamais. »

L’accord de certains pays à payer la note réclamée semble avoir entraîné un cercle vicieux, selon des données recensées par le New York Times il y a deux ans. Entre 2008 et 2014, al-Qaïda aurait touché 125 millions de dollars en revenus d’enlèvements, dont 66 millions en 2013 seulement. Toujours selon le quotidien new-yorkais, une rançon moyenne se chiffrait à 200 000 $ en 2003. Dix ans plus tard, elle atteignait 10 millions de dollars.

Si les gouvernements canadien ou américain affirment ne pas verser de rançons, ils n’empêchent pas les familles des victimes de négocier et de payer. « Le gouvernement ne verse pas ses propres ressources. Il fait tout le reste. Il aide à établir la communication, travaille avec les gouvernements locaux où ont lieu les enlèvements », a relaté M. Axworthy.

« Aucune concession » aux États-Unis

Idem aux États-Unis. Jusqu’àl’an dernier, Washington menaçait de poursuite les famillesd’otages qui tentaient de payer une rançon. Le président Barack Obama a mis un terme à la pratique. « Notre politique “aucune concession” n’exclut pas d’établir des communications avec des preneurs d’otages », a confirmé une porte-parole du Département d’État, en expliquant que le gouvernement pouvait communiquer lui-même pour tenter d’assurer une libération ou « aider des efforts privés ».

Dans le cas de John Ridsdel, « jusqu’aux dernières heures, beaucoup d’efforts » étaient déployés pour tenter de communiquer, selon l’ancien chef libéral Bob Rae, un ami de l’otage assassiné. « Évidemment, les considérations pécuniaires faisaient partie des discussions. » Pas de la part du gouvernement canadien ou norvégien, a précisé M. Rae sur les ondes de CTV. Un autre otage canadien, une Philippine et un Norvégien demeurent en captivité.
« Mais certainement par les familles qui tentaient de faire ce qu’elles pouvaient pour les faire libérer tous les quatre. »

Justin Trudeau a formellement nié avoir été « impliqué dans ces négociations ou ces communications ».

4 commentaires
  • Steve Brown - Inscrit 27 avril 2016 05 h 16

    Aucune rançons

    Ne rien donner aux terroristes, encore moins les amnistier: les libéraux devraient le savoir mieux que quiconque.

    Steve Brown
    Charny

  • Colette Pagé - Inscrite 27 avril 2016 09 h 51

    Leurre et tromperie ! Faire indirectement ce que l'on ne déclare ne pas faire.

    Nul n'ignore que c'est par la porte en arrière que les États versent les rançons.

    Notamment en ne versant pas directement les sommes exigées aux ravisseurs mais en payant d'une façon détourner. Comment : en demandant à des États ou à des organismes de verser directement les montants et en les remboursant par la suite.

    Exactement comme pour les contributions politiques. Vous versez le 500 $ pour participer à l'activité. Par la suite, vous remplissez un compte de dépenses puis votre employeur vous rembourse. Et le tour est joué !

  • Micheline Dionne - Inscrite 27 avril 2016 12 h 14

    la théorie et la pratique

    En théorie, on est contre le versement de rançons. Cependant, si un de nos proches était enlevé, on souhaiterait le voir libérer à tout prix. '' Le coeur a ses raisons que la raison de connaît pas... ''

  • - Inscrit 29 avril 2016 10 h 54

    Hypocrisie ... de vendeurs d'armes !

    "Ne donnez pas de rançon aux terroristes, mais vendez des armes aux États qui les soutiennent !"

    J'en ai marre de ces donneurs de leçons qui se considèrent détenteurs d'une morale sans faille et qui la première occasion, vendent leur honneur pour du fric.