Un projet de loi sera déposé en 2017, dit la ministre Philpott

L’approche du gouvernement sera fondée sur les preuves scientifiques pour répondre aux conséquences désastreuses des drogues et des crimes liés aux stupéfiants.
Photo: Jacque Nadeau Le Devoir L’approche du gouvernement sera fondée sur les preuves scientifiques pour répondre aux conséquences désastreuses des drogues et des crimes liés aux stupéfiants.

Les manifestants s’installaient à peine sur la colline parlementaire pour réclamer la légalisation de la marijuana à l’occasion de la « journée internationale du cannabis », mercredi, quand le gouvernement libéral leur a coupé l’herbe sous le pied.
 

Dans un discours passionné livré au siège des Nations unies à New York, la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, a annoncé que le gouvernement de Justin Trudeau déposera un projet de loi à cet effet au printemps 2017.

Les troupes libérales réaliseront ainsi une promesse qui avait fait grand bruit aux dernières élections : celle de légaliser et réglementer la marijuana à des fins récréatives.

Mme Philpott a prévenu que la nouvelle législation allait « remettre en question le statu quo dans plusieurs pays », mais elle s’est dite convaincue qu’il s’agissait là de « la meilleure façon de protéger nos jeunes tout en renforçant la sécurité publique ». Elle n’a offert aucun autre détail sur le projet de loi à venir, mais a signalé qu’il était destiné à « empêcher la marijuana de tomber entre les mains des enfants, et les profits de tomber entre les mains des criminels ».

Mme Philpott a amorcé son discours en relatant l’histoire d’une mère qui a perdu sa fille toxicomane. Cette femme lui a raconté avoir regardé sa fille « s’éteindre alors qu’elle avait de la difficulté à accéder au traitement et aux services qui auraient pu sauver une vie fragile ».

« Aujourd’hui, je m’adresse à vous en tant que ministre de la Santé du Canada pour vous dire que nous devons faire mieux pour nos citoyens », a lancé Mme Philpott lors de la session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies consacrée au problème mondial des drogues.

La politique mise de l’avant sera basée la science et axée sur la santé publique. « En tant que médecin qui a pratiqué au Canada et en Afrique subsaharienne, j’ai vu trop de personnes subir les conséquences dévastatrices de la consommation de drogue et des crimes qu’elle engendre, ainsi que des politiques de lutte contre la toxicomanie mal conçues », a signalé la ministre.

L’Assemblée générale de l’ONU tient une plénière extraordinaire sur la drogue — la première depuis près de 20 ans. En 1998, l’Assemblée générale avait adopté un plan d’action qui mettait plutôt l’accent sur la criminalisation et l’objectif d’« un monde sans drogues ». Plusieurs observateurs soutiennent que la « guerre contre la drogue » s’est avérée inefficace et a même nui aux efforts en santé publique.

Manifestation
L’annonce de Mme Philpott coïncidait par hasard avec la « journée internationale du cannabis » (20 avril, ou « 4-20 » en anglais), qui prend une signification toute particulière cette année au Canada.

Sur la colline parlementaire à Ottawa, quelques milliers de manifestants s’étaient rassemblés à cette occasion pour consommer, si bien qu’on pouvait observer un nuage de fumée y flotter. La plupart se sont dits heureux de voir le gouvernement Trudeau prendre la voie de la légalisation. Pour l’un d’entre eux, il s’agit d’une véritable « victoire » du mouvement en faveur de la légalisation, qui changera la vie des gens. Lui-même s’est fait arrêter plusieurs fois pour possession de cannabis et traîne un casier judiciaire.

D’autres manifestations du genre ont eu lieu ailleurs au pays, notamment à Montréal, au pied du Mont-Royal.

L’opposition critique
L’initiative du gouvernement libéral a été beaucoup moins applaudie à l’intérieur des murs du parlement.

Pour le député conservateur Alain Rayes, les troupes de Justin Trudeau envoient un « message de banalisation des drogues » en enclenchant le processus législatif vers la légalisation du cannabis.

« Moi, mon objectif premier, c’est les saines habitudes de vie, c’est la santé de la population, c’est de protéger les gens vulnérables, et présentement, je ne suis vraiment pas convaincu qu’on s’en va dans la bonne direction », a-t-il indiqué.

Le chef néodémocrate Thomas Mulcair n’avait pas de fleurs à lancer aux libéraux lui non plus, mais pour des raisons différentes. À ses yeux, le gouvernement aurait dû rapidement faire un premier pas en décriminalisant la marijuana. « À la place, on a des milliers de personnes, surtout des jeunes, qui ont déjà été arrêtés depuis l’élection du gouvernement Trudeau », a-t-il critiqué.

Mais pour le premier ministre Justin Trudeau, la décriminalisation n’est pas la solution. « La réalité, c’est que décriminaliser comme le propose le député d’Outremont ne fait rien que donner une source de revenu légale à des criminels qui vendent de la drogue », a-t-il répondu en Chambre à une question de M. Mulcair.

« La réalité, c’est que de légaliser de la façon correcte, en protégeant nos jeunes et en s’assurant qu’on n’envoie pas des milliards de dollars dans les poches du crime organisé, comme on le fait actuellement, c’est la seule façon de protéger nos jeunes et nos communautés, et c’est ce que nous allons faire tel que promis », a-t-il ajouté.
 

4 commentaires
  • - Inscrit 20 avril 2016 12 h 43

    Philpott

    Comme on dit, le nom de l'emploi !

    • Bernard McCann - Abonné 20 avril 2016 22 h 50

      J'allais dire, quel nom prédestiné...

  • André Labelle - Inscrit 20 avril 2016 12 h 52

    Si c'était à refaire

    Supposons (pure hypothèse évidemment) que la cigarette ne soit pas encore inventée mais que nous connaissions très bien les caractéristiques du tabac et ses effets sur la santé. Selon cette hypothèse,serions-nous portés à l'égaliser la commercialisation de la cigarette telle qu'on la connait aujourd'hui ?

    J'ai comme l'impression que non.

    Dans ce sens, j'ai un réel malaise à supporter la légalisation complète de la consommation de la marijuana.

  • Steve Brown - Abonné 20 avril 2016 16 h 25

    Les libéraux et la marijuana

    Quand les libéraux cherchent des électeurs ils parlent de légaliser la marijuana. Devinez où en sera le dossier quand ils seront éjecté du pouvoir?

    Steve Brown
    Charny