La conservatrice Rempel dénonce un Parlement sexiste

Michelle Rempel
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Michelle Rempel

Le sexisme a de nouveau fait l’objet de débats au Parlement fédéral, après qu’une députée conservatrice eut relaté les incidents dont elle a été victime et écorché au passage un ministre libéral. Un ministre qui a été obligé de s’excuser.

Dans une lettre ouverte publiée en anglais lundi, Michelle Rempel dénonce le sexisme qu’elle dit avoir subi sur la colline parlementaire : traitée de « bitch », invitée à discuter lorsqu’elle sera « moins émotive », informée par un collègue qu’elle l’« allume quand [elle est] directe ». La députée albertaine rappelle en outre dans son article qu’un ministre l’a invitée à avoir « l’air un peu plus enjouée » lors d’un échange aux Communes.

Ce ministre, c’est John McCallum, responsable de l’Immigration. Mme Rempel s’inquiétait, mi-décembre, que l’arrivée massive de réfugiés syriens ralentisse le traitement des dossiers d’autres demandeurs d’asile. « Nous, on préconise les voies ensoleillées », avait-il rétorqué en reprenant le slogan de son gouvernement. « Je suggérerais à ma collègue d’avoir l’air un peu plus enjouée. » Une réponse qui lui avait valu d’être réprimandé par le président des Communes. M. McCallum s’était excusé en Chambre, après la période de questions.

« C’est fini. J’ai fait mes excuses dans la Chambre », a-t-il rappelé mardi, questionné à la suite de ce rappel des faits par sa collègue conservatrice.

Mme Rempel n’a pas voulu commenter les excuses de M. McCallum, son bureau indiquant que la députée laisserait « sa lettre parler d’elle-même ».

Les deux élus ne sont toutefois pas les seuls à s’être envoyés valser à la Chambre basse. La semaine dernière, le leader du gouvernement aux Communes, Dominic LeBlanc, sommait un rival conservateur de « modérer la fausse indignation ». Le même jour, la ministre des Petites Entreprises, Bardish Chagger, lançait à une députée conservatrice qu’elle avait beau accuser les libéraux de hausser les impôts, « le dire ne le rend pas plus vrai ». Lundi, c’était la ministre du Revenu, Diane Lebouthillier, qui rabrouait le chef bloquiste Rhéal Fortin. « Je réponds toujours à la même question, c’est que mon collègue d’en face ne semble pas être capable de comprendre les bonnes réponses », lançait-elle d’un ton qui a heurté les adjoints bloquistes réunis dans le foyer du Parlement pour suivre la période des questions.

Plusieurs élues féminines ont déploré, au fil des mois, être parfois davantage chahutées aux Communes que leurs collègues masculins. Mais aucune des élues de tous les partis abordées mardi n’a relaté avoir dû affronter les mêmes propos que ceux dénoncés par Mme Rempel. « On a vu que c’était un enjeu. Mais pas nécessairement plus important ici que ce l’est ailleurs auCanada », a réagi la ministre de la Condition féminine Patty Hajdu. Elle a cependant salué « le courage de la députée Rempel » de le dénoncer par écrit et d’appeler les hommes à faire ce qu’il fallait pour enrayer ces comportements.

« C’est un défi dans des milieux de travail à travers le pays. On a fait des améliorations ici, mais il y a encore énormément de travail à faire et on fait partie de la solution », a quant à lui commenté le premier ministre Justin Trudeau.

Michelle Rempel avait aussi déploré ces critiques faites à son endroit au lendemain de l’élection. Dans une série de gazouillis, elle citait les observations faites à son endroit et les critiques auxquelles font face les femmes convoitant ou occupant des rôles de pouvoir. « Je suis trop effrontée, fougueuse, et rude, n’est-ce pas ? […] Peut-être devrais-je attendre un peu », disait-elle, en dénonçant que certains doutent encore de son expérience politique. Mme Rempel a finalement renoncé quelques jours plus tard à briguer la chefferie intérimaire du Parti conservateur.

Avec Hélène Buzzetti