Pierre Pettigrew au Devoir - Tout est dans le ton

Ottawa — Le ministre fédéral Pierre Pettigrew en a plein les bras. En plus d'être responsable du délicat dossier de la santé, il est aussi chargé d'établir ce «nouveau ton» promis par Paul Martin en matière de relations fédérales-provinciales. Mais même s'il est déjà à l'oeuvre, il refuse de présumer des résultats concrets qui en découleront, que ce soit sur le front de la santé ou des villes.

«Ce qui est important pour l'instant est le ton, le ton différent que nous voulons donner aux relations fédérales-provinciales, avec une nouvelle ouverture», a-t-il confié au cours d'une très brève entrevue avec Le Devoir hier. «Quand Paul Martin m'a donné ces responsabilités, le 12 décembre, il m'a demandé d'incarner ce nouveau partenariat, cette nouvelle façon de faire axée sur la collaboration plutôt que sur la confrontation.»

Peu importe le sujet, M. Pettigrew insiste: pas question d'empiéter dans les domaines de compétence des provinces. Cependant, les tests ne manqueront pas. Le premier ministre a ouvert ou s'apprête à ouvrir plusieurs fronts avec les provinces: négociation d'un pacte avec les municipalités, négociations sur la «viabilité» du système de santé, négociations avec Québec au sujet des congés parentaux et du rôle des provinces sur la scène internationale. L'amélioration du programme de prêts et bourses en vigueur dans le reste du pays suscitera aussi des discussions de nature financière avec Québec.

En matière de santé, M. Pettigrew se montre prudent. Il reconnaît qu'il faut un financement prévisible mais refuse de lever le voile sur les intentions fédérales à ce chapitre. Les ministres de la Santé et des Finances se rencontreront au printemps pour discuter de la viabilité du système et donc, dit le ministre, de financement et de réformes éventuelles. Le résultat de leurs travaux servira de base à la conférence des premiers ministres, l'été prochain.

Tant le discours du Trône que la réplique de M. Martin insistaient sur la nécessité de s'attaquer aux listes d'attente et notaient la contribution que pourrait faire le Conseil national de la santé, dont le Québec ne fait pas partie et qui vient tout juste d'amorcer ses travaux.

Ottawa veut-il en faire plus? M. Pettigrew répond en soulignant l'utilité d'information plus précise sur le sujet. «Il y a beaucoup de mythes autour des listes d'attente. Il n'y en a pas lorsque c'est une question de vie ou de mort. Il serait donc à propos d'avoir un portrait de la situation pour prendre ensuite les bonnes décisions.»

«Le problème, en fait, c'est l'accès, poursuit-il. La situation dans les urgences et la question des listes d'attente en sont les symptômes. C'est donc le problème d'accès qu'il faut résoudre, et on veut travailler avec les provinces sur ça.»

La proposition faite à maintes reprises par Paul Martin de créer un système national de gestion des listes d'attente, avec la possibilité pour un patient de se faire soigner dans une province plus expéditive, semble avoir disparu des écrans-radars. M. Pettigrew n'en a pas parlé à ses homologues provinciaux au cours de sa récente tournée et il cache mal son étonnement quand on l'interroge à ce sujet.

En matière de prêts et bourses, Pierre Pettigrew est catégorique. Le Québec, qui a son propre programme depuis environ 35 ans, aura sa part des fonds fédéraux, comme par le passé, dit-il. «Nous devons nous assurer que le Québec ait sa juste part, en fonction de son système à lui. On n'ira pas lui imposer de choses par-dessus sa tête.»

Il soutient que la même philosophie doit guider Ottawa dans le dossier des congés parentaux. «Il y a au Québec une politique familiale très intégrée qui est en avance sur le reste du pays et c'est normal que le gouvernement canadien essaie de les accommoder», dit-il, même si c'est le ministre des Ressources humaines, Joe Volpe, qui dirigera les négociations.

C'est Pierre Pettigrew, par contre, qui discutera avec les provinces de leurs contributions aux négociations et forums internationaux, mettant ainsi à profit l'approche qu'il avait adoptée au ministère du Commerce international. «On veut faire pénétrer dans la culture à Ottawa une méthode de travail où les provinces sont capables de s'exprimer, de faire valoir leurs intérêts et de contribuer, par exemple, à la relation canado-américaine. On veut de cette manière renforcer notre politique étrangère. Et le premier ministre ne veut pas que ce soit le fait d'un ministre particulier mais que ça fasse partie du système et de la culture à Ottawa. Autrement dit, [nous voulons] que les provinces ne soient pas soumises à l'arbitraire d'un ministre capricieux qui, tout à coup, ne ferait pas les négociations de la même manière.»