Alfonso Gagliano serait sur le point d'être rapatrié

Ottawa — Le dépôt du rapport de la vérificatrice générale sur le scandale des commandites, mardi prochain, scellera le sort de l'ex-ministre Alfonso Gagliano, ont laissé entendre hier le premier ministre Paul Martin et son ministre des Affaires étrangères, Bill Graham.

À quelques jours du dévoilement d'un rapport déjà qualifié depuis des mois, dans les coulisses du Parlement, de «bombe», l'avenir de M. Gagliano comme ambassadeur canadien au Danemark semble compromis.

Interrogé hier sur un éventuel rapatriement de l'ex-ministre déchu, le premier ministre Paul Martin n'a pas nié. Il s'est contenté de remettre sa réponse à plus tard. «Il faut agir sur le rapport lorsqu'on a le rapport, et ça, c'est la semaine prochaine», a indiqué le premier ministre Martin lors d'une séance de photo hier.

Son ministre des Affaires étrangères, Bill Graham, en a remis lorsque les députés conservateurs l'ont interrogé.

«La Chambre de communes peut être assurée que ce gouvernement prendra toutes les mesures nécessaires pour faire face à cette situation de façon à ce que l'intégrité de notre corps diplomatique soit maintenue, ainsi que l'intégrité de notre réputation à l'étranger», a déclaré le ministre lors de la période de questions.

Le ton de ces réponses, où on défend à peine le controversé ambassadeur, contraste avec celui qui était employé lorsque Jean Chrétien était à la tête du gouvernement.

Hier, les partis d'opposition ont aussi noté le changement de ton.

«Je pense qu'aujourd'hui, le ministre s'est montré ouvert, et on s'attend à ce que M. Gagliano revienne [au Canada]», a fait valoir Caroline St-Hilaire, députée du Bloc québécois. Le Bloc estime que M. Gagliano devrait comparaître devant un comité parlementaire pour répondre aux questions des partis d'opposition.

«M. Graham nous a donné un indice aujourd'hui qu'il y a un très gros crochet qui traversera l'Atlantique pour ramener M. Gagliano», a pour sa part illustré le député conservateur Peter MacKay. «Et lorsqu'une telle chose se concrétisera, j'espère qu'il devra rendre des comptes.»

M. Chrétien avait nommé son ex-lieutenant du Québec ambassadeur au Danemark en janvier 2002 alors que M. Gagliano se retrouvait au centre d'allégations de favoritisme.

Quelques semaines plus tard, un autre scandale, celui des commandites, allait éclabousser l'ex-ministre des Travaux publics, responsable de la gestion du programme de visibilité du gouvernement fédéral au Québec. La nomination avait suscité une tempête dans les banquettes de l'opposition, qui réclament depuis près de deux ans que M. Gagliano soit démis de ses fonctions.

Depuis son arrivée à la tête du gouvernement, le premier ministre Martin veut se distancer du controversé programme de commandites fédérales qui, en plus d'être au centre d'une enquête de la vérificatrice générale, fait l'objet d'enquêtes policières et d'accusations criminelles.

Le lendemain de son assermentation, M. Martin annonçait la disparition de ce programme doté d'un budget annuel de 40 millions. Il a aussi annoncé son intention de fermer l'organisme Communication Canada, responsable de tout le volet de publicité, de gestion de sondages et de promotion de programmes pour le gouvernement fédéral.