Les militants pour une course à la direction

Thomas Mulcair a essuyé un cuisant échec ce dimanche alors que les militants de son parti l’ont poussé vers la sortie. Ce sont 52 % des quelque 1800 délégués présents à Edmonton pour le congrès qui ont demandé qu’une course à la chefferie soit organisée. Celle-ci doit avoir lieu au plus tard dans deux ans.

Ce résultat (48 % d’appui) est à des années-lumière du précédent score que M. Mulcair avait obtenu (92,3 %) ou celui de feu Jack Layton (97,9 %). Le résultat a été annoncé froidement et a été accueilli dans le silence.

M. Mulcair n’a d’autre choix que de partir, en vertu de la constitution du parti. Il s’est adressé dignement à la foule après le résultat. « La seule chose importante est qu’on sorte d’ici unis », a-t-il lancé à une foule qui l’a applaudi. « Ne laissons pas ce vote très divisé nous diviser. »

M. Mulcair a indiqué qu’il resterait en poste jusqu’à ce que son successeur soit désigné, mais qu’il ne se porterait pas candidat à sa propre succession. « En tant que leader jusqu’à ce qu’un remplaçant soit choisi, je vais travailler sans relâche à la Chambre des communes », a dit le député d’Outremont.

Les militants ont donc obtenu la perspective d’un nouveau leader tout en bénéficiant pour encore quelques années des talents de M. Mulcair en tant que chef de l’opposition au Parlement. En effet, la constitution du NPD prévoit qu’une course à la chefferie doit être organisée dans les 12 mois suivant un vote de non-confiance. Mais dimanche, les délégués ont voté un amendement pour permettre que cette course ait plutôt lieu d’ici deux ans. Aussi, le parti ne se retrouvera pas trop longtemps sans chef à la Chambre des communes si les militants néodémocrates devaient élire un candidat qui n’est pas député.

Un discours tiède

Deux heures avant que le résultat coup-de-poing ne soit rendu public, M. Mulcair avait livré un discours figé au cours duquel il avait appelé les militants à se ranger derrière lui.

« Si vous continuez à être derrière moi, alors ensemble, nous continuerons la lutte. Alors, ralliez-vous à moi. On va se tenir debout ensemble », avait-il dit. Dans son discours, M. Mulcair avait à peine fait mention de ses intentions pour l’avenir. Tout au plus avait-il lancé : « Nous avons fait des erreurs qui nous ont coûté la victoire en octobre et j’en prends la responsabilité. Je partage votre grande déception envers les résultats de l’élection. » Après avoir mentionné le post-mortem électoral effectué, il avait conclu : « Une chose est devenue claire comme de l’eau de roche. Il est temps pour nous d’ouvrir le parti et de tirer profit de tout le talent que nous comptons dans nos rangs. »

Son discours, livré sur un mode saccadé et plutôt mécanique, avait été poliment reçu, entrecoupé par quelques salves d’applaudissements retenus. Le malaise était palpable. On entendait parfois une mouche voler dans la salle du centre des congrès. M. Mulcair était arrivé sur la scène sans passer par le parquet comme le font d’habitude les chefs pour d’abord serrer des mains et recevoir des accolades.

Le député québécois Matthew Dubé a expliqué qu’il ne fallait pas tirer de conclusion de cette atmosphère. « C’était silencieux, mais ce n’était pas un mauvais silence. Les gens étaient très attentifs aux mots employés, le ton. C’était important. Oui, les applaudissements, c’est un baromètre, mais les gens voulaient entendre ce qu’il avait à dire. »

Clairement, M. Mulcair n’a pas convaincu les troupes. En coulisse, un ancien député a confié au Devoir qu’il souhaitait la tenue d’une course à la chefferie et qu’il estimait, après discussion avec eux, que la moitié de ses ex-collègues du caucus pensaient comme lui.

Le chef ne s’était pas adressé aux militants pendant les trois jours du congrès avant ce discours du dimanche. D’ailleurs, les militants avaient tenté à quelques reprises, en vain, de modifier l’ordre du jour : d’abord pour devancer l’allocution du chef et ainsi permettre aux militants d’en discuter avant de voter, ensuite, pour obliger le leader à se soumettre à une séance de questions-réponses.

Sur Twitter, l’ancienne députée de Gatineau Françoise Boivin avait écrit : « Si j’étais le chef, toute cette indécision des délégués à 90 minutes du vote sur mon leadership m’interpellerait. »

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