À propos du « mulcairendum »

Thomas Mulcair fera face au vote de confiance de ses militants dimanche.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Thomas Mulcair fera face au vote de confiance de ses militants dimanche.

Pourra-t-il rester ? Ou les militants du NPD diront-ils dimanche à Thomas Mulcair que ses services ne sont plus requis à la tête du parti ? Les paris sont ouverts… et les observateurs prudents.

Quelque 1500 membres du NPD sont réunis depuis vendredi à Edmonton pour un congrès où la question du leadership de Thomas Mulcair sera au coeur de toutes les discussions. Elle l’a d’ailleurs été cette semaine dans les chroniques du ROC.

Les sujets d’interrogation ne manquent pas. Plusieurs se demandent d’abord à partir de quel seuil un résultat pourra être qualifié d’acceptable pour que le chef demeure en selle. Le chiffre de 70 % a circulé. Mais selon l’animateur et chroniqueur Don Martin (CTV), il faut surtout que le résultat du « mulcairendum » soit clair et tranché : pas de demi-teinte qui laisse la porte ouverte aux grenouillages après le congrès.

Martin a reçu Mulcair en studio cette semaine et l’a trouvé souriant et de belle humeur. Mais difficile d’en déduire quelque chose, écrit Martin : soit qu’il sait quelque chose que le public ne sait pas concernant ses appuis, soit qu’il fait du déni, ou soit qu’il se dit qu’il vaut mieux couleur joyeusement que dans la déprime. Allez savoir.

L’issue du vote est difficile à prédire, ajoute Martin — qui rejoint en ce sens tous ses collègues. Il y a bien eu des critiques contre Mulcair de la part de syndicats, de jeunes ou de la frange socialiste du parti, notamment. Mais il y a aussi eu des appuis d’autres syndicats, et de députés… Un discours très fort de Mulcair juste avant le vote pourrait lui donner l’élan nécessaire pour recueillir les appuis souhaités, pense Don Martin.

Selon lui, mettre Mulcair à la porte reviendrait à dire qu’il fut l’unique responsable de la défaite du 19 octobre. Alors qu’il est probable que même Jack Layton n’aurait pu contenir la vague libérale, pense le vétéran chroniqueur.

Qui?

Tim Harper (Toronto Star) estime également que le résultat aurait avantage à être clair et sans appel. Si le chef demeure en place avec des appuis timorés, il aura une sorte de cible peinte dans le dos et ses détracteurs ne se priveront pas pour la viser.

Harper remarque que l’enthousiasme des militants pour le candidat démocrate Bernie Sanders ne doit pas faire oublier que Sanders n’a rien gagné encore. Même chose pour Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste en Grande-Bretagne. Mais si les militants veulent vraiment un virage à gauche marqué et un porteur de ballon de type Sanders, Mulcair ne serait pas très convaincant dans le rôle, pense Harper.

Avant de voter, les militants devraient se poser quelques questions, ajoute-t-il : qui pourrait remplacer Mulcair, qui paraît être le seul à pouvoir offrir une opposition bilingue aussi forte à Justin Trudeau ? Si le parti vire trop à gauche, ne risque-t-il pas la marginalisation ? Serait-il capable de soutenir une course au leadership alors que le moral et les finances des troupes ne sont pas au mieux ? Et aussi : selon quel mode de scrutin voterons-nous en 2019 ?

Andrew Coyne (National Post) prend cette balle au bond. Si les libéraux vont de l’avant avec leur promesse de réforme électorale, cela changera complètement les calculs stratégiques que les partis politiques peuvent faire aujourd’hui, dit-il. Dans ce contexte, les néodémocrates doivent se demander si Mulcair pourrait gagner une campagne postuninominale à un tour, plutôt que de simplement le sanctionner pour la défaite d’octobre.

Le système actuel permet l’élection de gouvernements fortement majoritaires qui peinent à obtenir 40 % du vote. Il crée des disproportions de représentation importante, écrit Coyne en rappelant que tous les députés des Maritimes sont actuellement libéraux. Sans compter l’importance démesurée accordée au vote stratégique. C’est ainsi que les libéraux ont pu voler des appuis au NPD en fédérant le vote anticonservateur.

Or, un nouveau système pourrait au contraire ouvrir l’horizon pour les néodémocrates — et pour Mulcair, croit Coyne. L’influence du vote stratégique sera moindre, et la nécessité de faire un virage prononcé à gauche (pour se distinguer complètement des libéraux) deviendrait moins évidente. Si le jeu se déroule au centre ou au centre gauche, si les deuxième et troisième choix des électeurs font partie de l’équation, Thomas Mulcair a des arguments pour convaincre qu’il est l’homme de la situation.

Mais surtout, ajoute Andrew Coyne, les néodémocrates devraient se demander s’il ne serait pas brillant d’attendre de connaître les prochaines règles du jeu avant de décider ce qu’ils font de Mulcair. D’autant qu’ils auront une autre occasion, en 2018, de contester son leadership. Et cette fois, ils auront toutes les cartes en main.

Toujours autour des réflexions que suscite le congrès d’Edmonton, l’ancien député conservateur Brent Rathgeber écrit sur le site iPolitics que les néodémocrates auraient avantage à ne pas considérer les résultats du 19 octobre comme un désastre. Après tout, le parti a enregistré sa deuxième meilleure performance à vie. C’est plutôt l’élection de 2011 qui fut une aberration, dit-il. Cela doit peser dans l’analyse du bilan de Thomas Mulcair, suggère Rathgeber.

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