Le pétrole risque de diviser le NPD

Dans les corridors, deux sujets se retrouvent sur toutes les lèvres : le leadership de Thomas Mulcair et l’orientation que devrait prendre le parti.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir

Dans les corridors, deux sujets se retrouvent sur toutes les lèvres : le leadership de Thomas Mulcair et l’orientation que devrait prendre le parti.

Les quelque 1800 militants néodémocrates réunis à Edmonton en congrès ont choisi vendredi de mettre de côté certaines idées qui les auraient fait paraître trop à gauche, comme une hausse considérable du taux d’imposition des mieux nantis, mais ils ont décidé de poursuivre leur lutte pour que le NPD appuie un manifeste prônant le délaissement des énergies fossiles. Une idée qui risque de créer des remous dans les rangs en fin de semaine alors que la première ministre néodémocrate albertaine Rachel Notley milite désormais pour la construction d’un pipeline.

Les militants ont en effet choisi de placer en tête de ses priorités, en vue d’un vote dimanche, une des résolutions demandant que le parti s’inspire du manifeste Un grand bond vers l’avant. Ce manifeste, publié l’automne dernier, est défendu par l’élite progressiste canadienne, avec en tête l’activiste Avi Lewis. Le manifeste écrit notamment qu’il « n’y a plus d’excuse pour construire de nouvelles infrastructures qui nous condamnent à augmenter l’extraction pour des décennies à venir ».

Déjà, en entrevue à CBC cette semaine, le chef Thomas Mulcair — qui fera face dimanche à un vote de confiance déterminant — s’est montré réticent à dire ce qu’il ferait si ses militants lui demandaient d’appuyer ce manifeste. La ligne de fracture au sein du parti est d’autant plus évidente que, jeudi, la première ministre albertaine, toute néodémocrate qu’elle est, a livré un plaidoyer en faveur de la construction d’un nouvel oléoduc. Sans aller aussi loin que le premier ministre de la Saskatchewan, qui soutient que les provinces touchant des paiements de péréquation devraient remercier l’Ouest en autorisant les pipelines, Rachel Notley a vaguement évoqué la contribution économique de l’Alberta au pays.

« On ne peut pas continuer à aider l’économie canadienne si le Canada ne nous aide pas », a dit Mme Notley dans un discours télévisé. « Cela veut dire une chose : il faut construire jusqu’aux côtes un pipeline moderne et adéquatement réglementé. Je peux vous promettre ceci : je ne laisserai pas tomber. On doit obtenir un “oui” à l’oléoduc. […] Ça doit se faire, sinon tout le monde perd. » Mme Notley prendra la parole au congrès du NPD fédéral samedi.

Pour sa part, la ministre albertaine de l’Environnement, Shannon Phillips, a qualifié de « trahison » l’appui des néodémocrates fédéraux au manifeste, rappelant que sa province comptait sur l’industrie pétrolière pour créer de l’activité économique. « Cela est mesquin, de courte vue et, venant de néodémocrates, c’est fondamentalement une trahison des gens qui ont voté pour le NPD dans cette province l’année dernière », a déclaré Mme Phillips au Globe and Mail.

Le député François Choquette, qui a assisté à la séance ayant priorisé la résolution sur le manifeste, explique au Devoir que le NPD « a toujours été de gauche, mais on n’a pas assez mis en avant nos idées, on ne les a pas assez vendues » lors de la dernière élection. Il ne craint donc pas d’aliéner les électeurs en proposant des idées plus radicales. « Oui, il faut vouloir être au pouvoir, dit-il, mais il faut arrêter de marcher sur des oeufs. » Le député défait de Beauport-Limoilou, Raymond Côté, estime qu’en général, ce fut la plus grande faiblesse de la campagne néodémocrate de l’automne. « On n’a pas fait rêver les gens », dit-il au Devoir.

Revenir aux sources

Ce désir de retourner aux racines progressistes du NPD anime les conversations dans les corridors du congrès. Néanmoins, certaines idées allant dans ce sens ont été écartées.

Ainsi, derrière des portes fermées aux médias, les militants ont choisi de ne pas prioriser les résolutions suggérant d’augmenter les taux d’imposition pour les contribuables touchant des revenus supérieurs à 200 000 $.

Les délégués ont aussi écarté les nombreuses résolutions demandant à la Banque du Canada d’essuyer la dette fédérale sans faire payer d’intérêts au gouvernement fédéral. « Ça n’a pas été jugé réaliste », concède un militant qui a participé à l’atelier à huis clos.

Pour sa part, la résolution controversée proposant que le NPD appuie la campagne de boycottage, de désinvestissement et de sanctions visant Israël n’a pas été retenue. « Elle ne sera pas débattue », dit en souriant un autre militant.

Un leadership en sursis

L’autre enjeu au coeur de ce congrès est évidemment le leadership de Thomas Mulcair. Les 1800 délégués, dont 200 provenant du Québec, voteront dimanche matin pour indiquer s’ils croient que le chef devrait rester en poste ou partir. Thomas Mulcair prononcera son discours — le seul du week-end — quelques minutes avant le vote.

À ce sujet, le militant ontarien Julius Arscott a tenté de faire changer l’ordre du jour pour que le discours du chef ait lieu plus tôt et que les militants aient ainsi plus de temps pour en discuter. Katie Oppen, d’Ottawa, l’a appuyé en faisant valoir au micro que cet ordre des choses « donne l’impression que le système appuie M. Mulcair ». Elle s’est même insurgée que le nom du chef apparaisse sur le cordon des cartes d’identité des délégués. La proposition a finalement été rejetée, mais une portion significative des délégués a voté pour.

La partie n’est donc pas gagnée d’avance pour Thomas Mulcair. Rares sont ceux qui se portent vivement à sa défense. C’est le cas de l’ex-députée de la région de Québec Alexandrine Latendresse. « Moi, je voudrais qu’il puisse continuer à nous mener jusqu’en 2019, dit-elle. […] Je rêve souvent de vivre dans un Canada dirigé par un premier ministre Mulcair. »

Les autres personnes interrogées sont souvent plus ambivalentes. C’est le cas des anciens députés Raymond Côté et Yvon Godin. Les deux disent attendre le discours du chef dimanche avant de se décider. Quant à l’ancienne élue de Hull-Aylmer, Nycole Turmel, elle veut que M. Mulcair reste… pour l’instant. « Tom en Chambre faisait un excellent travail. On ne s’est jamais caché qu’il avait de la misère à rejoindre les gens. On doit l’aider à changer cela. Mais comme c’est là, je ne pense pas que ce soit le temps d’une course à la chefferie. » Selon Mme Turmel, il sera encore temps de remplacer le chef en 2018, au prochain congrès du NPD. « Je ne lui enlève pas sa grande intelligence, son grand leadership et sa vision, mais est-ce que ça passe ? »

MM. Côté et Godin ne sont pas d’accord. Si les militants décident de garder M. Mulcair dimanche, ils devront accepter que cela signifie qu’il sera le chef à l’élection générale de 2019. « Il ne faut pas attendre à la dernière année » pour choisir un nouveau chef, dit Yvon Godin. « Il faut qu’il se fasse connaître. » Même constat pour Raymond Côté. « Ce serait une très mauvaise décision d’exclure Thomas en 2018. Si une décision doit être prise, elle doit l’être maintenant. »

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