Le DPB corrige le gouvernement Trudeau

Les déficits fédéraux ne seront peut-être pas aussi copieux que prévu. Du moins, c’est l’avis du directeur parlementaire du budget, qui estime qu’Ottawa a trop noirci la situation dans la confection du premier budget Trudeau.

Dans le budget déposé le mois dernier, Ottawa a évalué que le déficit pour l’année en cours serait de 29,4 milliards de dollars et de 29 milliards l’année suivante. Pour arriver à ces chiffres, le ministère des Finances s’est appuyé sur les prédictions du secteur privé quant à la taille du PIB nominal, mais en y retranchant 40 milliards (ce qui creuse de 6 milliards par année le solde budgétaire du gouvernement fédéral). Motif : les économistes ont eu tendance à se tromper dans le passé.

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C’est le nombre de milliards retranchés par Ottawa selon les prévisions des économistes pour le PIB.

Dans un rapport déposé mercredi, le directeur parlementaire du budget (DPB), Jean-Denis Fréchette, estime que cette prudence a sa raison d’être, mais qu’elle est démesurée. « Le DPB estime, à la lumière de l’expérience des années passées, que cet ajustement de la prévision formulée par le secteur privé en février 2016 est excessif. […] Il est probable que le PIB nominal réel en 2016 et 2017 soit en fait supérieur aux chiffres utilisés aux fins de la panification budgétaire. Toutes autres choses étant égales, les déficits budgétaires en 2016-2017 et 2017-2018 seront donc plus modestes que prévu. » M. Fréchette ne fournit pas pour l’instant son évaluation des déficits une fois cette prudence excessive mise de côté. Il entend préciser sa pensée lors de son passage en comité parlementaire.

Prévisions erronées

Interrogé à ce sujet, le premier ministre Justin Trudeau a répondu : « C’est par désir de transparence, d’ouverture et de véracité que nous avons pris cette approche. » « On a remarqué que depuis bien des années, a-t-il illustré, les experts manquent toujours leur coup, dans la même direction, d’à peu près 40 milliards de dollars. Ça fait trois, quatre ans que chaque fois qu’ils font des prédictions pour l’économie, ils disent ensuite : “Oh ! On s’est trompés. Ça va moins bien qu’on pensait.” »

Le DPB écrit plutôt qu’en moyenne, au cours des 21 dernières années, le secteur privé a surestimé le PIB nominal de 10 milliards pour la première année de prévision et de 4 milliards pour la seconde. Il n’est arrivé qu’une seule fois qu’il se trompe de plus de 40 milliards pour les deux années de prévisions : lors de son analyse de janvier 2009, réalisée en pleine crise financière mondiale.

Moins d’emplois

Par ailleurs, le DPB note qu’Ottawa pèche au contraire par excès de confiance quand vient le temps de calculer le nombre d’emplois qui seront créés grâce à ses investissements, en infrastructures notamment. Le budget parle de 43 000 emplois créés ou maintenus cette année ou de 100 000 en deux ans. Le DPB pense que le total sera « considérablement moindre », soit de 26 000 cette année ou de 60 000 en deux ans.


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C’est le nombre de milliards retranchés par Ottawa selon les prévisions des économistes pour le PIB.