Poutine est la « cible principale » de l’enquête, se plaint Moscou

Moscou — Le président russe Vladimir Poutine est la « principale cible » des « Panama papers », qui s’attaquent notamment à ses proches, a dénoncé lundi le Kremlin, évoquant une enquête journalistique pleine d’« inventions » et de « falsifications » visant à « déstabiliser » le pays.

« Poutine, la Russie, notre pays, notre stabilité, les prochaines élections sont la cible principale. Il s’agit de déstabiliser » le pays, a affirmé le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, à des journalistes.

« Je sais qu’il y a d’autres noms [incriminés dans l’enquête], mais il est clair que la cible principale de ces attaques est notre pays et son président », a-t-il poursuivi.

« Il n’y a rien de concret ou de nouveau sur Poutine, il n’y a pas de détails, et tout le reste se fonde sur des spéculations », a encore estimé M. Peskov, en ajoutant que Moscou n’avait pas l’intention de poursuivre en justice les auteurs de l’enquête.

« Nous connaissons bien cette soi-disant communauté journalistique. Il y en a de nombreux parmi eux dont le journalisme n’est pas l’activité principale. Beaucoup sont d’anciens employés du Département d’État, de la CIA, d’autres services secrets », a-t-il affirmé.

Selon les révélations des « Panama papers », enquête réalisée par une centaine de journaux dont le russe Novaïa Gazeta, des associés du président russe auraient détourné jusqu’à deux milliards de dollars avec l’aide de banques et de sociétés écrans, obtenant ainsi de l’influence auprès des médias et de l’industrie automobile.

L’un des proches de Vladimir Poutine incriminé par l’enquête est son ami d’enfance Sergueï Roldouguine, dont les sociétés auraient racheté d’immenses pans de l’économie russe à travers d’autres compagnies offshore, par un savant jeu de poupées russes.

« Roldouguine et de nombreuses autres personnes font toujours partie des amis de Poutine. Poutine a énormément d’amis en Russie et à l’étranger », s’est contenté de répondre M. Peskov, interrogé sur les liens entre le violoncelliste et le président russe.

« Il est évident que le niveau de poutinophobie a atteint un tel niveau qu’il est impossible de dire quoique ce soit de positif à propos de la Russie », a-t-il affirmé.

Hollande promet une enquête

En France, le président français François Hollande a assuré lundi que les révélations des « Panama papers » sur les paradis fiscaux donneraient lieu en France à des enquêtes et a remercié les lanceurs d’alerte, en se félicitant de nouvelles « rentrées fiscales ».

« Toutes les informations qui seront livrées donneront lieu à des enquêtes des services fiscaux et à des procédures judiciaires », a déclaré M. Hollande. « Toutes les enquêtes seront diligentées, toutes les procédures seront instruites et les procès éventuellement auront lieu ».

« C’est une bonne nouvelle que nous ayons connaissance de ces révélations parce que ça va nous faire encore des rentrées fiscales de la part de ceux qui ont fraudé », a dit le président, soulignant qu’en 2015 « 20 milliards d’euros (30 milliards $CAN) ont été notifiés à ceux qui avaient fraudé » et que sur ces 20 milliards, l’État avait « déjà repris 12 milliards d’euros ».

« Donc je remercie les lanceurs d’alerte, je remercie la presse qui s’est mobilisée et je ne doute pas que nos enquêteurs sont tout à fait prêts à étudier ces dossiers et ces cas pour le bien d’abord de ce qu’on peut penser être la morale, et aussi pour le bien de nos finances publiques », a-t-il poursuivi.

« C’est grâce à un lanceur d’alerte que nous avons maintenant ces informations. Ces lanceurs d’alerte font un travail utile pour la communauté internationale, ils prennent des risques, ils doivent être protégés », a dit le chef de l’État.

Le ministère des Finances a confirmé dans un communiqué que la France solliciterait « la transmission du fichier « Panama Papers » » et qu’elle serait ensuite en mesure de « redresser les impôts éludés et d’appliquer les pénalités, et notamment pour la détention de comptes non déclarés à l’étranger ou de sociétés écran permettant d’échapper à l’impôt qui serait normalement dû à la France ».

La justice pénale pourra par ailleurs être « saisie d’affaires de blanchiment de fraude fiscale », a ajouté le ministère.

Pas de démission en Islande

​En Islande,Le jeune premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson se retrouve dans la tourmente des « Panama papers », enquête journalistique qui révèle ses avoirs dans un paradis fiscal, et qui pourrait provoquer sa chute.

Selon des documents publiés par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), M. Gunnlaugsson, 41 ans, a possédé avec sa femme une société dans les îles Vierges britanniques, jusqu’à ce qu’il lui cède ses parts fin 2009 pour un dollar symbolique.

Quand il a été élu député pour la première fois en avril 2009, il a omis cette participation dans sa déclaration de patrimoine.

L’affaire est extrêmement sensible dans un pays marqué par les excès des années 2000, où un secteur financier euphorique et ses dirigeants et cadres usaient et abusaient des sociétés écran.

La défense du chef de gouvernement est simple : lui n’a jamais caché d’argent à l’étranger, et sa femme est en règle avec le fisc islandais. « Elle n’a jamais utilisé de paradis fiscal, et on ne peut pas dire non plus que sa société est une société offshore dans le sens où elle paierait des impôts à l’étranger plutôt qu’en Islande », a-t-il écrit sur son site Internet.

« Je n’ai pas envisagé de démissionner à cause de cela et je ne démissionnerai pas à cause de cela », a-t-il insisté lundi, interrogé par la chaîne Stöd 2.

Lors d’un entretien avec la télévision suédoise SVT réalisé le 11 mars et diffusé pour la première fois dimanche, il s’était montré très mal à l’aise, au point de quitter la pièce quand les questions sont devenues pressantes. « On rend suspect quelque chose qui ne l’est pas », s’agaçait-il.

Fils de député et à l’origine journaliste, M. Gunnlaugsson était censé incarner une rupture avec la classe politique, y compris celle de son parti, qui avait fermé les yeux sur la frénésie d’expansion des banques islandaises. Celle-ci s’est terminée par une crise financière historique, une récession, et un sauvetage du Fonds monétaire international.

L’épouse du premier ministre, Anna Sigurlaug Palsdottir, 41 ans également, est la fille d’un homme d’affaires qui a fait fortune en étant concessionnaire des voitures Toyota dans le pays.

Le 15 mars, c’est elle-même qui avait rendu publique sur Facebook l’existence de la société que le couple a créée en 2007, appelée Wintris, pour gérer la fortune dont elle a hérité. Elle y expliquait qu’avec l’aide du cabinet de conseil KPMG, elle avait fait en sorte de payer tous ses impôts en Islande.

Depuis, l’opposition réfléchit au dépôt d’une motion de défiance. Cela devrait être fait lundi, pour un vote selon toute vraisemblance soumise dans la semaine.

L’opposition de gauche devrait certainement l’appuyer, tandis que le parti du chef de gouvernement, le Parti du progrès, devrait s’y opposer. Dans ce cas, le sort du gouvernement serait décidé par la deuxième formation de la coalition gouvernementale, le Parti de l’indépendance (droite), qui apparaît divisé sur la question.

Que M. Gunnlaugsson se soit rendu coupable d’évasion fiscale reste à prouver. Mais politiquement, sa position est devenue intenable.

« Le premier ministre doit immédiatement démissionner » car il « a fait preuve de sa méfiance envers la monnaie et l’économie islandaises en plaçant son argent dans un paradis fiscal », a lancé dimanche soir l’ancienne chef de gouvernement, la sociale-démocrate Johanna Sigurdardottir.

Plus gênant peut-être : Wintris a détenu des créances auprès des banques islandaises en faillite. Or M. Gunnlaugsson a percé en politique après avoir mené un mouvement de fronde, couronné de succès, contre les conditions draconiennes auxquelles l’Islande était censée rembourser d’autres pays lésés par la faillite de ces banques.

« C’est triste que ceux qui veulent et affirment montrer l’exemple disent que le fondement c’est de croire en l’Islande, et ensuite décident qu’il vaut mieux placer leur argent ailleurs », a commenté l’historien et intellectuel Gudni Johannesson auprès de la télévision publique RUV.

La commission constitutionnelle du Parlement se réunissait lundi.

Des manifestations sont prévues dans la semaine à Reykjavik, la première lundi en fin de journée. Plus de 24 000 personnes, dans un pays de 320 000 habitants, avaient signé dans l’après-midi une pétition en ligne appelant à la démission du premier ministre.

Les ONG réagissent

Les nouvelles révélations sur l’utilisation des paradis fiscaux par de nombreuses personnalités à des fins d’évasion fiscale et de blanchiment montrent la nécessité d’interdire le recours aux sociétés écrans anonymes, ont estimé lundi plusieurs ONG anticorruption.

La communauté internationale doit « agir immédiatement pour adopter des règles de transparence qui interdisent les sociétés anonymes », exhorte Transparency International dans un communiqué, après la publication d’une enquête effectuée par plus d’une centaine de journaux.

« L’enquête Panama Papers dévoile le côté obscur du système financier mondial, où des banques, des avocats et des professionnels de la finance mettent en place des sociétés anonymes pour dissimuler des avoirs illégaux issus de la corruption. Cela doit cesser », argumente José Ugaz, président de l’ONG d’origine allemande, cité dans le communiqué.

« À quand la fin de l’opacité des sociétés écrans ? », renchérit l’ONG One, qui estime que ces structures permettant de cacher l’identité du propriétaire réel d’un compte ou d’une société, représentent « une faille majeure dans les progrès réalisés contre l’évasion fiscale et la corruption ».

« Lorsque l’on voit que le système a été mis en place pour des clients de plus de 200 pays différents, le constat est clair : l’évasion fiscale est aujourd’hui un problème mondial, qui impacte tous les pays et qui nécessite une réponse internationale », a observé de son côté Manon Aubry, une des responsables d’Oxfam France.

1 commentaire
  • Alain Massicotte - Abonné 4 avril 2016 23 h 26

    Poutine la cible principale principale de l'enquête se plaint Moscou

    C'est gros c'est gros je suis INDIGNÉ un citoyen ordinaire essaierais de cacher $50.00 lors de la rédaction d'impôt paierais une amende Eux c'est l'impunité et dire qu'il y à des gens qui ne mange pas à leur faim partout dans le Monde. Y à de quoi être indigné et je reste poli parce que ce n'est pas ce mot qui me vient en premier à l'esprit. AlainMassicotte(Trois-Rivières).