Climat: McKenna ne veut rien précipiter

La ministre fédérale de l’Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna, met en garde les enthousiastes de l’économie verte. Elle n’a pas l’intention de poser des gestes radicaux pour lutter contre les gaz à effet de serre car cela risquerait de braquer ceux qui ne sont pas vendus à la cause.

Mme McKenna participait vendredi au Sommet sur le progrès organisé par l’Institut Broadbent, un think tank de gauche près du NPD. Au cours du panel, la conseillère municipale de Vancouver Andrea Reimer a indiqué que sa ville s’opposerait à l’augmentation de la capacité du pipeline Kinder Morgan, que le processus réglementaire pour l’évaluer soit amélioré ou non.

Invitée à réagir, la ministre a prêché le réalisme. « Nous devons faire la transition vers une économie décarbonisée. Nous devons absolument le faire. Mais on ne peut pas le faire du jour au lendemain. Je suis une réaliste. Il y a des gens qui perdent leur emploi en Alberta », a dit Mme McKenna.

« Je ne dis pas qu’il faut détruire la planète, mais nous devons être réfléchis dans notre façon d’aller de l’avant. Je prêche à des convertis ici », a-t-elle poursuivi, reconnaissant que tout le monde dans la salle croyait à l’urgence de combattre les changements climatiques. « Mais il y a beaucoup de gens qui ne sont pas encore rendus là ou qu’ils y sont juste un peu. Et si ce que nous finissons par faire a un effet énorme, immédiat et bouleversant sur l’économie et que des tonnes de travailleurs perdent leur emploi, je perds ces gens. »

Toute néodémocrate soit-elle, la ministre albertaine de l’Environnement, Shannon Phillips, a renchéri. « Une transition qui n’est pas réfléchie fera en sorte que les bouleversements sociaux actuels — les inégalités, les pertes d’emploi en masse et l’effondrement des communautés — auxquels on assiste en Alberta s’empireront, a dit Mme Phillips. […] On doit comprendre l’aspect humain de ceci. Les Albertains et les travailleurs font partie de la famille canadienne et ils ont besoin de votre appui. »

Dans le dernier budget, le gouvernement de Justin Trudeau n’a pas annulé les subventions aux énergies fossiles, au motif que l’économie albertaine allait trop mal pour lui infliger un fardeau supplémentaire.

4 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 2 avril 2016 05 h 23

    De la nécessité de situer les subventions pétrolières à l'intérieur d'un plan d'ensemble gouvernemental et non industriel

    Il fallait subventionner l'industrie pétrolière quand elle avait le vent en poupe. Maintenant, il faut encore la subventionner lorsqu'elle affronte des vents s'annonçant contraires pour un bon nombre d'années. Autrement dit, on la subventionnedrait tout le temps lorsqu'il s'agit de créer de nouveaux emplois ou encore de les maintenir. Mais faut-il subventionner n'importe quoi et n'importe qui à l'intérieur de cette industrie? Faut-il laisser l'industrie décider seule? Certainement pas. Ne faudrait-il pas également subventionner des produits dits de substitution, question de mieux préparer l'avenir du Canada et de la planète? Il faut un plan d'ensemble gouvernemental.

  • Benoit Thibault - Abonné 2 avril 2016 17 h 20

    Une transition mal réfléchie ...

    L'erreur c'est d'avoir poussé et poussé la croisssance des sables bitumineux à n'importe quel prix. En prime une inflation galopante en Alberta, une consommation effrênée et non taxée! L'industrie, et ceux qui en ont profité. n'assume pas ces responsabilités et crient maintenant à l'aide et veulent pousser dans la gorge de l'Est leur pipeline!
    Que l'on aide les personnes à ce realigner c'est important mais l'industrie pour ... de toute fa¸on le profit de leurs actionnaires ne sert qu'à garder l'illusion d'une rentabilité. Que l'on fasse le bilan de cette industrie incluant sont bilan environnementale et on en reparlera.

  • Marc Brullemans - Abonné 2 avril 2016 20 h 41

    Il y a ici péril en la demeure...

    Lorsque la ministre de l'environnement à Ottawa affirme à la fois être réaliste et ne pas vouloir braquer ceux qui ne sont pas vendus à la cause (climatique), on peut, et on doit s'alerter. La ministre McKenna ne se rend-elle donc pas compte qu'elle a choisi ainsi de braquer la partie de la population canadienne convaincu d'un lien entre exploitation du pétrole et du gaz et aggravation du réchauffement planétaire? Et que le pourcentage de cette partie de la population est sans doute supérieur à celui ayant permis son élection?...

    Lorsque le feu est entre les murs de notre demeure, on cherche désespérément un pompier. Et on espère que le premier pompier qui arrive sur les lieux soit des mieux formés. On espère ensuite que toute la patrouille arrivant sur les lieux ait eu le professionnalisme de se former auprès des meilleurs formateurs. Ici, dans cette lutte aux changements climatiques, nous serions aussi en droit d’espérer un Ministère recherchant l'excellence et ne se contentant pas d'un quasi statu quo.

  • Gerald Chouinard - Inscrit 4 avril 2016 20 h 20

    Vous êtes une réaliste Mme McKenna?

    Je crois que vous êtes plutôt une rêveuse! Vous rêvez que l'on peut attendre avant d'agir et que rien de bien grave ne va arriver. Ce n'est pas du réalisme, car le réalisme c'est ce que dit la science climatique, écologique et même économique (attendre coutera plus cher que d'agir ainsi). Vous êtes la réveuse, madame la ministre!