Comme un petit problème à Queen’s Park…

Eh bien : les ministres libéraux de Jean Charest n’étaient pas les seuls à avoir des cibles de financement. Même que les leurs — 100 000 $ — devaient paraître bien modestes pour leurs collègues du Parti libéral de l’Ontario (PLO)…

Les révélations du Toronto Star cette semaine sur les méthodes de financement du PLO ont suscité un tollé qui a mis le gouvernement Wynne dans l’embarras. Jusqu’à 500 000 $ pour certaines ministres : les cibles ontariennes n’étaient pas exactement de la menue monnaie.

Deux éditoriaux des deux grands quotidiens nationaux — le Star et le Globe and Mail — en arrivent à la même conclusion : le système doit changer, et vite.

Dans le Star, l’équipe éditoriale estime que la réponse offerte par Wynne est beaucoup trop timide. Elle promet des changements, mais précise qu’elle ne pourra pas adopter une réelle réforme du financement politique avant la prochaine élection, dans deux ans et demi. Le quotidien pense que la première ministre veut surtout conserver la possibilité d’amasser des millions à l’aide de ce système. L’intérêt du public passe en second plan, déplore le journal. Qui trouve cela à la fois mal avisé et éthiquement déplorable.

Kathleen Wynne devrait minimalement annoncer sans autre discussion la fin du système des cibles, soutient le Star. C’est là une « pratique répugnante » qui place les ministres en situation de conflit d’intérêts, puisqu’ils sollicitent les dons à même le secteur qu’ils représentent. Et ils utilisent leur titre de ministre pour garnir les coffres d’un parti politique. Il n’y a aucune raison d’attendre avant de tirer la plogue, dit le Star… sauf si Wynne veut profiter encore un peu du système.

Le journal termine en soutenant que Queen’s Park devrait imiter Ottawa et certaines provinces (comme le Québec) en abolissant les dons des entreprises et des syndicats. Plus tôt que tard, ajoute-t-on.

Le ton est aussi outré au Globe and Mail. Le quotidien suggère que la police enquête, parce que même si le système paraît légal, il se situe visiblement aux confins de cette légalité. L’élastique est étiré, dit-on.

Le Globe qualifie l’affaire de problème « éthique immense » qui ne peut être balayé sous le tapis. Les gens qui sont sollicités s’attendent nécessairement à quelque chose en retour, pense l’équipe éditoriale. Et les ministres qui les sollicitent pour remplir leurs quotas ont justement le pouvoir de les aider : pas très sain comme système, dit-on. L’article 121 du Code criminel (qui concerne les fraudes contre le gouvernement) pourrait être invoqué dans ce contexte, pense-t-on.

Les problèmes avec l’actuelle loi ontarienne sur le financement électoral, c’est qu’elle est à la fois très permissive et pleine de trous. Dans les faits, dit le Globe, les donateurs peuvent essentiellement donner l’argent qu’ils veulent à qui ils veulent. Comparée à celles d’autres provinces — encore ici, on cite le Québec en exemple —, cette loi est archaïque et doit être révisée, demande le Globe.

Il n’est pas normal que les gens riches, les grosses compagnies et les syndicats puissent exercer une influence plus grande que les électeurs sur le gouvernement, écrit le quotidien. Personne ne veut qu’une démocratie fonctionne ainsi.

Dans une chronique au ton semblable (il parle d’un « vacuum moral » dans la politique ontarienne), Andrew Coyne (National Post) indique que ce système transforme les donateurs en « clients ». Une réforme s’impose, et devrait suivre quelques principes qu’il énonce — notamment que seuls les individus devraient pouvoir contribuer.

Il faut mettre des limites aux contributions politiques : autrement, ça ouvre la porte à des gestes de corruption, dit Coyne. Il y aura toujours des gens pour contourner les règles, mais faisons au moins en sorte qu’il y ait des règles, ajoute-t-il.

Manning

Sur un thème analogue, l’ancien chef du Parti réformiste, Preston Manning, écrivait cette semaine dans le Globe and Mail qu’Ottawa devra être très prudent dans sa gestion du financement des projets d’infrastructures.

Il rappelle que l’arrestation de Nathalie Normandeau est liée à des projets d’infrastructures. Et que l’ancien premier ministre ontarien Dalton McGuinty a démissionné en plein milieu d’un scandale tournant aussi autour de projets d’infrastructures. Alors quand Manning voit que le budget Morneau prévoit 60 milliards de plus en dépenses de ce type, il s’inquiète.

Entre toutes les dépenses qu’un gouvernement peut faire, celles touchant les infrastructures sont les plus susceptibles de créer de la corruption ou d’être manipulées pour des raisons partisanes (notamment en favorisant des projets dans certaines régions plutôt que d’autres). Il en est ainsi depuis la construction du chemin de fer national, dit-il.

Or, le politique doit se ternir le plus loin possible de l’octroi de ces contrats, dit Manning. Car c’est quand des critères politiques s’appliquent dans le choix des contrats que la corruption s’immisce, écrit Manning. Il faut éviter cela, en misant sur une transparence maximale.

Agressions sexuelles

Il n’y a pas de lien direct avec le jugement Ghomeshi, mais le magazine The Walrus propose en 3000 mots le témoignage de six femmes ayant subi des agressions sexuelles au Canada. Les circonstances diffèrent, mais toutes ont choisi de porter plainte — avec des résultats variés. Les récits sont crus. Ils évoquent tous ce mélange de peur et de honte et la difficulté d’aller devant les tribunaux. À lire.