Mulcair raffermit son ton

Thomas Mulcair a pris plusieurs positions tranchées.
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne Thomas Mulcair a pris plusieurs positions tranchées.

À 10 jours du vote de confiance auquel il doit se soumettre, le chef du NPD, Thomas Mulcair, multiplie les prises de position tranchées. Après avoir écrit, le jour de l’acquittement de Jian Ghomeshi, qu’il croyait les victimes, il traite Donald Trump de « fasciste ». Des néodémocrates y voient une façon de se positionner pour regagner les coeurs de la gauche.

Jeudi, le NPD a fait parvenir à un journaliste une vidéo montrant M. Mulcair s’en prendre au candidat à l’investiture républicaine. « Donald Trump est un fasciste. Ne nous leurrons pas, ne tournons pas autour du pot. Quand quelqu’un dit qu’il veut tenir à distance des gens d’une certaine religion, qu’il veut construire des murs pour éloigner des gens, c’est faire appel aux plus bas instincts de la nature humaine. »

Puis, il s’en prend au premier ministre pour ne pas être aussi clair que lui. « Lorsqu’on l’interroge à propos de Donald Trump, [Justin] Trudeau répond d’un haussement d’épaules et dit que “ la relation entre le Canada et les États-Unis va au-delà de deux individus ”. Je m’excuse, mais si un fasciste devient le président des États-Unis, je veux qu’on sache que je m’y suis opposé bien avant l’élection. » Cette dernière phrase a été relayée sur le compte Twitter de M. Mulcair.

La semaine dernière, alors qu’on attendait le verdict dans la cause de Jian Ghomeshi, M. Mulcair a publié une lettre intitulée en anglais « I believe survivors » et a utilisé sur Twitter l’expression en mot-clic, faisant écho au mouvement sur les réseaux sociaux en faveur des victimes d’agressions sexuelles.

Dans les coulisses du NPD, on reconnaît qu’il s’agit là d’un « positionnement stratégique » du chef. « Ses opinions sur l’affaire Ghomeshi et Trump sont très, très largement partagées par notre base », explique au Devoir une source. Mais il n’y a pas nécessairement de lien avec le vote de confiance à venir la semaine prochaine, selon cette personne, car les quelque 1600 délégués qui iront à Edmonton baseront leur décision sur d’autres facteurs. « Il essaye de se rapprocher des jeunes et de notre base de gauche, qui se sont sentis abandonnés dans le discours public. »

Un de ceux qui demandent le départ de M. Mulcair, Barry Weisleder, déplore ce positionnement. « Il tente de passer pour plus progressiste qu’il ne l’est vraiment, dit celui qui se porte candidat à la présidence du NPD. Quand le congrès sera terminé, il reviendra à une approche plutôt libérale de la politique. »

L’ex-députée québécoise Élaine Michaud (qui se présente contre M. Weisleder) n’est pas du même avis. Ces sorties de Thomas Mulcair traduisent des « positions qui sont sincères », selon elle. « Par contre, si c’est une stratégie pour aller rejoindre les militants qui semblent désabusés, je pense que c’est trop peu, trop tard. » D’autant plus que de considérer Donald Trump comme un fasciste « n’est pas l’apanage du NPD », pas plus que de prendre la défense de survivantes d’agressions sexuelles. « Je ne verrais pas ça comme une stratégie si efficace. C’est citer des évidences », fait-elle valoir au Devoir.

Au-delà des déclarations

L’ancienne élue de Québec a cosigné, avec deux ex-députés et des militants du NPD, une lettre ouverte, il y a deux semaines, dénonçant la dernière plateforme électorale et réclamant un renouveau du parti. Les déclarations de Thomas Mulcair répondent-elles à ce souhait ? Un tel retour aux sources progressistes du parti, « ça va au-delà de déclarations ponctuelles », tranche Mme Michaud.

Si le NPD espérait aider son chef avec ces sorties stratégiques, il semble que l’effort soit peut-être tombé dans l’oreille de sourds : dans les rangs néodémocrates, les gazouillis de M. Mulcair n’ont pas fait jaser, nous rapporte une autre source.

La sortie de M. Mulcair concernant les victimes de violence sexuelle lui a valu de sévères remontrances de l’avocate de Jian Ghomeshi, Mary Henein, qui y voit un dénigrement du système judiciaire. «#JeCrois n’est pas un principe en droit et ne devrait pas l’être non plus, a-t-elle dit à CBC. Parce qu’on ne peut pas croire les gens sur la base de qui ils sont et de la nature du crime. » Si elle dit accepter que les gens expriment une telle opinion, elle déplore qu’un politicien — avocat de surcroît — fasse de même « sans avoir lu un seul mot des transcriptions ni s’être informé du dossier. C’est très décevant. […] Mais ça vous rapporte beaucoup de votes, n’est-ce pas ? »

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5 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 1 avril 2016 03 h 11

    Que des apparences

    Ne dit on pas que le passé est garant de l'avenir, est-il autre chose que des apparences, y a -t-il un seul électeur qui y croit, ne méritons-nous pas plus que ca

  • Alain Lavallée - Inscrit 1 avril 2016 07 h 19

    Pour un nouveau chef

    Au cours de la dernière année, M. Mulcair a vraiment démontré qu'il n'était pas le leader dont le NPD avait besoin.

  • Jacques Deschesnes - Inscrit 1 avril 2016 08 h 01

    Arrogance quand tu nous tiens

    M.Mulclair a perdu une partie de son électorat ( surtout dans les débats ) grâce à son arrogance alors que M.Trudeau gardait son calme. À voir les résultats des élections on voit ce que les canadiens ont choisi. La montée aux barricades n'est pas toujours payante.

    Je serais très étonné qu'il puisse changer de ton pour continuer à représenter le NPD mais en politique on peut s'attendre à tout

  • Jean-Paul Carrier - Abonné 1 avril 2016 08 h 24

    Pente négative exponentielle

    Je crois que l'eau a déjà commencé à bouillir sous le chaudron de carottes.

  • Gilles Théberge - Abonné 1 avril 2016 11 h 47

    Les sondages

    Les sondages placent le NDP à 4%...

    Toute une débarque.

    Si cela s'avère, cela sera difficile pour Mulcair de se maintenir