Trudeau délie les cordons de la bourse… mais retarde quelques milliards

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chantier du nouveau pont Champlain à Montréal. Le gouvernement de Justin Trudeau tient parole et doublera les investissements en infrastructures en dix ans.

Le gouvernement Trudeau garde le cap et mise sur d’importants financements en infrastructures pour stimuler l’économie canadienne. La promesse libérale aura toutefois été un peu trop ambitieuse, reconnaît du même coup Ottawa. Faute de pouvoir injecter tous les milliards promis en si peu de temps, l’argent arrivera… mais plus lentement.

Les libéraux tiennent parole et doubleront les investissements en infrastructures en dix ans. En ajoutant 60 milliards, au total ce sont 125 milliards qui seront dépensés au cours de la prochaine décennie. Mais plutôt que 16,95 milliards au cours des quatre prochaines années, ce sont 11,9 milliards qui seront injectés au fil des cinq années à venir. Le gouvernement de Justin Trudeau retarde ses investissements. Car on s’est rendu compte à Ottawa qu’acheminer l’argent rapidement vers les villes et les projets ciblés ne se ferait pas aussi facilement qu’espéré, a-t-on expliqué en coulisse au huis clos du budget fédéral.

« Nous tirons tous parti d’une amélioration de l’infrastructure. Les nouvelles routes et les nouveaux ponts nous permettent de nous déplacer plus rapidement. Les usines de traitement des eaux, les égouts et les conduites d’eau assurent la propreté de l’eau. Les services Internet à large bande nous relient numériquement. Les logements sociaux offrent des habitations abordables », a fait valoir le ministre des Finances Bill Morneau, en détaillant cette importante promesse électorale et présentant son tout premier budget aux Communes.

Ottawa investira bel et bien dans tous ces domaines, mais en deux phases . La première viendra moderniser et rénover des installations existantes au cours des deux prochaines années ; la seconde s’échelonnera sur les huit années suivantes et prendra le temps de miser sur des buts « plus vastes et ambitieux »,indique le document budgétaire.

D’ici cinq ans, le fédéral versera donc 11,9 milliards. Une première enveloppe de 3,4 milliards sur trois ans sera consacrée aux transports en commun ; une seconde de 5 milliards sur cinq ans sera dédiée à l’infrastructure verte ; et une troisième de 3,4 milliards sur cinq ans à l’infrastructure sociale.

La plateforme libérale prévoyait cet été 5,65 milliards sur quatre ans dans chacune de ces trois catégories. Le budget revoit ces promesses à la baisse, en retranchant 1,1 milliard en trois ans aux transports en commun, 650 millions en quatre ans aux infrastructures vertes, et 2,2 milliards en quatre ans aux infrastructures sociales.

Le ministre Morneau s’est défendu, en point de presse, en soulignant quelques autres investissements de son gouvernement qui font en sorte qu’Ottawa « a des choses qu’on peut commencer à faire aujourd’hui, et ça va améliorer notre situation de croissance à long terme ».

Les villes n’auront pas à attendre

Forçant la main des provinces qui tarderaient à envoyer leurs demandes à Ottawa, le gouvernement prévient qu’il enverra, comme annoncé en campagne électorale, les sommes non allouées au terme de l’année financière directement aux municipalités, par le biais de la taxe sur l’essence. Ce qui pourrait prendre de court le gouvernement du Québec. Mais qui ravira les villes. D’autant plus que le fédéral financera jusqu’à 50 % de la facture des projets de transports en commun — le document budgétaire citant notamment le métro de Montréal parmi les chantiers qui pourraient profiter de sous fédéraux.

Autre engagement qui pourrait concerner la métropole : un nouveau fonds pour l’eau potable et le traitement des eaux usées de 2 milliards sur quatre ans, dont les projets pourront là encore être financés par Ottawa jusqu’à hauteur de 50 %. Et auquel Montréal pourrait bien se qualifier si elle en fait la demande.

La Fédération canadienne des municipalités s’est réjouie de voir Ottawa assumer 50 % de certaines factures, et a salué des « investissements sans précédent » en infrastructures.

Cap sur le vert

Ottawa prévoit également de développer, avec ses fonds en infrastructures vertes, les véhicules électriques et les substituts de carburants. Le gouvernement Trudeau veut également aider les villes à rendre leurs infrastructures plus résistantes aux changements climatiques et à bonifier le Fonds municipal vert créé en 2000 pour financer des projets verts et réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Les fonds en infrastructures sociales recevront 500 millions sur deux ans pour la construction et la rénovation de logements abordables, de même que 200,7 millions pour faire de même pour les logements réservés aux aînés. Un autre 573,9 millions sur deux ans permettra d’améliorer l’efficacité énergétique des logements sociaux. Et 208 millions, sur cinq ans, iront à la construction de nouveaux logements locatifs abordables — jusqu’à 4000 espère Ottawa.

Le gouvernement prêtera en outre main-forte aux refuges pour victimes de violence conjugale (90 millions sur deux ans pour construire et rénover ces installations), et versera 111,8 millions sur deux ans à la lutte contre l’itinérance.

Ottawa prévoit en outre jusqu’à 3,4 milliards sur cinq ans pour ses propres infrastructures — selon les fonds disponibles, précise cependant le budget. Au menu des investissements possibles : routes et sentiers qui traversent les parcs nationaux du pays (191 millions) ; ports de petits bateaux (149 millions) ; assainissement de sites contaminés (217 millions) ; laboratoires scientifiques et d’innovation (139 millions) ; musées fédéraux et Centre national des arts d’Ottawa (281 millions) ; sécurité des infrastructures de la Défense et de la Garde côtière (232 millions) ; aéroports et traversiers (91 millions) ; et rénovation de propriétés du fédéral (2,1 milliards).



125
milliards seront investis sur 10 ans pour les infrastructures sociales, vertes et de transport en commun. Les libéraux ajoutent dans les faits 65 milliards aux sommes prévues par les conservateurs.
2
milliards sur quatre ans seront octroyés pour un nouveau fonds pour l’eau potable et le traitement des eaux usées.
2 commentaires

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  • Jacques Morissette - Inscrit 23 mars 2016 06 h 10

    Tendre au moins vers une relative équité

    C'est un retour à la civilisation du partage et à un peu plus d'équité sociale. Philosophiquement parlant, je n'aimais pas son prédécesseur qui invitait à venir s'asseoir à sa table pour jouer au poker à l'argent avec lui, même si je aime pas ça, surtout au détriment des autres.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 23 mars 2016 07 h 45

    Regarder résolument en avant, ici et ailleurs, et ne pas avoir peur

    Le remplacement des conservateurs par un gouvernement libéral aura bien servi les canadiens s'il diminue les disparités économiques entre les canadiens, rend les égouts beaucoup moins polluants, assure nos approvisionnements en eau potable, négocie enfin 'nation à nations' avec les indiens, investit massivement dans des industries vertes et très peu dans les sables bitumineux, respecte les engagements internationaux canadiens et redevient un phare moral pour l'ensemble des nations. Espérons aussi que le gouvernement fédéral sera assez fort et honnête pour éviter de favoriser la guerre, la collusion et la corruption, ici et ailleurs via plusieurs entreprises manufacturières et minières canadiennes oeuvrant à l'étranger.