Coup de barre historique pour les autochtones

Photo: Trevor Hagan La Presse canadienne Le chef de l’Assemblée des Premières Nations pour le Québec et le Labrador, Ghislain Picard

C’est du jamais vu pour les peuples autochtones. Le gouvernement Trudeau prévoit d’investir la somme ambitieuse de 8,4 milliards de dollars sur cinq ans pour revoir de fond en comble les conditions de vie des membres des Premières Nations et des Inuits.

Interpellé par le « génocide culturel » qui a frappé les autochtones, le gouvernement libéral met de l’avant ce qui semble être le plan le plus ambitieux de l’histoire canadienne pour renouveler la relation entre Ottawa et les Premières Nations. À compter des prochaines semaines, les réserves de tout le Canada se transformeront en vaste chantier dans l’espoir de mettre fin aux conditions de vie dignes du tiers-monde des autochtones.

Tout y passe : des écoles primaires et secondaires, ainsi que des garderies pour les enfants d’âge préscolaire, seront construites ou rénovées. Des cliniques seront agrandies. Des refuges pour femmes victimes de violence seront érigés. Ottawa financera aussi la construction et la rénovation de milliers de logements, la construction de gymnases et de salles de spectacle, l’aménagement de dépotoirs conformes aux normes environnementales, et branchera des réserves sur Internet à haute vitesse. L’aménagement d’usines de traitementde l’eau fait aussi partie des priorités du gouvernement.

Relation importante

« Aucune relation n’est plus importante pour moi — et pour le Canada — que celle que nous entretenons avec les Premières Nations, la nation métisse et les Inuits », avait déclaré Justin Trudeau devant l’Assemblée des Premières Nations en décembre dernier. Les libéraux affirment que les actions proposées répondent aux attentes — qui sont plus élevées que jamais.

Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations pour le Québec et le Labrador, reconnaît la volonté d’agir du gouvernement. Il reste à voir si les gestes suivront les paroles, selon lui. « On conviendra qu’Ottawa s’est engagé à investir notamment dans l’éducation, les infrastructures et les soins à l’enfance, des secteurs prioritaires après le jugement récent du Tribunal canadien des droits de la personne qui concluait à une forme de discrimination [pour les autochtones] », a réagi M. Picard en entrevue avec Le Devoir.

Sur les 8,4 milliards d’investissements annoncés mardi, 6,9 milliards sont de nouvelles initiatives des libéraux. Les sommes restantes avaient été prévues par le gouvernement Harper. Cette injection massive de fonds est encore plus ambitieuse que le défunt accord de Kelowna, mis de l’avant par le gouvernement de Paul Martin il y a une décennie, qui avait été annulé dès l’arrivée au pouvoir des conservateurs, en 2006.

Commission d’enquête

« L’ampleur sans précédent de cet investissement met en évidence l’intention du gouvernement de renouveler la relation entre le Canada et les peuples autochtones », indique le budget libéral.

Quelque 40 millions de dollars sur deux ans sont prévus pour lancer les travaux de l’Enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées — un engagement électoral de Justin Trudeau. Le budget donne aussi suite aux recommandations de la Commission de vérité et réconciliation, qui a dénoncé le « génocide culturel » subi par les autochtones forcés à l’assimilation dans les pensionnats religieux, au siècle dernier.

Pour éviter de déraciner les enfants autochtones dans des familles d’accueil situées hors des réserves, Ottawa propose une ambitieuse réforme des services à l’enfance, dotée d’un budget de 634,8 millions de dollars. De même, la construction d’écoles vise à freiner le décrochage endémique chez les autochtones : à peine 38 % des jeunes de 18 à 24 ans qui vivent dans les réserves ont un diplôme d’études secondaires, comparativement à 87 % pour les Canadiens non autochtones.

3 commentaires

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  • Yves Côté - Abonné 23 mars 2016 05 h 22

    Promesse VS actions...

    « Aucune relation n’est plus importante pour moi — et pour le Canada — que celle que nous entretenons avec les Premières Nations, la nation métisse et les Inuits »
    Pas besoin d'aller chercher très loin pour comprendre ce qui se cache derrière cette déclaration...
    L'idée du Pit est à l'augure machiavélienne de la pensée du PET, son paternel.
    L'idée selon moi est de créer par un ensemble d'annonces, et ce que je perçois déjà qui sera un soupoudrage temporaire d'argent, une fracture définitive entre les Québécois et les autres peuples pré-britanniques au Canada.
    Et le disant, pour les Nations en question, j'espère pourtant me tromper tant ses composantes individuelles et collectives ont besoin de solidarité véritable...
    La promesse annoncée est belle, je l'admets, mais comme je n'ai plus l'âge de me nourrir de naïveté, j'attendrai les actions concrètes pour porter jugement sur la sincérité des paroles en question du PM canadien.
    A l'exemple de ce que je fais pour bien d'autres annonces politiciennes avant celle-ci.
    Et cela, peu importe depuis quel côté elle nous arrive et de quel côté elle tombe...

    Merci de m'avoir lu.

  • Philippe Gélinas - Abonné 23 mars 2016 07 h 58

    Qui vivra verra

    On a vu ces dernières années (au Québec) des investissements importants pour les communautés autochtones. Cependant il faut voir à qui et à quoi ont servi ces argents... Il suffit d'aller faire un tour à Pointe Parent ou à La Romaine et autres villages la Basse Côte Nord, pour constater l'état souvent lamentable dans lequel vivent plusieurs Innus (Montagnais). Il n'est pas suffisant de donner des sous (afin de se donner bonne conscience), il faut suivre le chemin de ces fonds et s'assurer que les «gens ordinaires» des diverses communautés puissent en profiter et voir à ce que les avocats qui ont négocié avec le gouvernement et les Conseils de bandes administrent l'argent pour le bien et la dignité de leurs nations...

  • Jean-Simon Voghel Robert - Inscrit 23 mars 2016 08 h 40

    L'histoire se répète

    Les investissements promis par Ottawa ne vont pas dans le sens d'une plus grande autonomie des autochtones. J'ai l'impression qu'on investit surtout pour les rendre d'avantage dépendants d'Ottawa et aliénés de leur culture. On impose des infrastructures qui les éloignent encore plus de leur mode de vie traditionnel, on construit des écoles alors que l'éducation se vivait au sein de la communauté. Bref, on continu le travail de génocide culturel. La preuve, c'est Ottawa qui propose les réformes, et non pas les autochtones eux-mêmes.