Trudeau nomme sept nouveaux sénateurs

L’athlète olympique Chantal Petitclerc a martelé son indépendance. «Je n’ai jamais été politique ou politisée», a-t-elle indiqué au «Devoir».
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’athlète olympique Chantal Petitclerc a martelé son indépendance. «Je n’ai jamais été politique ou politisée», a-t-elle indiqué au «Devoir».

La grande réforme du Sénat de Justin Trudeau sera bientôt mise à l’épreuve. Le premier ministre a choisi ses sept premiers nouveaux sénateurs indépendants, dont les Québécois André Pratte et Chantal Petitclerc. Tous deux ont martelé leur pleine indépendance du gouvernement Trudeau, vendredi. Mais l’opposition estime néanmoins qu’au fil de leurs votes au Parlement, les recrues du premier ministre se montreront bel et bien libérales.

Les sept sénateurs qui seront bientôt officiellement nommés à la Chambre haute seront le premier test de ce Sénat 2.0 promis par Justin Trudeau. Recommandés au premier ministre par des comités consultatifs indépendants, ils seront les premiers arrivés au Sénat sous ce processus de nomination censé mettre en poste des parlementaires totalement indépendants.

L’ancien éditorialiste de La Presse André Pratte et l’athlète paralympique Chantal Petitclerc feront leur entrée à la Chambre haute avec deux Manitobains — le juge Murray Sinclair, qui a présidé la Commission de vérité et réconciliation du Canada sur l’héritage des pensionnats autochtones, et Raymonde Gagné, une universitaire franco-manitobaine qui a notamment été rectrice de l’Université de Saint-Boniface — et deux Ontariennes — Frances Lankin, ex-ministre sous le gouvernement néodémocrate de Bob Rae, et Ratna Omidvar, d’origine iranienne, qui a oeuvré dans l’aide aux immigrants. Fonctionnaire de carrière, l’Ontarien Peter Harder a en outre été nommé représentant du gouvernement au Sénat pour parrainer les projets de loi à la Chambre haute. M. Harder avait mené la transition à la suite de l’élection des libéraux l’automne dernier.

« Les nominations au Sénat que j’ai annoncées aujourd’hui [vendredi] aideront à atteindre l’objectif important de transformer le Sénat en une institution moins partisane et plus indépendante », s’est targué le premier ministre, par voie de communiqué.

Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne André Pratte se dit optimiste de voir la Chambre haute renipper son indépendance.

« Je ne suis pas libéral »

André Pratte est du même avis. Reconnaissant que le Sénat a été malmené dans l’opinion publique au fil des dernières années — scandale des dépenses de certains de ses futurs collègues, partisanerie d’autres —, M. Pratte se dit néanmoins optimiste de voir la Chambre haute renipper son indépendance. « Peut-être que le Sénat va pouvoir regagner ce rôle traditionnel [de second regard objectif] qui devait être le sien, et regagner un peu de la crédibilité qu’il a perdue. En tout cas, c’est l’espoir — peut-être un peu naïf — que j’ai », a-t-il confié au Devoir vendredi.

Car son indépendance, André Pratte y tient. « Ça a été un élément extrêmement important dans ma décision. »

Certains ont beau l’avoir qualifié de « libéral » toute sa carrière, il rejette l’association. « Je me considère comme indépendant-indépendant, pas comme libéral-indépendant. […] Je ne suis pas libéral, tranche-t-il. Les projets de loi venant du gouvernement, je vais les regarder au mérite. Quand ce sera un autre gouvernement, je vais faire la même chose. »

Le bloquiste Rhéal Fortin est toutefois sceptique. « C’est les libéraux qui placent leur monde au Sénat pour défendre leur position, a-t-il réagi. Entre vous et moi, y a-t-il quelqu’un qui pense qu’André Pratte est devenu bloquiste ou conservateur ? »

Chantal Petitclerc a cependant elle aussi martelé son indépendance. « Je n’ai jamais été politique ou politisée », a-t-elle indiqué au Devoir, en notant qu’être sénatrice n’a « jamais fait partie de [son] plan de carrière ». « J’ai toujours donné mon opinion, même quand ça ne faisait pas l’affaire de tout le monde », a-t-elle ajouté. Mme Petitclerc tient à « rester libre » de ses décisions et de ses prises de position dans ses nouvelles fonctions.

Les sénateurs québécois représentent des divisions sénatoriales, alors qu’ailleurs au pays ils représentent simplement leur province. Tout sénateur doit posséder 4000 $ de propriété dans la région représentée. Mme Petitclerc et M. Pratte n’ont pas encore choisi leur division. Ils se cherchent tous deux pour l’instant une propriété dans les régions vacantes, après quoi ils pourront être assermentés dans leurs nouvelles fonctions.

Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le juge Murray Sinclair a présidé la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Processus de nomination critiqué

Le leader conservateur au Sénat, Claude Carignan, a reconnu la « qualité » des nouveaux sénateurs, mais critiqué le processus de nomination libéral qui demeure « substantiellement semblable » puisque, au final, le premier ministre choisit ses sénateurs. « Il n’y a rien de neuf là-dedans, si ce n’est qu’on a ajouté une couche de show de boucane », a renchéri le député conservateur Gérard Deltell.

Le sénateur Carignan n’est pas surpris de voir Peter Harder nommé leader du gouvernement au Sénat, puisque « dans ce rôle-là, c’est important d’avoir la confiance du premier ministre. Cependant, on ne peut pas dire que c’est une nomination non partisane », a-t-il noté. Un reproche rejeté par le bureau du premier ministre, qui rappelle que M. Harder a été fonctionnaire 29 ans, sous-ministre 16 ans, sous plusieurs gouvernements. M. Harder et tous les sénateurs nommés vendredi ont été recommandés par les comités consultatifs et non pas choisis personnellement par M. Trudeau, a certifié son bureau.

Le Sénat compte maintenant 42 sénateurs conservateurs, 26 sénateurs indépendants d’allégeance libérale (ces sénateurs expulsés du caucus libéral par M. Trudeau en 2014), 13 sénateurs indépendants — auxquels s’ajouteront les sept nouveaux sénateurs. Le premier ministre devra encore combler 17 vacances au Sénat.

3 commentaires
  • - Inscrit 19 mars 2016 09 h 55

    Une bonne blague d'André Pratte...

    ... entendue hier à la radio.

    M. Pratte affirme que, se voyant offrir un poste de sénateur par Justin Trudeau, il s'est assuré qu'il pourrait garder sa "liberté de critiquer " les politiques du gouvernement fédéral. Une véritable "pratterie" comme dirait Antoine Robitaille.

    Comme si le pape François demandait à Jésus la liberté de critiquer le christianisme.

    • Daniel Gagnon - Abonné 21 mars 2016 05 h 53

      Comment en effet Monsieur Pratte pourrait-il critiquer si tel n'a jamais été son principe quand il était éditorialiste à La Presse?

      On ne voit pas comment ce thuriféraire inconditionnel retrouverait son esprit d'indépendance et un libre arbitre.

      On ne voit pas comment soudainement il pratiquerait une saine objectivité, avec le seul souci de favoriser l'intérêt commun.

  • Gilles Théberge - Abonné 19 mars 2016 17 h 32

    C'est intéressant!

    Regardez bien ce qu'elle dit : « Je n’ai jamais été politique ou politisée », a-t-elle indiqué au Devoir, en notant qu’être sénatrice n’a « jamais fait partie de [son] plan de carrière ».

    Bon elle n'est pas politisée!

    Alors qu'est qu'elle s'en va faire au Sénat...?