Boisvenu évite la police, mais reste indépendant

Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu

Le sénateur québécois Pierre-Hugues Boisvenu s’évite peut-être des accusations criminelles dans le dossier de ses dépenses injustifiées, mais il n’est pas certain de réintégrer les rangs conservateurs pour autant. Celui qui siège désormais comme indépendant entend plutôt regarder comment évoluent les initiatives de réforme avant de prendre une décision sur son avenir.

Pierre-Hugues Boisvenu, très connu pour son combat contre la justice trop clémente, s’est retiré du caucus conservateur en juin dernier après avoir appris que son dossier était transféré à la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Dans la foulée du scandale des dépenses injustifiées de Mike Duffy et consorts, le vérificateur général du Canada s’était penché sur les dépenses des sénateurs et avait trouvé des problèmes dans les réclamations de trente d’entre eux. Le vérificateur Michael Ferguson avait recommandé que neuf dossiers soient transférés à la GRC. M. Boisvenu était du lot.

Or, il appert que la GRC a décidé de ne pas déposer d’accusation contre lui. M. Boisvenu savait depuis plusieurs mois déjà qu’il n’était plus dans la mire de la police, mais n’a reçu sa lettre officielle qu’il y a un mois. « Il est très heureux »,indique l’adjoint du sénateur, Daniel Couture.

Le sénateur n’exprime pas pour autant un ardent désir de retourner au caucus conservateur, selon M. Couture. « C’est au choix du sénateur de retourner au caucus conservateur ou dans tout autre caucus. Il prend vraiment son temps. Il y a beaucoup de mouvement au Sénat présentement, beaucoup de choses qui bougent, et le sénateur regarde toutes les possibilités. »

M. Couture rappelle que le sénateur « s’était retiré de lui-même en attendant que tout ceci se tasse, mais la réalité a tellement changé depuis un an, avec le nouveau gouvernement au pouvoir et le mouvement énorme de sénateurs qu’on voit ces temps-ci. Il y a de nouvelles options qu’il n’y avait pas l’année passée. Va-t-il rejoindre un caucus ? On attend de voir ce qui va se passer avec les prochains sénateurs libéraux indépendants [que doit nommer Justin Trudeau]. »

Caucus d’indépendants

Au cours des derniers jours, quatre sénateurs conservateurs ont quitté leur caucus, dont trois Québécois : Jacques Demers, Diane Bellemare, Michel Rivard et John Wallace. Avec une ancienne libérale et une indépendante de longue date, ces nouveaux électrons libres se sont regroupés. Ils aspirent à créer une sorte de caucus d’indépendants s’inspirant des « crossbenchers » de Grande-Bretagne. Ce caucus permet à des lords indépendants — autrement dépourvus des ressources allouées aux groupes affiliés à des partis politiques — d’obtenir des ressources supplémentaires et de les mettre en commun. Ils se partagent la tâche d’étudier les projets de loi de manière neutre. Chacun vote comme bon lui semble.

Le premier ministre Justin Trudeau a refusé mercredi de voir dans l’absence d’accusations criminelles la preuve que l’audit du vérificateur général sur le Sénat avait été inutile. « Les nombreuses enquêtes ainsi que les enjeux et les préoccupations qu’elles ont mises en lumière nous ont remis, selon moi, sur la bonne voie. »

La GRC avait décidé de se pencher quand même sur le cas des trente sénateurs ciblés par le vérificateur général et pas seulement les neuf lui ayant été transférés. Selon le Globe and Mail,vingt-quatre ont reçu une lettre comme celle de M. Boisvenu.

Le Sénat réclame 61 076 $ à M. Boisvenu. Selon le vérificateur général, il a touché des indemnités de logement pour sa résidence familiale de Sherbrooke alors qu’il était en instance de séparation et n’y habitait plus. Il a aussi facturé près de 40 000 $ en déplacements effectués pour son association pour les victimes d’actes criminels ou pour vendre son livre.

L’absence d’accusation criminelle ne signifie pas pour autant que les sénateurs sont exonérés. Ils doivent encore rembourser au Sénat les sommes touchées injustement, soit un peu moins d’un million de dollars. Jusqu’à présent, neuf sénateurs ont remboursé en totalité les sommes reprochées et douze autres les ont remboursées en partie. M. Boisvenu a remboursé 908 $. Au total, 141 000 $ ont été récupérés.

Le Sénat a mis en place un mécanisme de contestation des sommes réclamées. Le juge à la retraite Ian Binnie, qui fait office d’arbitre dans cette affaire, rendra ses conclusions publiques lundi.

Avec Marie Vastel

5 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 17 mars 2016 09 h 23

    Une conscience d'apparence élastique

    Selon le vérificateur général, Monsieur Boisvenu a empoché des indemnités pour sa résidence familiale de Sherbrooke tout en n’y habitant plus et près de 40 000 $ en déplacements promotionnels pour son association pour les victimes d’actes criminels ou pour vendre son livre.

    Cela ne dore pas son blason d'homme intègre et laisse un goût amère sur l'éthique de ses actions.

    Notons pour sa défense qu'il a quand même remboursé 908 dollars sur 61076 réclamés.
    C'est un bon début...

    Le remboursement va prendre quelques siècles.

  • Gilles Théberge - Abonné 17 mars 2016 09 h 53

    À quoi ça rime?

    Un caucus Conservateur, un caucus Liberal.

    Le Sénateur pour autant qu'on soit "pogné" avec un Sénat, ne devraient-ils pas étudier les projets de loi objectivement?

    À quoi ça rime une affiliation politique dans un Sénat?

  • - Inscrit 17 mars 2016 10 h 15

    L'arroseur arrosé

    M. Boisvenu s'est toujours signalé comme un donneur de leçons, une autorité morale. Il devrait rester avec les siens, les conservateurs.

    Pour un pisse-vinaigre professionnel, c'est amusant de constater qu'il s'est lui-même arrosé !

  • Claude Richard - Abonné 17 mars 2016 11 h 26

    Le Moyen Âge au 21e siècle

    Monsieur Boisvenu devrait considérer une autre option que celle de rester sénateur indépendant ou de rejoindre les conservateurs, soit celle de démissionner tout simplement. Évidemment, cela ne lui faciliterait pas la tâche de rembourser son dû, mais s'il a une once d'esprit démocratique, il devrait se retirer de cette institution archaïque qu'est ce sénat non élu. Quant à Justin Trudeau, il peut bien se pavaner à Washington et jouer au progressiste, mais tant qu'il n'aura pas fait l'effort de supprimer cette chambre moyen-âgeuse et de mettre fin à la monarchie, il porte de faux habits.

  • Alain Massicotte - Inscrit 17 mars 2016 21 h 05

    Boisvenuévite la police, mais reste indépendant

    C'est à Hurler d'injustice que cet individu voleur menteur et fraudeur ait le culot de demeurer au Sénat, il n'a pas été accusé ce défenseur de la Loi et l'ordre mais in n'en demeure pas moins qu'il à dépensé des milliers de $ pour faire la promotion de son livre et continuait de réclamer des frais d'habitation dans un lieu où il ne demeurait même plus,depuis plusieures semaines. C'est vraiement une injustice qui me fait hurler de désespoir envers la classe politique envers laquelle je suis de plus en plus cinique. Alain Massicotte