Le leadership de Mulcair mis en doute

Le chef du NPD, Thomas Mulcair, n’a pas commenté les appels à son départ, mardi.
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne Le chef du NPD, Thomas Mulcair, n’a pas commenté les appels à son départ, mardi.

Alors que des militants québécois et torontois demandent le départ de Thomas Mulcair de la tête du NPD, des députés — actuels ou anciens — hésitent à se porter à sa défense. Leur chef doit encore les convaincre qu’il est le mieux à même d’infléchir la direction du parti. Pour sa part, une ex-chef néodémocrate voit en lui un leader de transition.

L’ancien député ontarien Joe Comartin fait partie de ceux qui se questionnent sur l’avenir de M. Mulcair. Il raconte que les militants de sa région de Windsor ne débattent pas tant de la nécessité de changer les politiques du parti que de savoir si « c’est M. Mulcair qui va le faire ou s’il faut avoir un autre leader ». « Je ne vais pas au congrès, mais je suis peut-être d’accord qu’il faut décider si c’est M. Mulcair qui va nous donner le leadership dont on a besoin pour faire la lutte aux deux autres partis », explique-t-il au Devoir.

Joe Comartin a siégé 15 ans à la Chambre des communes. Il ne s’est pas représenté en 2015. Il prédit néanmoins que M. Mulcair obtiendra un appui suffisant pour rester en poste lors du congrès d’Edmonton, le mois prochain. « La plupart des délégués vont décider d’appuyer M. Mulcair parce que c’est l’histoire de notre parti de ne pas changer nos leaders. »

Ses propos trouvent écho auprès de Dennis Bevington, qui a perdu son siège de député des Territoires du Nord-Ouest. Selon lui, le NPD doit se repenser pour constituer une véritable option sociale-démocrate. M. Mulcair est-il la bonne personne pour mener cette réflexion ? « C’est la question à 100 000 , dit-il au téléphone. Il veut entendre ce que le chef a à dire à ce sujet avant de décider de l’appuyer ou non. « Il doit exposer sa vision et je pense que son sort au congrès va se jouer là-dessus. […] J’ai l’impression qu’il ne l’a pas suffisamment exposée jusqu’à présent. »

L’ambivalence envers M. Mulcair a été exposée au grand jour mardi quand la députée Niki Ashton, qui participait à une conférence de presse, a été incapable de dire qu’elle appuyait son chef bien qu’elle se soit fait poser directement la question à huit reprises.

« J’appuie certainement notre équipe et le travail que nous faisons au Parlement. » La députée a préféré parler de la nécessité d’avoir un débat d’idées. « Le débat d’idées est vital et j’espère qu’on ne le réduira pas à une affaire de personnalité ou à une seule personne. » Mme Ashton s’était présentée dans la course à la chefferie de 2012 ayant couronné Thomas Mulcair.

Le bon chef… pour l’instant

Pour sa part, Alexa McDonough, qui a dirigé le NPD de 1995 à 2002, estime que M. Mulcair devrait rester en poste « pour l’instant ». « Je préférerais le voir continuer au moins pour la prochaine année. Et s’il veut continuer et qu’il performe bien, cela laisse cette option ouverte. […] Cela donnerait du temps au parti pour se rajeunir. »

Elle estime que M. Mulcair fait un très bon travail comme parlementaire. Devrait-il diriger les troupes lors de la prochaine élection, alors ? « Ça me semble très prématuré de prendre une telle décision maintenant. » Elle dit voir le vote de confiance d’avril comme un enjeu séparé de la direction à long terme du parti : M. Mulcair pourrait rester encore un peu pour mener à bien le ménage postélectoral qui s’impose, puis céder sa place à quelqu’un d’autre. D’ailleurs, la Constitution du NPD prévoit qu’un autre vote de confiance devra avoir lieu au congrès bisannuel suivant, prévu en 2018.

Mme McDonough est déjà passée par là. En 2001, un an après l’élection générale au cours de laquelle son parti avait perdu 6 de ses 19 députés, son leadership avait été contesté. Mme McDonough avait écrasé son adversaire en obtenant 84 % des appuis. Six mois plus tard, pourtant, elle annonçait sa démission en tant que chef.

M. Mulcair n’a pas commenté les appels à son départ, mardi. Il a seulement rappelé avoir eu des « conversations » avec les militants et avoir hâte « d’y donner suite ».

3 commentaires
  • Maryse Veilleux - Abonnée 16 mars 2016 06 h 49

    Une chose à respecter

    Ne réglez pas vos comptes sur la place publique, peu importe les tensions internes.

  • Bernard McCann - Abonné 16 mars 2016 08 h 49

    M. Mulcair doit rester et assurer une solide transition

    Je pense qu'il y a un consensus chez les néodémocrates à l'effet de se présenter comme un parti progressiste et social-démocrate. Mais, le parti doit avant tout consolider ses assises tant au Québec que dans le ROC et seul Thomas Mulcair peut mener à bien pour l'instant les destinées du NPD en chambre comme à l'intérieur du parti. Son bilinguisme et son origine québécoise confèrent au NPD beaucoup de crédibilité au Québec, ce qui ne serait sans doute pas le cas avec un chef trouvé à la hâte.
    Je pense qu'il y a une certaine naiveté chez les militants qui s'opposent à M. Mulcair, et plutôt que de chercher un coupable, ils pourraient peut-être analyser comment les libéraux ont mené leur campagne (magistrale) et en tiré des leçons.

  • Bernard McCann - Abonné 16 mars 2016 08 h 49

    M. Mulcair doit rester et assurer une solide transition

    Je pense qu'il y a un consensus chez les néodémocrates à l'effet de se présenter comme un parti progressiste et social-démocrate. Mais, le parti doit avant tout consolider ses assises tant au Québec que dans le ROC et seul Thomas Mulcair peut mener à bien pour l'instant les destinées du NPD en chambre comme à l'intérieur du parti. Son bilinguisme et son origine québécoise confèrent au NPD beaucoup de crédibilité au Québec, ce qui ne serait sans doute pas le cas avec un chef trouvé à la hâte.
    Je pense qu'il y a une certaine naiveté chez les militants qui s'opposent à M. Mulcair, et plutôt que de chercher un coupable, ils pourraient peut-être analyser comment les libéraux ont mené leur campagne (magistrale) et en tiré des leçons.