Cauchon quitte la politique pour mieux y revenir

Le jeu de la chaise musicale à Outremont se confirme. Hier, le député Martin Cauchon a annoncé qu'il ne sollicitera pas un nouveau mandat. Demain, l'ex-animateur de CKAC et de TQS Jean Lapierre a prévu de rendre officielle sa rentrée politique.

Niant avoir été poussé vers la sortie, l'ex-ministre libéral Martin Cauchon a confirmé hier qu'il quitte momentanément la politique. D'ici à ce qu'il revienne à sa passion, M. Cauchon exercera le droit au cabinet Gowling, Lafleur, Henderson, a appris Le Devoir.

Mais son travail d'avocat ne l'occupera qu'à mi-temps, laissant bien des portes ouvertes pour ses temps libres. «Je ne dis pas adieu à la politique. [...] Je suis suffisamment passionné pour avoir le goût de revenir», a lancé un Martin Cauchon qui se dit serein.

S'il s'est refusé à toute critique à l'endroit de l'équipe de Paul Martin, à qui il souhaite bonne chance, il a précisé que son départ était sa seule décision. Il a toutefois reconnu ne pas s'être fait d'illusions avec le changement à la tête du Parti libéral, lui qui a été évincé du cabinet Martin en décembre dernier. «Je voyais venir la locomotive depuis un an», a-t-il dit.

Celui qui a fait partie de la relève dans l'équipe de Jean Chrétien (secrétaire d'État puis ministre du Revenu national pour ensuite hériter de la Justice) demeurera député d'Outremont jusqu'aux prochaines élections fédérales. Son équipe de bénévoles, dont il a salué le dévouement depuis sa première élection en 1993, est prête à accueillir le candidat-vedette Jean Lapierre, a-t-il assuré. «C'est une personne d'envergure», a ajouté M. Cauchon.

La présidente de l'association locale, Adrienne Lafortune, s'est dite attristée du départ de Martin Cauchon mais a confirmé du même souffle que M. Lapierre sera le bienvenu.

Ce dernier, qui a annoncé son départ comme animateur de radio et de télévision lundi, a téléphoné à M. Cauchon samedi dernier pour discuter de son avenir. Jean Lapierre a prévu annoncer officiellement son retour en politique, dans la circonscription d'Outremont, demain.

C'est également à ce moment que le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, commentera officiellement le nouveau changement de cap politique de M. Lapierre. Hier, M. Duceppe a toutefois laissé entendre que le départ de M. Lapierre du Bloc, qu'il a fondé aux côtés de Lucien Bouchard, faisait suite à un incident. «Je vous rappellerai que Jean Lapierre a quitté en 1992. Et je vous dirai pourquoi jeudi, et comment ça s'est fait. [...] J'avais des témoins», s'est borné à dire le chef bloquiste.

À l'inverse, les libéraux se sont montrés enthousiastes devant l'arrivée prochaine de Jean Lapierre, malgré son passage du PLC au Bloc québécois. Élu une première fois en 1979, Jean Lapierre a claqué la porte du PLC en 1990 avant de se joindre au Bloc.

Le ministre de la Santé, Pierre Pettigrew, qui voit en Jean Lapierre une recrue importante, ne s'embarrasse guère de ses amitiés souverainistes. «Je pense surtout que ça va nous aider à aller chercher une certaine clientèle au Québec qui nous intéresse énormément. Le fait qu'il ait été un des membres fondateurs du Bloc démontre justement à quel point le PLC est capable d'aller chercher des gens qui sont capables de rejoindre des Québécois de toutes les couches de la société, des Québécois aux tendances plus nationalistes. Paul Martin veut incarner un nouveau ton. Nous voulons mettre sur pied un nouveau partenariat à l'intérieur du Canada», a commenté le ministre Pettigrew.

Sa collègue du Développement social, Liza Frulla, a abondé dans ce sens. Elle a d'abord souligné que M. Lapierre avait toujours été un fidèle de Paul Martin depuis la campagne au leadership de 1990.

«Juste le fait de dire "je reviens avec Paul Martin", je pense que ça prouve aussi que nous sommes sérieux quand on parle d'un climat de collaboration avec les provinces et qu'on tourne la page», a expliqué Mme Frulla.

Avec la collaboration de Manon Cornellier