Des Québécois veulent un NPD renouvelé

Dans les coulisses, si on ne sent pas de fort mouvement de mobilisation pour déloger Thomas Mulcair, on ne sent pas de grand enthousiasme non plus pour le conserver en poste.
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne Dans les coulisses, si on ne sent pas de fort mouvement de mobilisation pour déloger Thomas Mulcair, on ne sent pas de grand enthousiasme non plus pour le conserver en poste.

La survie de Thomas Mulcair à la tête du NPD est loin d’être assurée. Un groupe de trente-sept militants québécois — dont trois députés défaits cet automne — pense qu’un renouveau du NPD est nécessaire. Si certains signataires sont encore prêts à donner une chance au chef actuel, d’autres croient que l’élu d’Outremont doit partir.

Dans une lettre ouverte au Devoir publiée en page A 9 les militants, ex-élus et membres d’associations de circonscriptions se dissocient du programme qu’a défendu le NPD lors de la campagne de 2015. « À titre de membres du NPD, nous ne reconnaissons plus notre propre parti. […] La dernière campagne électorale a été en deçà des grandes aspirations néodémocrates. Nous sommes troublés de voir que le parti a oublié sa raison d’être et les valeurs qu’il a toujours incarnées. En tant que membres, nous ne nous sentions pas représentés par la plateforme électorale que nous devions défendre. »

Les signataires demandent que le NPD « rebâtisse sur ses valeurs fondatrices. Pour y arriver, nous devons renouveler le parti, pour le rendre plus progressif, plus démocratique, plus transparent et plus à l’écoute de ses membres ».

Quel type de changement ?

Quelle forme prendra ce changement ? En entrevue avec Le Devoir, un des instigateurs de la lettre affirme qu’il passera par le départ de Thomas Mulcair. « Pour nous, ça laisse entendre très clairement qu’on veut changer de chef, sans le dire. […] Rien ne changera si le chef demeure », confie cette source, membre du NPD depuis plusieurs années qui préfère garder l’anonymat à cause de son travail.

D’autres se montrent plus nuancés. L’ex-député de Vaudreuil-Soulanges Jamie Nicholls, qui signe la lettre, estime que le parti et le leadership doivent se renouveler. « Les deux sont liés, ce n’est pas des choses séparées. […] Si Thomas Mulcair veut être l’agent de renouveau, c’est à lui de décider », dit-il au téléphone. Mais « par respect pour le membership », il préfère s’abstenir de leur dicter le sort qu’ils devraient réserver au chef lors du congrès du parti à Edmonton, mi-avril, où Thomas Mulcair devra faire face à un vote de confiance. Depuis sa défaite, M. Nicholls a consulté plusieurs militants. Le constat est unanime : « les membres sont frustrés de la façon de faire du parti ». Le « dialogue était unidirectionnel », les membres ne pouvaient pas communiquer avec le NPD.

À cet égard, l’ex-députée de Portneuf — Jacques-Cartier, Élaine Michaud, donne l’exemple du pipeline Énergie Est. « C’était dans ma circonscription où on prévoit faire passer l’oléoduc sous le fleuve Saint-Laurent, ce qui est une source de préoccupation majeure […]. Et malgré plusieurs interventions auprès du parti, on n’a pas été capables de prendre une position claire qui reflétait ces inquiétudes-là. »

Mme Michaud se dit par ailleurs « encore en réflexion » sur le leadership du chef. « J’ai beaucoup de préoccupations », dit-elle, tout en reconnaissant que changer de chef n’est « pas une panacée ». « Je me demande quelle est la meilleure façon d’avoir ce renouvellement. » Elle ajoute que l’absence de candidat de remplacement évident pèse dans la balance.

L’ancienne députée de LaSalle-Émard Hélène LeBlanc a aussi signé la lettre. Elle n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue.

Un soutien poli

Dans les coulisses, si on ne sent pas de fort mouvement de mobilisation pour déloger Thomas Mulcair, on ne sent pas de grand enthousiasme non plus pour le conserver en poste. La famille néodémocrate est plutôt dans une sorte de flottement. « C’est un gros “ouin”», illustre un militant. « Il y a une espèce de “c’est ça qui est ça, et on verra plus tard”», relate une autre source bien informée.

Pour sa part, l’ancienne élue Rosane Doré-Lefebvre croit que M. Mulcair est l’homme de la situation « pour la prochaine campagne électorale, mais je n’ai aucune idée de ce qui va se passer [au congrès] ».

De l’avis d’une de nos sources, une victoire le mois prochain ne garantit pas pour autant que M. Mulcair sera en poste à l’élection de 2019. « Les délégués qui vont appuyer Thomas Mulcair à Edmonton, ça va être un peu en absence d’alternative, et pour garder une certaine stabilité pour un certain temps. » Personne ne fait campagne pour le remplacer, mais rien n’empêche qu’ils le fassent d’ici 12 à 18 mois. Le NPD tiendra en outre un nouveau vote de confiance en 2018.

À chaque congrès, les membres votent sur la pertinence de tenir ou non une course à la chefferie. Selon la constitution du parti, une majorité simple suffit. M. Mulcair a refusé de dire quel niveau d’appui il désire obtenir pour asseoir sa légitimité. La présidente du parti, Rebecca Blaikie, a parlé de 70 %.

Départ réclamé

La lettre québécoise s’ajoute à une initiative du « caucus socialiste du NPD », un groupe de quelques centaines de militants qui tiendra une conférence de presse ce mardi à Toronto pour demander le départ de Thomas Mulcair et son entourage. « Il faut que la plateforme électorale reflète plus ce que les membres du parti décident lors des congrès et pas seulement ce que le chef décide de scribouiller à l’arrière d’une enveloppe », plaide en entrevue Barry Weisleder, le leader du groupe. C’est ce qui est arrivé à l’élection de 2015, selon lui. « Le chef et son entourage ont développé une campagne en s’appuyant sur les sondages plutôt que sur les orientations politiques adoptées aux congrès. » Plusieurs personnes au NPD estiment que le groupe de M. Weisleder ne représente que très peu d’individus sans influence.

5 commentaires
  • Robert Bernier - Abonné 15 mars 2016 09 h 27

    Une erreur sur le fond

    Au NPD, on semble vouloir se faire croire qu'il aurait fallu, aux dernières élections, promettre des "déficits modestes", comme un certain Trudeau l'a fait. La campagne se serait arrêtée ce jour-là. Les autres partis auraient immédiatement rappelé le Bob Rae de l'Ontario et le NPD n'aurait peut-être qu'une dizaine de députés aujourd'hui. C'est le même genre d'erreur sur le fond que celle qui fait croire, au PQ, qu'on perd les élections parce qu'on n'a pas encore assez parlé de souveraineté.

    Mulcair a fait opérer au NPD le déplacement stratégique qu'il lui fallait réaliser s'il veut jamais avoir une chance de prendre le pouvoir et de mettre en oeuvre son programme: garderies, salaire minimum à 15$, c'est tout de même au moins un peu progressiste, non?

    C'est ce qu'avait bien compris le PLC. C'est pourquoi celui-ci, sachant qu'il pouvait lui-même se trouver devant l'heure de vérité, a tout tenté, jusqu'à promettre des "déficits modestes", ce qu'on lui a pardonné mais qu'on n'aurait jamais pardonné au NPD. Ouvrez-vous les yeux un peu. Ce qui s'est passé durant celle élection demeure du domaine du mystère: le beau jeune premier semblait être en teflon, et ça semble vouloir continuer, et même à l'internationale, faut le faire.

    Ce qu'il faut, c'est que le NPD conserve MUlcair et qu'il talonne quotidiennement le parti au pouvoir. On verra bien si la bulle se dégonflera. Mais ce qu'il ne faut surtout pas, c'est commettre une erreur de fond qui confinerait à jamais le NPD aux oubliettes.

    Robert Bernier
    Mirabel

    • Sylvain Auclair - Abonné 15 mars 2016 10 h 08

      Des garderies... si les provinces embarquent...
      Salaire minimum... pour les emplois relevant du fédéral.

      Il faudra un jour que les partis fédéraux se rendent compte des limites des champs fédéraux de juridiction.

  • Robert Boucher - Abonné 15 mars 2016 10 h 52

    Il me semble que le NPD ne peut pas honnêtement se renouveler sans...

    ... admettre que '' l'affaire du niqab '', et la position du parti sur la question de la laïcité en particulier, ont été des éléments des plus déterminants dans le recul de intentions de votes des canadiens et des québécois en particulier. Un changement de chef permettrait peut-être d'arrêter ce déni.
    Robert Boucher Saguenay

    • Sylvain Lavoie - Abonné 15 mars 2016 15 h 27

      Ce que les contestataires incarnent dans le fonds et tout ce qui peut sortir de ce parti c'est encore plus de Niqab et encore moins de laïcité...Pas sûr qu'un chef sorti de leurs rangs contribuerait significativement à faire le plein de vote, je serais plutôt enclin à croire le contraire...De toute façons, Justin s'est déjà approprié la marque de commerce "Diversité" alors, à part promettre des mesures empiétant dans les champs de compétences des provinces, santé et éducation, je ne vois pas trop comment le NPD peut se positionner à la gauche du PLC à Justin.

  • Tristan Roy - Abonné 15 mars 2016 23 h 28

    Le pouvoir

    En fait, les militants du NPD n'ont jamais été à l'aise avec le repositionnement du parti pour viser le pouvoir. Les néo-démocrates ont une culture d'opposition et de revendication. Et ils veulent y retourner.