Une bonne entente, mais des accords minces

Le premier ministre Trudeau et le président Obama ont annoncé que les États-Unis et le Canada réduiront les émissions de méthane du secteur pétrolier et gazier de 40% à 45% par rapport aux niveaux de 2012, d’ici 2025.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le premier ministre Trudeau et le président Obama ont annoncé que les États-Unis et le Canada réduiront les émissions de méthane du secteur pétrolier et gazier de 40% à 45% par rapport aux niveaux de 2012, d’ici 2025.

Les deux hommes s’appelaient par leur prénom, saluaient le travail de l’autre, ses qualités et son « intellect », et se taquinaient quant à savoir qui, du Canada ou des États-Unis, est le vrai champion du hockey. Barack Obama et Justin Trudeau exhibaient le parfait bonheur sur la pelouse de la Maison-Blanche. Mais outre cette étroite connivence, les deux hommes avaient peu à offrir à l’issue de leur rencontre jeudi.

Scène internationale, lutte contre le terrorisme, sécurité à la frontière, environnement, bois d’oeuvre ; les enjeux traditionnels ont tous été abordés par le président américain et le premier ministre canadien. Mais les deux hommes n’avaient que de petites annonces à dévoiler. Pour le reste, Barack Obama et Justin Trudeau ont surtout martelé la « relation extraordinaire » et la bonne entente qui unissent les deux pays et leurs hommes d’État.

Photo: Associated Press Salut du balcon de la Maison-Blanche

Car ce partenariat, il ne « faut pas le tenir pour acquis », a noté le président américain sans pour autant taper ouvertement sur son homologue précédent, Stephen Harper — avec qui les relations s’étaient détériorées avec le rejet du projet de pipeline Keystone XL. Cette relation doit être entretenue, et Ottawa et Washington doivent voir venir, ensemble, les grands enjeux qui pointent à l’horizon. « Il est essentiel pour nous de travailler ensemble, parce que plus nous sommes en harmonie, plus nous pouvons façonner la ligne d’action internationale afin de répondre à ces défis. Les changements climatiques en sont un exemple », a fait valoir le président.

Méthane

Et c’est justement l’un des éléments d’entente dévoilés jeudi à Washington : les États-Unis et le Canada réduiront les émissions de méthane du secteur pétrolier et gazier de 40 % à 45 % par rapport aux niveaux de 2012, d’ici 2025. Ottawa imposera une réglementation nationale, en collaboration avec les provinces, d’ici le début de 2017. Les deux pays plancheront également sur des mesures de réduction d’hydrofluorocarbures — un autre gaz à effet de serre très puissant —, et poursuivront leurs pourparlers pour établir des normes de réduction de GES pour les véhicules routiers lourds et le secteur de l’aviation internationale. Ils ont en outre confirmé leur objectif de protéger 17 % des terres et 10 % des zones marines de l’Arctique d’ici 2020.

Des engagements qui, si modestes soient-ils, témoignent du fait que MM. Obama et Trudeau sont d’idéologies communes et « s’entendent bien ». « Je ne dirais pas que c’est juste le résultat de l’amitié, mais ça compte beaucoup », analyse l’ancien ambassadeur aux États-Unis Raymond Chrétien, aujourd’hui chez Fasken Martineau. « Sans le climat de confiance, l’amitié, rien ne se passe, ou pas grand-chose. » C’est cette bonne entente qui avait été « absolument primordiale » à la conclusion de l’Accord sur les pluies acides par Brian Mulroney et Ronald Reagan, en 1991 — bien que cette entente était beaucoup plus compliquée que celle de jeudi.

Car l’Alberta — province la plus touchée par une telle mesure — s’était déjà engagée à réduire les émissions de méthane, rappelle Steven Guilbeault d’Équiterre. C’est néanmoins un engagement « significatif », car il s’agit d’un GES 30 fois plus puissant que le CO2. « D’un point de vue de lutte contre les changements climatiques, s’attaquer au méthane, c’est très important. » S’ajoute à cela la symbolique de voir une rencontre canado-américaine porter en grande partie sur le climat, note M. Guilbeault.

Reste que MM. Obama et Trudeau — l’un cherchant à laisser sa marque, l’autre à l’imposer — auraient pu tenter des initiatives plus ambitieuses ou étonnantes, selon Charles-Philippe David. « Il y a beaucoup de voeux pieux et de bonnes intentions là-dedans, note le président de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand. Au-delà de la symbolique […], ce sont des platitudes. »

Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Justin Trudeau et Barack Obama dans le bureau ovale.
  

Des voyages plus rapides

Autre petite annonce et bonne nouvelle selon M. David : Ottawa et Washington élargiront le prédédouanement aux aéroports Jean-Lesage à Québec et Billy Bishop à Toronto, et aux gares de Montréal et Vancouver. Une « belle réussite » qui facilitera les déplacements de milliers de Québécois, s’est réjoui Raymond Chrétien.

La nouvelle a d’ailleurs ravi les milieux d’affaires à Québec (qui la réclamaient depuis dix ans), le président de la Chambre de commerce Alain Aubut la qualifiant de « jalon historique ». L’aéroport a accueilli près de 1,6 million de passagers l’an dernier.

Ottawa et Washington prévoient aussi d’accroître l’échange de renseignements sur leurs listes d’interdiction de vol, et compléter le système conjoint qui leur permet d’enregistrer les entrées et sorties de voyageurs aux frontières des deux pays.

Barack Obama et Justin Trudeau ont par ailleurs causé du dossier du bois d’oeuvre, dont l’entente est périmée depuis octobre. L’enjeu a été abordé. Mais pas réglé.

« On continue de travailler là-dessus et je suis convaincu qu’on est sur la bonne voie pour trouver une solution dans les semaines et les mois à venir », a commenté le premier ministre Justin Trudeau. Les ministres responsables des deux côtés de la frontière étudieront les sorties de crise possibles et déposeront un rapport d’ici 100 jours.

« On n’avait pas besoin d’une rencontre en soi pour nous annoncer tout ce qu’on nous a annoncé, a réagi Charles-Philippe David. Mais la rencontre fait du bien, parce que ça efface les difficultés de chimie entre le président et le premier ministre depuis dix ans. Ça, c’est une bonne nouvelle. »

Obama viendra à Ottawa

Justin Trudeau rendra la pareille à son homologue américain. Le président Barack Obama voyagera à son tour au Canada, en juin, pour participer au sommet des « trois amigos » avec le président du Mexique, Enrique Peña Nieto. M. Obama profitera de son passage pour s’adresser au Parlement canadien à Ottawa. L’invitation à prononcer un discours aux Communes est assez rare. Treize chefs d’État ont eu cet honneur, depuis vingt ans, dont l’ancien président américain Bill Clinton en 1995. Il a été suivi notamment de ses homologues sud-africain (Nelson Mandela, en 1998), britanniques (Tony Blair en 2001, David Cameron en 2011), australien et afghan (John Howard et Hamid Karzai, en 2006) et français et ukrainien (François Hollande et Petro Porochenko, en 2014).
7 commentaires
  • Jacques Lamarche - Inscrit 11 mars 2016 06 h 52

    Opération charme qui occulte les dures réalités!

    Quand le cosmétique tient lieu de politique!

    Toutefois, la foi ¨féministe¨ affichée ouvertement par Justin Trudeau doit être à gros traits soulignée! Cette déclaration paraît moins le produit d'un calcul politique que le fruit d'une conviction profonde et jette par terre l'argumentaire de notre gouvernement qui se défend d'être du mouvement féministe un partisan et un militant.

    Cette prise de position du PM canadien aurait dû mériter plus d'attention médiatique que celles récitées lors de ce cirque à la Maison Blanche!

  • Guy Lafond - Inscrit 11 mars 2016 07 h 04

    Fasten Martineau


    L'ancien ambassadeur aux États-Unis travaille chez Fasten Martineau, là où l'excellence est reconnue, semble-t-il: http://www.fasken.com/fr/home/

    (Un Québécois à pied et à pied d'oeuvre à Ottawa)

  • Colette Pagé - Inscrite 11 mars 2016 08 h 30

    N'est-il pas malheureux que cette bonne entente et ses relations cordiales devront être à nouveau recommencer avec un nouveau Président. Il est à espérer que ce Président ne soit pas dévolu à un grossier personnage narcissique.

    Un si grand pays qui pourrait accoucher d'un narcissique fini qui déteste les femmes, les pauvres, les noires et les latinos et qui préférent ériger des murs que bâtir des ponts.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 11 mars 2016 08 h 31

    Yes we can...

    Ce Justin Trudeau est surprenant...Il a de quoi de plus humain que bien des politiciens québécois qui rafraîchit et le coeur et l'âme...Je crois que sa «coquille vide» est plus pleine que l'on pense...Parfois il ne faut qu'un individu à l'esprit positif et à la bonne volonté bien affichée pour changer le cours des choses...La politique n'est pas qu'une affaire de rapport de force, mais avant tout une affaire d'amour...Justin est un amant et cela paraît...Je ne suis pas fédéraliste, mais s'il continue comme ça il se pourrait qu'il contribue à me faire changer d'idée...Il a une façon de faire de la politique qui est rafraîchissante...Lâche pas, mon Justin, on gagne à mieux te connaître...Yes, we can...

    • Daniel Bérubé - Abonné 11 mars 2016 20 h 23

      Entièrement d'accord avec vous, même au niveau choix politique !

  • François Dugal - Inscrit 11 mars 2016 08 h 34

    Les poseurs

    Deux poseurs, cela fait de bonnes photos.