Les élus approuvent la nouvelle orientation contre le groupe EI

Le gouvernement Trudeau a annoncé le mois dernier qu’il triplerait le nombre de soldats qui entraîneront les forces de sécurité en Irak. 
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le gouvernement Trudeau a annoncé le mois dernier qu’il triplerait le nombre de soldats qui entraîneront les forces de sécurité en Irak. 

Alors que le gouvernement persiste à dire que sa mission contre le groupe armé État islamique n’en est pas une de combat, le chef d’état-major de la Défense est venu donner des munitions aux opposants de cet effort militaire. Non seulement les soldats canadiens en Irak peuvent-ils tirer l’ennemi pour se défendre, mais ils pourront aussi le faire de manière préventive. Une nuance apportée le jour même où les libéraux profitaient de leur majorité pour entériner leur mission contre le groupe EI aux Communes.

Armé de sa majorité, le gouvernement de Justin Trudeau a réussi à adopter sa motion détaillant le nouveau pan de la mission canadienne en Irak. Les 178 votes libéraux ont suffi à contrecarrer les 147votes d’opposition des conservateurs, néodémocrates, bloquistes et de la chef du Parti vert. L’ex-premier ministre conservateur Stephen Harper — qui ne se présente en Chambre que lors de certains votes — était présent pour s’opposer aux changements apportés à la mission qu’il avait déclenchée lorsqu’il dirigeait le pays.

Le gouvernement Trudeau a rapatrié les six avions CF-18 déployés pour bombarder le groupe EI en Irak et en Syrie, et annoncé le mois dernier qu’il triplerait le nombre de soldats qui entraîneront les forces de sécurité en Irak. Ces soldats accompagneront leurs élèves vers les lignes de front, si nécessaire. Et ils pourraient échanger des tirs avec l’ennemi s’ils ont à se défendre, a réitéré le chef d’état-major de la Défense en comité parlementaire mardi.

« On ne tirera pas les premiers, a indiqué le général Jonathan Vance. On peut anticiper pour se protéger et protéger ceux qui sont avec nous, a-t-il cependant ajouté. Le droit à l’autodéfense est primordial, prépondérant, et ne quitte jamais le soldat. C’est un droit fondamental. »

Jusqu’ici, la Défense martelait le droit des soldats canadiens à l’autodéfense, mais n’avait jamais évoqué l’idée qu’ils le fassent de manière préventive. L’an dernier, les troupes canadiennes ont échangé des tirs avec l’ennemi à quelques reprises en Irak. Une situation qu’avaient dénoncée les néodémocrates et les libéraux — alors dans l’opposition —, tous deux accusant les conservateurs de mentir en présentant la mission comme n’en étant pas une de combat.

Mission de combat

Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, n’a pas voulu préciser quel genre de menaces pourrait justifier des tirs préventifs de la part de l’armée canadienne. « Chaque scénario doit être géré de façon différente, s’est-il contenté d’indiquer à sa sortie des Communes. Mais gardez à l’esprit que ces règles d’engagement sont là pour la protection de nos troupes et de ceux qui s’entraînent à nos côtés. »

Or, les propos du général Vance viennent confirmer les inquiétudes du NPD depuis le début, a rétorqué Thomas Mulcair. Le gouvernement a beau nier qu’il soit engagé dans une mission de combat, « si le général qui est responsable est en train de dire qu’on peut tirer en premier, c’est par définition une mission de combat ».

Le Bloc québécois juge de son côté qu’il n’y a rien d’anormal à ce que les soldats canadiens s’engagent dans des échanges de tirs. « C’est clair, c’est une guerre, il faut qu’ils se défendent », a réagi Rhéal Fortin. Mais le chef intérimaire du Bloc reproche au gouvernement d’être incohérent en faisant « pendant ce temps-là comme si de rien n’était en retirant nos avions ».

La chef par intérim du Parti conservateur, Rona Ambrose — dont l’ancien gouvernement avait envoyé des CF-18 en Irak, puis en Syrie —, a quant à elle déploré « un jour triste ». Car le groupe armé État islamique « est un mal » contre lequel le Canada devrait utiliser tous les outils à sa disposition, a-t-elle martelé.