Le Canada lorgne Haïti pour son retour

La volonté de réengagement du gouvernement Trudeau envers les Casques bleus pourrait s’incarner d’abord en Haïti, a appris Le Devoir. Le Canada élabore en effet un plan prévoyant de prendre le commandement de la MINUSTAH et de fournir jusqu’à 2000 soldats ou policiers.

Selon des sources diplomatiques et gouvernementales de Port-au-Prince et d’Ottawa, le Canada souhaite contribuer plus concrètement aux efforts des Casques bleus de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). Le pays ne fournit à l’heure actuelle que 5 Casques bleus sur les 2370 que compte la MINUSTAH. Celle-ci comprend aussi une composante de 2376 policiers, dont environ 90 Canadiens.

500 millions
Somme que le Canada prévoit investir en Haïti entre 2015 et 2020

Ces derniers travaillent à la professionnalisation des agents de la Police nationale d’Haïti, tandis que les soldats « contribuent à la direction et à la gestion de la mission » de l’ONU.

Le nombre de soldats et de policiers canadiens qui pourraient être déployés n’est pas fixé, mais le chiffre de 2000 a été évoqué. D’autres sources estiment qu’un millier serait plus raisonnable. Chose certaine, un tel contingent permettrait au Canada de prétendre au commandement de la force militaire, souhaite-t-on.

Règle générale, le pays ayant le plus fort contingent se voit confier le commandement de la composante militaire de la Mission, indique-t-on à la MINUSTAH. C’est le Brésil (avec le lieutenant général Ajax Porto Pinheiro) qui dirige présentement le détachement de Casques bleus. Près d’un millier (979) de soldats brésiliens sont sous ses ordres, soit 40 % de la force totale. Dix-neuf pays membres de l’ONU fournissent des troupes. Le mandat de M. Porto Pinheiro prend fin en octobre.

Français

Haïti serait un lieu d’atterrissage idéal pour le Canada, soulignent plusieurs personnes, notamment à cause du fait français. Le créole demeure la langue d’usage commune : seulement 15 % de la population maîtriserait parfaitement le français, dit la MINUSTAH. Mais dans les faits, la langue française permet un contact facile avec une très grande majorité de la population, de la capitale bouillante jusqu’aux villages reculés.

« Le fait pour les Casques bleus de parler français, dans un pays en partie francophone, est un élément important pour certaines fonctions particulières », confirme Sophie Boutaud de la Combe, porte-parole de la MINUSTAH.

« Jusqu’à 70 % des Casques bleus sont déployés dans des pays francophones », note-t-on à Ottawa en vantant « l’expertise canadienne » dans ces pays. « Je reconnais l’intérêt d’avoir des forces francophones ou bilingues, avait indiqué Justin Trudeau en février lors de la visite à Ottawa du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon. Il y a beaucoup d’intérêt pour la qualité des commandants canadiens qui peuvent aider dans ces situations-là. »

Retour en force

Le premier ministre Trudeau avait profité de la venue de M. Ban pour réitérer la volonté de son gouvernement de se réengager auprès des Casques bleus. « Nous sommes en train de discuter avec l’ONU et regarder comment nous allons pouvoir nous réengager dans ce projet de maintien de la paix par l’ONU à travers le monde, là où le Canada a un rôle très positif à jouer », avait indiqué M. Trudeau en conférence presse commune avec M. Ban.

Dans les années 1990, jusqu’à 3000 Casques bleus canadiens ont été déployés en même temps à travers le monde. Le gouvernement conservateur de Stephen Harper a toutefois réduit grandement cet engagement, de sorte que seules 113 personnes (dont 84 policiers) sont présentement en mission à l’étranger. En date du 31 août dernier, l’ONU gérait 16 missions de paix comptant un peu plus de 106 000 soldats et policiers.

Sans confirmer nos informations à propos d’Haïti, une source politique canadienne indique que « tout est sur la table » pour ce qui est du lieu où le Canada choisira de réinvestir le corps militaire des Casques bleus. Mais à la fin janvier, un séminaire sur la relance des opérations de paix a réuni plusieurs experts à Ottawa — sous l’égide du ministère des Affaires étrangères — et « le cas Haïti a été abordé », dit-elle.

« Le gouvernement planifie son retour. Haïti a été évoquée, l’Afrique aussi. Mais il faudra surtout répondre aux demandes urgentes de l’ONU, car il y en a toujours. »

Officiellement, le cabinet du ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, indique examiner « présentement une gamme d’options et [procéder] à de larges consultations afin de déterminer où et selon quelles modalités le Canada peut faire les contributions les meilleures et les plus utiles ».

Haïti est le sixième donataire de l’aide internationale canadienne. En juin 2015, le gouvernement a annoncé un nouveau plan d’aide prévoyant des investissements de 500 millions en cinq ans. La question du renforcement de la primauté du droit et de la sécurité est l’un des principaux axes d’intervention de cette nouvelle stratégie.

1 commentaire
  • Tristan Roy - Abonné 9 mars 2016 07 h 17

    L'autre peuple francophone d'Amérique

    Haïti est surtout l'autre peuple francophone d'Amérique, avec le Québec. Les Haïtiens sont une des communautés immigrantes les plus importantes chez nous. C'est la mère patrie de grand groupe de Québecois, il faut aider la "Perle des Antilles"... Je rêve du jour ou Haïti sera en paix, aura retrouvé ses infrastructures sécuritaires et récréo-touristiques pour que nous puissions aller les aider en y passant nos vacances d'hiver en privilégiant cette destination. En plus des vacances dans des hôtels équitables et écologiques gérés par des coopératives de travail, ça serait top!