Vers un dîner presque parfait?

Préparez la coutellerie d’occasion : les Trudeau débarquent à Washington jeudi pour un dîner d’État offert par le président Obama.

En soit, ce n’est pas la première fois qu’un premier ministre canadien est ainsi reçu dans la capitale américaine. Mais l’intérêt que la visite de Justin Trudeau provoque est, lui, inédit.

C’est du moins ce qu’écrivait mercredi Tim Harper dans le Toronto Star. Jean Chrétien avait eu droit aux mêmes égards de la part de Bill Clinton il y a 19 ans, rappelle-t-il. Mais cette fois-ci, ce sera réellement un « Trudeau Show », pense Harper. Il y aura bien sûr un peu de glamour pour nourrir la chronique de la réunion, mais Harper se demande surtout quelle influence Trudeau pourra avoir auprès d’un président qui quittera ses fonctions dans moins d’un an. S’il y a un enjeu au repas, c’est celui-là.

Les points de convergence ne manquent pas entre les deux hommes — qui se voient comme deux progressistes —, mais quelques dossiers importants méritent d’être abordés, écrit Harper (notamment le renouvellement de l’entente sur le bois d’oeuvre). Sauf que, peu importe la qualité de la relation avec Obama, c’est surtout avec le prochain président que Justin Trudeau devra bien s’entendre. Et si c’est Donald Trump qui triomphe en novembre, on peut s’attendre à quelques flammèches, dit le chroniqueur en rappelant que le Washington Post a dépeint Trudeau comme l’anti-Trump par excellence, peu importe le sujet : femmes, réfugiés, immigration, changements climatiques, ton…

Dans la version américaine du magazine The Economist, on aborde aussi ce souper très particulier du 10 mars, en mettant en exergue la fascination que Justin Trudeau exerce sur les médias depuis son arrivée au pouvoir. Autant d’intérêt pour un premier ministre canadien aux États-Unis ? Comme Tim Harper, The Economist ne voit pas d’équivalent. Il attribue cette popularité non seulement au côté glamour de Trudeau, mais surtout à la rupture qu’il marque avec l’époque de Stephen Harper — notamment sur le plan de la politique étrangère (retour au multilatéralisme et à une certaine tradition diplomatique canadienne).

The Economist soutient que ce dîner d’État devrait se dérouler sans pomme de discorde majeure, et que sa tenue illustre déjà le réchauffement des relations entre les deux pays. Le simple fait que Trudeau s’entende bien avec Obama est déjà une amélioration de situation, dit-on. Même conclusion ici que dans le Star : pour Trudeau, le défi est maintenant de transformer sa célébrité en influence… et de bien s’entendre avec le prochain président.

De Trump à Trudeau

Parlant de célébrité, Tasha Kheiriddin (site iPolitics) s’intéressait lundi au phénomène des Trump, Péladeau, Trudeau ou Kevin O’Leary, l’ex-Dragon qui songe à se présenter à la chefferie pour les conservateurs fédéraux. Tous des gens arrivés en politique avec une notoriété médiatique exceptionnelle — et tous des produits de l’époque, dit-elle.

Kheiriddin remarque qu’il n’y a pas si longtemps, une vedette médiatique suscitait la suspicion en politique : Ronald Reagan n’était qu’un acteur, raillait plusieurs avant qu’il ne soit élu. Deux décennies plus tard, la candidature d’Arnold Schwarzenegger n’a pas soulevé les mêmes doutes. Aujourd’hui, la confluence entre politique et célébrité est plus grande que jamais — Leonardo Di Caprio et son engagement environnemental l’illustrent bien, selon elle.

Être célèbre ne fait pas nécessairement un bon politicien : mais cela crée un sentiment de familiarité pour les électeurs, écrit la chroniqueuse. On pense connaître Trump ou Trudeau parce qu’on les a vus mille fois à la télévision — alors qu’on ne connaît que leur avatar médiatique. Mais être célèbre vient surtout avec un « facteur d’amusement » qui fascine les foules, dit Kheiriddin.

Kevin O’Leary a par exemple volé la vedette de la conférence du Centre Manning la semaine dernière : non pas parce qu’il a une organisation, de l’expérience politique ou une quelconque plateforme, mais plutôt parce qu’il est divertissant, qu’il dit des choses que les autres n’osent pas dire et que les gens veulent précisément ça. Être divertis, tout le temps, partout. Le constat est un peu déprimant, écrit-elle, mais la montée de Donald Trump montre qu’il ne faut pas prendre ce phénomène à la légère.

Aide à mourir

Deux textes à souligner dans le débat sur l’aide médicale à mourir, suivant le dépôt du rapport d’un comité parlementaire la semaine dernière à Ottawa. Dans le National Post, Andrew Coyne conclut que les propositions du comité feraient du « suicide un service public ».

La Cour suprême ouvrait déjà la porte à une interprétation de l’aide à mourir plus large que le consensus sur cette question, écrit-il ; or, le comité va encore plus loin. Trop loin, selon lui — notamment lorsqu’on parle de consentement préventif et de mineurs matures.

En un an, le débat sur le suicide assisté est passé d’un crime à quelque chose qui doit être toléré, puis à quelque chose qui devrait être un service public. Ce qui n’est pas un progrès, estime Coyne.

Dans le même média, John Moore témoigne de malaises semblables à ceux de Coyne, même s’il dit être depuis longtemps en faveur de l’aide médicale à mourir. Il y a une différence entre l’aide à mourir et le suicide assisté, écrit-il. Or, les recommandations du comité parlementaire brouilleraient cette frontière, pense Moore.

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 5 mars 2016 20 h 02

    Leonardo DiCaprio

    et non

    Leonardo Di Caprio