Ottawa se bute aux réticences des provinces

Le premier ministre Justin Trudeau a évité de montrer ses cartes, mercredi, à la suite de la rencontre avec ses homologues provinciaux.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau a évité de montrer ses cartes, mercredi, à la suite de la rencontre avec ses homologues provinciaux.

Alors que Justin Trudeau espérait s’entendre avec les provinces pour promettre une tarification du carbone à l’issue de leur rencontre jeudi, ses homologues provinciaux l’ont prévenu qu’un plan pancanadien ne pourra pas leur être imposé. Surtout que quelques-uns d’entre eux ne veulent rien savoir d’un prix sur le carbone.

Les rencontres des premiers ministres tenues à Vancouver cette semaine ont été lancées sur fond de profond désaccord mercredi. Les espoirs du gouvernement Trudeau étaient grands : clore les pourparlers en annonçant la mise sur pied de groupes de travail qui permettraient au fédéral et aux provinces de convenir d’ici six mois d’un plan de tarification du carbone. Mais déjà, les dirigeants de la Saskatchewan, Brad Wall, du Manitoba, Greg Selinger — tous deux se préparent à une élection — et Darrell Pasloski, du Yukon, ont martelé qu’ils ne voulaient pas d’une « taxe sur le carbone ».

Justin Trudeau pourrait-il forcer la main de ses homologues ? Sa ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, a laissé entendre que ce pourrait être le cas, plaidant en entrevue avecLa Presse canadiennequ’il fallait « un prix sur le carbone qui est dans le pays entier ».

Son patron s’est abstenu de répondre en point de presse. « Toutes les provinces ont pris l’engagement à Paris de faire partie de la solution, a-t-il toutefois noté. Je sais que les Canadiens sont unis dans leur désir de voir de l’action concrète et positive en matière d’environnement et d’énergies propres. »

Le premier ministre Trudeau a reconnu que certaines provinces avaient déjà entamé le travail, lors d’un discours devant la conférence GLOBE sur les technologies vertes, qui se mettait en branle à Vancouver. L’Ontario et l’Alberta espèrent supprimer progressivement l’utilisation du charbon, le Québec et la Colombie-Britannique ont fixé un prix sur le carbone. Des provinces aux premiers ministres d’allégeances politiques différentes, a noté M. Trudeau. « Parce que l’environnement ne doit pas être un enjeu partisan », a-t-il tranché. M. Wall est le dernier premier ministre de droite au pays, M. Selinger est du NPD.

Flexibilité exigée

Or, si M. Trudeau a évité de montrer ses cartes, le premier ministre québécois Philippe Couillard a prévenu que l’imposition d’une solution unique par Ottawa serait « une très mauvaise idée »,car les façons de faire varient selon les spécificités des provinces. « Ces approches-là sont équivalentes et se valent. L’important, c’est qu’on soit ensemble et réunis autour du principe de tarification du carbone. »

Le président du Conseil de la fédération, le premier ministre terre-neuvien Dwight Ball, a repris le même discours à la suite de la rencontre de ses partenaires provinciaux. « L’objectif, c’est d’avoir une économie à faibles émissions de carbone. La façon de s’y prendre à certains endroits pourrait comprendre un prix sur le carbone, ailleurs non. » Mais au terme des conversations avec Ottawa, les provinces devront avoir de la flexibilité pour agir sans nuire à leur économie, a-t-il statué, en évitant de préciser sa propre opinion sur une tarification du carbone.

M. Trudeau s’attend à « des discussions franches et robustes » lorsqu’il rencontrera à son tour les provinces jeudi. Mais il a voulu rester optimiste, affirmant avoir hâte d’en venir à un « résultat positif » couronné « d’annonces positives ».

La première ministre ontarienne, Kathleen Wynne, s’est aussi montrée confiante, consentant qu’« il y aura des sujets de discorde », mais prédisant que les provinces parviendront à s’entendre.

Justin Trudeau a argué dans son discours en matinée que la lutte contre les changements climatiques passait aussi par les « investissements verts ». Il a annoncé l’octroi de 75 millions pour aider les municipalités à répondre aux changements climatiques et de 50 millions pour améliorer la « résilience au climat » des infrastructures du pays.


Énergie Est: l’Ontario à la rescousse du Québec

Le premier ministre québécois est venu calmer le jeu dans le dossier d’Énergie Est, avant sa rencontre avec ses homologues du pays. Sa demande d’injonction contre TransCanada n’est « pas une dispute Est-Ouest », mais une simple question de processus, a-t-il dit. Et il a eu droit à un coup de main de sa voisine Kathleen Wynne, qui a rappelé que l’Ontario avait lui aussi mené sa propre évaluation environnementale. Pas pour « miner le processus national », mais pour le bonifier. « C’est simplement logique d’obtenir en amont l’opinion des communautés, des provinces, afin qu’il y ait une compréhension lors de la prise de décision au niveau national de ce que sont les barrières, ce que sont les préoccupations », a fait valoir Mme Wynne en point de presse avec M. Couillard.
2 commentaires
  • Guy Lafond - Inscrit 3 mars 2016 08 h 00

    À vous aussi, Mesdames...


    "Alors que Justin Trudeau espérait s’entendre avec les provinces pour promettre une tarification du carbone à l’issue de leur rencontre jeudi, ses homologues provinciaux l’ont prévenu qu’un plan pancanadien ne pourra pas leur être imposé. Surtout que quelques-uns d’entre eux ne veulent rien savoir d’un prix sur le carbone."
    (Marie Vastel, Le Devoir - 3 mars 2016)

    "Messieurs, songez-y, c’est l’anarchie qui ouvre des abîmes, mais c’est la misère qui les creuse. Vous avez fait des lois contre l’anarchie, faites maintenant des lois contre la misère !"
    (Victor Hugo, 9 juillet 1849)


    "Parler beaucoup et parler à propos ne sont pas la même chose"
    (Sophocle)

    "Rapellez-vous vous jolie voyage récent à Paris pour la COP21 aux frais des contribuables. Maintenant, prenez action et allez droit au but, s.v.p.!"
    (Un Québécois en devoir et à pied d'oeuvre à Ottawa)

  • Guy Lafond - Inscrit 3 mars 2016 09 h 24

    À nous tous aussi,

    "Alors que Justin Trudeau espérait s'entendre avec les provinces pour promettre une tarification du carbonne à l'issue de leur rencontre jeudi, ses homologues provinciaux l'ont prévenu qu'un plan pancanadien ne pourra pas leur être imposé. Surtout que quelques-uns d'entre eux ne veulent rien savoir d'un prix sur le carbonne".
    (Marie Vastel, Le Devoir - 3 mars 2016)

    "Messieurs, songez-y, c'est l'anarchie qui ouvre des abîmes, mais c'est la misère qui les creuse. Vous avez fait des lois contre l'anarchie, faites maintenant des lois contre la misère!"
    (Victor Hugo, 9 juillet 1849)

    "Parler beaucoup et parler à propos ne sont pas la même chose"
    (Sophocle)

    "Rappelez-vous vos jolies voyages récents à Paris pour débattre de cibles de réduction de gaz à effet de serre à la COP21 aux frais des contribuables. Maintenant, prenons action et allons droit au but, s.v.p.!"
    (Un Québécois en #$@??*+ et à pied d'oeuvre à Ottawa)