Les villes applaudissent aux bonnes intentions de Martin

Le premier ministre Paul Martin s’est arrêté dans un petit restaurant d’Ottawa afin de prendre un café avant de se rendre au Parlement entendre la gouverneure générale lire son discours du Trône.
Photo: Agence Reuters Le premier ministre Paul Martin s’est arrêté dans un petit restaurant d’Ottawa afin de prendre un café avant de se rendre au Parlement entendre la gouverneure générale lire son discours du Trône.

Les intentions du gouvernement fédéral sur le plan du financement des municipalités, exprimées dans le discours du Trône d'hier, ont suscité des réactions positives chez les acteurs du monde municipal. Mais du côté des groupes communautaires et des organisations étudiantes, c'est la méfiance qui domine.

Le maire de Montréal s'est grandement réjoui du fait que le gouvernement fédéral s'engage à rembourser aux municipalités la portion de la taxe sur les produits et services (TPS). Dès 2004, a-t-il fait valoir, ce remboursement représentera 30 millions de dollars supplémentaires dans les coffres de la métropole. Le remboursement de la TPS est une première étape, l'autre étant la collaboration avec les provinces «en vue de partager avec les municipalités une partie des recettes tirées de la taxe sur l'essence»: dans ces deux annonces, le maire Tremblay a vu et salué «la reconnaissance des villes comme partenaires». Le maire a reçu ces annonces comme «de bonnes nouvelles, car, ainsi, le gouvernement fédéral reconnaît que les villes créent de la richesse. Je crois aussi que notre message a été entendu quand nous disons que la taxe foncière ne peut plus à elle seule répondre aux besoins des villes».

Même son de cloche du côté du maire de Gatineau et président de la Fédération canadienne des municipalités (FCM), Yves Ducharme, qui s'est dit «extrêmement heureux» des intentions du gouvernement Martin: «c'est exactement ce qu'on avait demandé», a-t-il déclaré au Devoir. Mais M. Ducharme ne s'attendait pas à ce que, à cette étape, «les intentions soient formulées aussi clairement». M. Ducharme s'est exclamé de voir «521 millions de plus» rester dans le domaine municipal; «30 millions de plus pour Montréal, 50 millions pour Toronto, ce n'est pas rien. Et c'est un apport stable». En définitive, il donne «une note parfaite de 100 % au gouvernement fédéral!» et prétend que ce premier geste sur la TPS «accélérera le processus pour établir un partenariat entre les provinces et le fédéral» pour que les municipalités profitent d'un financement supplémentaire et stable sur la taxe sur l'essence.

L'Union des municipalités du Québec (UMQ) a qualifié les annonces contenues dans le discours du Trône de «véritable bouffée d'air frais». La présidente de l'UMQ et mairesse de Drummondville, Mme Francine Ruest Jutras, a déclaré que ces annonces représentaient «plus de 100 millions de dollars par année au Québec uniquement», somme que les municipalités «pourront investir selon les priorités locales». L'UMQ reçoit aussi favorablement la volonté du gouvernement d'affecter sans tarder les fonds prévus dans les programmes d'infrastructures actuels. Il est selon elle impératif «d'investir massivement et immédiatement dans la réfection des infrastructures d'aqueducs, d'égouts et de voirie municipale. Il en va de la santé des citoyens et de la croissance économique du pays».

Mauvais pour le logement social

Toutefois, selon le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), c'est une erreur que d'inclure la question des logements sociaux dans l'enveloppe consacrée aux infrastructures. «Les lourdeurs de l'infrastructure vont se retrouver en compétition avec les besoins en logement social, dénonce son porte-parole, François Saillant. C'est invivable! C'est se débarrasser d'une patate chaude et la renvoyer aux villes.»

Le FRAPRU réclame donc un budget spécifiquement consacré au logement social, de même que des investissements concrets. «Pour moi, il faut que le gouvernement fédéral retienne un programme non pas de logement abordable, mais de logement social, explique M. Saillant. Il faut donc séparer les enveloppes, c'est évident.»

Main de fer...

À la CSN, même si on note un changement heureux dans le ton du gouvernement Martin, on déplore un même talent pour les intrusions dans les champs provinciaux que celui que l'on connaissait sous le gouvernement Chrétien. «Il y a là une belle illustration du proverbe de la main de fer dans un gant de velours, note sa présidente Claudette Carbonneau. Le monsieur a de l'appétit pour les intrusions dans les champs provinciaux, même si le discours est très mielleux, il est plus habile que jamais, mais tout ça est assez pernicieux.»

La CSN reproche principalement au gouvernement Martin son ambivalence. «Il y a beaucoup de contradictions quand il prétend conjuguer une volonté de collaboration, de respect des prérogatives des provinces, alors qu'en même temps, les projets apparaissent assez ficelés à cet égard.»

Cette intrusion dans les compétences provinciales cachent toutefois un autre aspect inquiétant de ce discours, dénonce Claudette Carbonneau, ses silences. «Il y a de grands silences sur des thèmes à propos desquels on aurait aimer l'entendre: le déséquilibre fiscal, l'assurance-emploi», déplore-t-elle.

Étudiants mécontents

Enfin, le discours du Trône a été accueilli avec encore moins d'enthousiasme par les étudiants des établissements postsecondaires. Ainsi, les mesures pour faciliter l'accès aux études n'ont pas du tout impressionné le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Nicolas Brisson. Pour lui, le discours du Trône s'inscrit «dans la continuité des gaffes de Jean Chrétien». «On ne comprend pas la stratégie d'Ottawa. Ça fait des années qu'on demande qu'ils reprennent les transferts au lieu de mettre en place toute sorte de programmes qui augmentent l'endettement étudiant.»

L'organisation craint qu'Ottawa ne répète les erreurs commises lors de l'attribution des Bourses du millénaire, au tournant de l'an 2000. «Nous espérons que les fonds seront versés au programme des Prêts et bourses du Québec, qui est bien meilleur que celui du Canada», a insisté le représentant des étudiants.

Avec la Presse canadienne