Les intentions d'Ottawa soulèvent de l'inquiétude à Québec

Les initiatives fédérales annoncées dans le discours du Trône hier à Ottawa ne sont pas de nature à rassurer le gouvernement du Québec. Qualifiant ce discours de «grand test», le ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier croit en effet que le Québec «peut légitimement entretenir des inquiétudes» devant de nouvelles tentatives d'empiétements d'Ottawa dans les champs de compétence du Québec.

Ainsi, la volonté du gouvernement fédéral de s'engager dans le domaine de l'éducation, par l'entremise des prêts et bourses, et aussi la tendance d'Ottawa «à vouloir ériger les municipalités en ordre de gouvernement», laissent le ministre perplexe. Il s'est donc empressé hier de mettre en garde le gouvernement Martin contre certaines formes d'intrusion. «Je trouve ce discours du trône pas mal vague. Il faudra savoir dans quelle mesure il y aura respect des systèmes existants.»

Dans son allocution, la gouverneure générale du Canada, Adrienne Clarkson, a exprimé hier la volonté ferme du gouvernement fédéral d'améliorer les programmes de prêts et bourses pour les études postsecondaires, un secteur relevant de la compétence exclusive du Québec.

De plus, Mme Clarkson a annoncé l'intention du gouvernement du Canada d'instaurer un «nouveau pacte à l'intention des municipalités canadiennes», une source grandissante de préoccupation pour le Québec.

Le gouvernement fédéral, a fait comprendre le ministre Pelletier, rencontrerait le Québec sur son chemin s'il tentait de traiter directement avec les municipalités.

«La réalité, c'est que les municipalités relèvent des provinces, a insisté M. Pelletier. Rien n'est possible en matière de municipalité, sans que le gouvernement du Québec soit l'interlocuteur.»

Prêt à défendre la sensibilité québécoise, dont il a par ailleurs déploré l'absence dans le discours du trône, le ministre Pelletier promet qu'il sera vigilant au cours des prochaines semaines. «Il faudra se préparer à leur faire comprendre que c'est à eux de s'adapter à nos programmes, a-t-il précisé. Évidemment, si l'argent du fédéral nous permet de peaufiner nos programmes, je n'y vois alors aucun inconvénients.»

Pour le moment, le ministre Pelletier laisse la chance au coureur et se contentera d'observer, sans toutefois écarter la mise en place de mesures plus ciblées, si jamais les intrusions se faisaient trop importantes. «S'il le faut, nous défendrons nos pouvoirs, mais nous n'en sommes pas là», a-t-il dit. N'empêche que le fantôme du déséquilibre fiscal plane. «On sent qu'il y a de l'argent à Ottawa. Le discours est une illustration du déséquilibre fiscal», a-t-il déploré.

Avec la Presse canadienne