Critiques et menaces fusent d’Ouest en Est

À Vancouver, le premier ministre Justin Trudeau a évité de se positionner d’un côté ou de l’autre.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne À Vancouver, le premier ministre Justin Trudeau a évité de se positionner d’un côté ou de l’autre.

Les critiques ont fusé de plus belle dans l’Ouest canadien, à la suite de l’annonce du dépôt d’une injonction par le gouvernement québécois dans le dossier Énergie Est. L’Ouest s’indigne, mais le premier ministre Justin Trudeau refuse de croire que ce désaccord mènera à une véritable crise d’unité nationale.

Ce nouveau revirement complique toutefois les pourparlers de cette semaine entre Ottawa et les provinces, M. Trudeau espérant discuter de prix sur le carbone alors que ces mêmes dirigeants de l’Ouest ne veulent rien savoir.

À peine le ministre de l’Environnement du Québec, David Heurtel, avait-il entamé sa conférence de presse que déjà des politiciens d’Alberta et de Saskatchewan s’indignaient sur Twitter.

Le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, a carrément prévenu qu’il évaluait la possibilité d’imposer des mesures commerciales pour protéger les intérêts de l’Ouest et faire répliquer au Québec qu’« assez, c’est assez ». « Certains au Canada prétendent que si on accepte une taxe sur le carbone dans l’Ouest, cela permettrait d’obtenir un appui pour les oléoducs à travers le pays. Et puis, comment ça se passe ? » a-t-il ajouté sur Twitter. Un argument repris par des conservateurs fédéraux albertains.

« Si le Québec ne veut pas appuyer Énergie Est, il peut renvoyer ses paiements de péréquation et expliquer pourquoi il préfère le pétrole d’Arabie saoudite au pétrole canadien », a pour sa part renchéri Brian Jean, chef du parti albertain de droite Wildrose.

La première ministre de la province, Rachel Notley, s’est montrée prudente pour l’instant. « Je ne sortirai pas le fusil avant qu’on en soit à la bataille. […] Je ne suis pas du même avis que d’autres, qui croient qu’on doit se lancer dans un scénario plus diviseur, lancer des injures. » Mais Mme Notley a noté qu’elle comprenait le sentiment de certains voulant que l’Alberta a été une « contributrice exceptionnellement généreuse à la santé économique du pays » et qu’il était logique « qu’on soit fâchés si la même réponse ne nous revient pas en temps difficiles ». Elle a en outre argué que ce sont l’Office national de l’énergie et le gouvernement fédéral qui prendront la « décision finale ».

La chicane reprenait donc de plus belle, après que l’opposition des maires de la région de Montréal eut mené au même genre de reproches il y a un mois. Le premier ministre Trudeau refuse cependant de s’inquiéter. « Je n’ai jamais pensé que de souligner les désaccords ou les opinions divergentes dans ce pays était une menace à l’unité nationale. Nous sommes bien plus forts que ça. »

Or, cette opposition québécoise est la faute du premier ministre lui-même, selon ses rivaux conservateurs. M. Trudeau affirmait l’an dernier qu’Énergie Est n’avait pas encore obtenu la « licence sociale […] pour que ça passe ». « C’est sûr que quand on part avec ce préjugé-là dans la tête, ça permet à tout le monde de s’opposer joyeusement comme si de rien n’était », a déploré le député Gérard Deltell.

Quelques heures plus tôt, M. Trudeau revenait sur cette « acceptabilité sociale » nécessaire aux projets d’oléoducs d’intérêt national. « Même si les gouvernements accordent les permis, ultimement seules les communautés accordent la permission. »

Rencontre tendue à l’horizon

Ce nouveau débat Est-Ouest survient cependant à quelques jours d’une rencontre des premiers ministres fédéral et provinciaux pour causer de lutte contre les changements climatiques. Justin Trudeau a prévenu ses homologues qu’ils plancheraient sur un « cadre pancanadien » qui comprendra des « solutions politiques flexibles — y compris des mécanismes de prix sur le carbone ».

Les premiers ministres Wall, Greg Selinger du Manitoba et Darrell Pasloski du Yukon se sont opposés à l’imposition d’un prix sur le carbone. Les deux premiers briguent leur réélection ce printemps.

M. Trudeau a cependant semblé rappeler ses homologues à l’ordre, mardi. Invité à détailler comment il en arriverait à une entente lors de la rencontre de jeudi à Vancouver, le premier ministre a argué qu’il avait bien hâte « de parler de cet engagement conjoint que nous avons tous pris à Paris il y a quelques mois ». MM. Wall et Selinger étaient à la COP21 lorsque le Canada a signé l’entente internationale et promis de réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

Le gouvernement fédéral prévoit de mettre sur pied des groupes de travail qui sonderont les provinces et proposeront des solutions, en vue d’un processus national qui serait annoncé dans six mois.


Coderre salue la décision de Québec

Denis Coderre a applaudi la décision du gouvernement du Québec de demander une injonction pour forcer TransCanada à se plier aux lois québécoises.

Selon lui, l’entreprise pétrolière aurait dû d’elle-même prendre les dispositions pour respecter les lois environnementales du Québec. « TransCanada n’a rien compris. Quand le gouvernement du Québec est obligé d’aller en injonction pour faire respecter sa loi et s’assurer qu’on peut avoir l’ensemble des outils, ça va loin », a commenté le maire.

Denis Coderre assure que la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) demeure toujours opposée au projet Énergie Est malgré les propos du maire de Montréal-Est, Robert Coutu, qui, en entrevue au Devoir a affirmé que les maires pourraient approuver le projet si TransCanada « faisait ses devoirs ». « Ce qu’a dit le maire de Montréal-Est — comme on a toujours dit —, c’est que ce projet-là est mauvais. On a besoin d’une étude environnementale complète sur cette question », a expliqué M. Coderre.
Jeanne Corriveau
13 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 2 mars 2016 05 h 08

    Hauts cris

    Pourquoi ces hauts cris ne sont pas apparus lorsque la Colombie Britannique a refusé le passage du l'autre pipeline chez eux ? Qu'est-ce qu'ils ont qu'on n'a pas ?

    PL

    • Josée Duplessis - Abonnée 2 mars 2016 08 h 23

      J'avais la même remarque.
      On est loin de 1990 alors qu'ils nous faisiaent un beau love-in.
      Quels beaux hypocrites!!!
      ''Il est établi que le Haut-Canada a une dette de 5 925 779,54 $ alors que le Bas-Canada a un crédit de 189 306,41 $. La contribution du Haut-Canada est donc déficitaire de 6 115 085,95 $. '' C'était en 1840
      Ils devraient s'en souvenir!!!

      Nous ne devons pas céder à un quelconque chantage de la part de l'ouest. S'ils ne savaient pas pourquoi ils ne nous aimaient pas, ils auront une belle raison celle de notre refus d'accepter Énergie Est si Couillard a le cran de refuser.

    • Pierre Fortin - Abonné 2 mars 2016 17 h 12

      Il y a d'un côté l'Alberta et la Saskatchewan qui exigent qu'on se soumette à leur desiderata et de l'autre le Québec qui refuse (pour l'instant) de s'exposer à tous les risques.

      Il ne faut jamais longtemps pour que la dissension s'installe dans ce pays qui n'en est pas vraiment un et ne l'a jamais été.

      Quand donc ce pays bicéphale a-t-il fonctionné pour le bien de tous?

      Ça prendrait un Benoît Lacroix pour le mener correctement.

  • Philippe Gélinas - Abonné 2 mars 2016 07 h 17

    Qui est-ce qui cherche la division?

    La Colombie-Britannique a dit non au pétrole de l'ouest sur son territoire, les États-Unis ont dit non au pétrole de l'ouest canadien sur leurs territoires...quelles sanctions économiques l'Alberta et la Saskatchewan vont-elles prendre contre eux?
    Assez, c'est assez ! Le Québec a le devoir de poser des questions.

  • Guy Rivest - Abonné 2 mars 2016 07 h 24

    Sécurité et solidarité à la canadienne

    J'écoutais hier à 24/60 le représentant de TransCanada affirmer que l'oléoduc était le moyen le plus sécuritaire d'acheminer le pétrole albertain vers le Nouveau-Brunswick et qu'autrement, ce pétrole devrait être transporté par train de manière moins sécuritaire. Il laissait ainsi entendre (délibérément, bien sûr) qu'on ne pouvait s'en passer, qu'il fallait lui faire traverser le Québec d'une manière ou d'une autre, or nous nous en passons déjà en l'achetant ailleurs avec des risques environnementaux beaucoup moins élevés. Le Québec n'a pas besoin du pétrole albertain.

    Quant à la solidarité entre les provinces qu'évoquent les élus de l'Ouest, elle me rappelle toutes les fois où les provinces du ROC se sont solidarisées (avec ou sans le gouvernement fédéral) *contre* le Québec. On n'a qu'à songer entre autres exemples au rapatriement de la Constitution, à l'Accord du lac Meech ou à la tricherie à grande échelle lors du référendum québécois de 1995.

    • Donald Bordeleau - Abonné 3 mars 2016 16 h 49

      Le solvant de se pétrole de l'ouest après rafinage sera envoyé par trains vers l'ouest pour être utiliser de nouveau.

      Donc le transport par train ne va pas diminuer par la présence du pipeline, bien au contraire pour les 40 ans avenir, ce transport va plus que doubler.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 2 mars 2016 07 h 41

    La menace terroriste vient de l'ouest...

    Donnez-moi ce que je veux sinon je te fais la guerre...C'est à peu près ce que veulent dire les diverses menaces de remboursement de la péréquation ou de ne pas collaborer à la bourse du carbone prononcée par les PM d'Alberta, de Saskatchewan et du Manitoba ... Brad Wall a chaussé ses bottes de cowboys, attachés sa ceinture à pistolet et invitent les gens du Québec à le confronter en duel dans la rue, à la mode western...Vraiment, ces politiciens de l'Ouest essaient de faire peur et de forcer le Québec à leur donner leur jouet pipeline souhaité...Savent-ils que le Québec a déjà payé plus que sa part à l'ouest en péréquation, qu'ils en doivent beaucoup au Québec? Savent-ils ces Messieurs qu'il y a eu un Lac Mégantic par la faute de leur mentalité trop mercantile faisant fi de toute règles de sécurité fondamentales pour sauver quelques sous? Savent-ils ces cowboys que l'environnement du Québec n'est pas celui des plaines et que le fait de faire traverser 600 cours d'eau dont le Fleuve St-Laurent à leur pipeline, et de nombreux endroits à l'écologie fragile, et de nombreux territoires municipaux aux sous-sols déjà organisés et structurés, posent des problèmes environnementaux et sociaux majeurs au Québec ?

    Qu'ils choisissent de brandir leurs armes plutôt que leurs logiques ne fait que démontrer la nature rustre de leur mentalité d'aventuriers fonçant tête baissée vers une catastrophe de plus en plus probable...

    Maintenant ils peuvent toujours faire la guerre au Québec comme au temps des Plaines d'Abraham, mais je ne suis pas sûr que le Québec, cette fois-ci, sera perdant...Au contraire, il y a si longtemps que certains Québécois veulent prendre leur revanche sur leur défaite passée que le combat risque de faire très mal à ce «cher plus beau» pays canadien...Que ces P.M.s de l' Ouest essaient donc à nouveau de faire mettre le Québec à genoux et on verra bien ce qui va arriver...La guerre est un jeu qui se joue à deux...

    Assez, c'est assez de mépriser le Québec

  • Guy Lafond - Inscrit 2 mars 2016 07 h 50

    Message à M. Brad Wall


    À propos d'une possible taxe sur le carbone imposée par le gouvernement fédéral canadien:
    "Ce n'est tout simplement pas le bon moment" (Brad Wall)

    Si on écoute tous ces politiciens assoiffés de pétrole sur cette planète, il n'y aura jamais de bons moments pour faire l'économie autrement et combattre le réchauffement excessif de l'atmosphère.

    Je pense que ce qu'il faut de plus en plus à tous les pays, ce sont des leaders et des chefs qui seront assez courageux pour réduire notre dépendance au pétrole et pour changer notre définiton du confort.

    Et si M. Couillard et/ou M. Lisée doivent se hisser au rang de la politique fédéral canadienne pour que ce changement s'opère, et bien soit!

    Je fais ma part: je n'ai plus de voiture à essence et je boycotte les publicités absurdes de VUS.

    (Un Québécois en devoir et à pied d'oeuvre à Ottawa)