Le Canada obtient une seconde chance

Le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait refusé l’offre de la Foire du livre de Francfort.
Photo: Daniel Roland Agence France-Presse Le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait refusé l’offre de la Foire du livre de Francfort.

Après le refus de l’ancien gouvernement canadien, la Foire du livre de Francfort donne une seconde chance au Canada d’être son invité d’honneur, cette fois en 2019. Les éditeurs pensent qu’ils mèneront à bien le projet, même si, à deux jours de la date limite pour offrir une réponse, ils n’ont pas encore eu de nouvelles de la part de la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly.

La nouvelle offre pour être l’invité d’honneur de la plus grande foire du livre au monde, rapportée par Radio-Canada vendredi, était envisagée depuis octobre 2015 et a été officialisée « très peu de temps après l’élection du nouveau gouvernement » libéral, indique au Devoir Frédéric Gauthier, cofondateur des éditions La Pastèque et membre du comité d’expertise en exportation de Livres Canada Books. Les organisateurs de la Foire du livre de Francfort attendaient l’issue de l’élection pour confirmer leur offre.

Cette deuxième chance n’est pas si surprenante, selon M. Gauthier. « Les gens de Francfort étaient conscients que le refus avait été dû à un manque de volonté politique clair et net [du gouvernement précédent], et non à un manque de préparation du dossier. »

Le gouvernement de Stephen Harper avait évoqué des raisons budgétaires — puisqu’il aurait dû débourser plus de 6 millions de dollars — pour justifier son refus d’être l’invité d’honneur de 2017. Pour 2019, Livres Canada Books a abaissé ses demandes financières au gouvernement du Canada à 4,2 millions de dollars.

M. Gauthier pense que le gouvernement acceptera le projet, cette fois, puisqu’il s’était engagé en ce sens durant la campagne électorale. Six candidats libéraux, également auteurs, avaient alors dénoncé conjointement la décision d’Ottawa de refuser l’invitation de Francfort et s’étaient engagés à appuyer le milieu du livre. Si le Canada refusait l’offre, la Norvège serait prête à prendre sa place.

Un atout majeur
« L’occasion est belle, voire nécessaire, après une décennie de grisaille culturelle et sociale, estime Antoine Tanguay, président et fondateur des éditions Alto et adepte de la Foire depuis dix ans. Le milieu a besoin de cette vitrine. »

Être invité d’honneur à cette foire apporte « beaucoup, et à long terme », assure M. Gauthier. « Depuis que la Finlande a été l’invité d’honneur de cette foire, les ventes de droits ont augmenté d’un fort pourcentage », cite-t-il en exemple.

En février dernier, le Québec était l’invité d’honneur à la Foire du livre de Bruxelles et les auteurs québécois ont connu une année exceptionnelle en matière de ventes de livres, ajoute-t-il.

Occuper ce rôle donne aussi « une visibilité exceptionnelle », un « prestige politique intéressant » et « un développement accéléré des relations d’affaires avec les éditeurs de tous les marchés mondiaux », énumère l’éditeur. Cela serait une occasion en or de développer des relations avec l’Allemagne, conclut M. Tanguay.

La ministre Joly n’a pu préciser dimanche si le Canada accepterait l’invitation ou non, indiquant que « le dossier […] est présentement à l’étude ».

Son attaché de presse a toutefois rappelé l’engagement du Parti libéral de contribuer « au rayonnement » de la culture et a précisé que « la promotion des arts et de la culture, au Canada comme à l’étranger, est une priorité pour la ministre ».