L’Ontario introduit la gratuité scolaire pour certains étudiants

Le budget du ministre des Finances, Charles Sousa, prévoit un déficit de 5,7 milliards.
Photo: Nathan Denette La presse canadienne Le budget du ministre des Finances, Charles Sousa, prévoit un déficit de 5,7 milliards.

Les étudiants de familles qui déclarent des revenus de 50 000 $ ou moins pourront être exemptés des droits de scolarité au collège et à l’université en Ontario, mais les prix des cigarettes, du vin, de l’essence et du chauffage augmenteront dans cette province.

Le gouvernement ontarien a déposé jeudi un budget qui prévoit par ailleurs un déficit moins important que prévu pour 2015-2016 — 5,7 milliards plutôt que 7,5 milliards, grâce à une saine gestion des dépenses de programmes et à la lutte contre le travail au noir.

Le déficit pour l’année suivante devrait atteindre 4,6 milliards, et il devrait être complètement résorbé en 2017-2018, comme l’avaient promis les libéraux de Kathleen Wynne. Le gouvernement libéral hésite à reconnaître que la privatisation partielle d’Hydro One et l’adhésion, l’an prochain, au système de plafonnement et d’échange de droits d’émissions de gaz à effet de serre — la « bourse du carbone » mise sur pied par le Québec et la Californie — contribueront en bonne partie à cet objectif de déficit zéro.

 

Le point saillant de ce budget est sans contredit la gratuité complète de l’enseignement supérieur pour les familles aux revenus de 50 000 $ ou moins. En fait, la moitié des étudiants de familles aux revenus de 83 000 $ ou moins — surtout ceux qui vivent à l’extérieur du foyer — recevront une bourse non remboursable.

Par ailleurs, la dette nette de la province franchira le seuil psychologique de 300 milliards: elle atteindra 308 milliards en 2016-2017 (soit 22 000 $ par Ontarien), a indiqué le ministre des Finances, Charles Sousa.

L’Ontario est l’État fédéré le plus endetté de la planète. Les seuls paiements sur les intérêts de la dette passeront de 11,8 milliards cette année à 13,1 milliards d’ici 2018-2019, même si les taux d’intérêt sont très bas. En fait, ces remboursements d’intérêts augmentent deux fois plus rapidement que les autres programmes.

Bourse du carbone

Pour réduire et éliminer les déficits, le gouvernement libéral compte notamment sur la « bourse du carbone ». Le ministre Sousa s’attend à des recettes de 1,9 milliard en 2017, soit plus que les estimations, qui se chiffraient l’an dernier à 1,3 milliard. Ces recettes doivent théoriquement être consacrées à la lutte contre les changements climatiques, mais l’opposition craint qu’elles ne servent à payer les dépenses courantes du gouvernement libéral.

Le budget prévoit aussi une hausse de 3,00 $ la cartouche de cigarettes, dès vendredi, puis des hausses indexées à l’inflation au cours des cinq prochaines années. La marge bénéficiaire brute du gouvernement sur le vin augmentera en juin de deux points de pourcentage — environ 10 cents la bouteille —, puis de deux autres points de pourcentage en 2017 et en 2018, et d’un autre point en 2019.

Dans le secteur de la santé, le budget consacré aux hôpitaux augmentera de 345 millions — une première hausse en cinq ans. L’opposition conservatrice soutient que cette hausse ne pourra couvrir l’augmentation de la clientèle ou l’inflation, encore moins compenser quatre ans de disette.

Par ailleurs, une somme de 130 millions sera consacrée aux soins pour les cancéreux, et 75 millions de plus seront alloués aux soins palliatifs et aux centres de soins de longue durée. Le gouvernement allouera aussi une somme de 333 millions en cinq ans pour les services aux autistes, notamment en matière de dépistage et de soins précoces.

1 commentaire
  • Robert Bernier - Abonné 26 février 2016 09 h 28

    Comme Bachand en 2012

    On rapporte: " Le point saillant de ce budget est sans contredit la gratuité complète de l’enseignement supérieur pour les familles aux revenus de 50 000 $ ou moins."

    C'est très exactement ce qu'aurait entraîné le plan Bachand en 2012 si on n'était pas monté aux barricades sur de fausses prémisses à l'époque. En effet, les frais de scolarité allaient être augmentés mais le programme de prêts et bourses allait être modifié de façon telle que les étudiants démunis se seraient retrouvés à avoir une scolarité tout à fait gratuite. Il s'agissait là, dans les faits, d'une véritable péréquation: les étudiants provenant de familles plus fortunées -familles dans lesquelles le désir d'accès à un diplôme universitaire fait déjà partie de la culture- auraient payé plus et cet argent nouveau aurait été en partie redirigé vers les étudiants démunis.

    Au lieu de négocier pour bonifier cet effet de péréquation, le Québec de gauche est parti en délire en prétendant que l'accès aux études serait ainsi diminué. Il s'agissait là d'une prémisse qui avait été démontrée fausse par de nombreuses études au fil des ans et même par une étude déposée devant la FEUQ à l'époque.

    Je pense que toute cette opération de révolte contre la proposition Bachand a surtout été due à une guerre corporatiste entre le syndicat de la FEUQ et celui de l'ASSE, qui avait déjà commencé à enlever des membres à la FEUQ en 2005. On aura voulu se montrer plus farouches les uns que les autres. Et aujourd'hui, qu'avons-nous devant nous? Un Québec plus figé que jamais, des universités qui se battent entre elles. Bravo!

    Robert Bernier
    Mirabel